Les rejets en mer et sur terre d’Alteo : cartographie d’une controverse [Chicane #5]

Billet de blog
Chicane - Petit observatoire de controverses
5 décembre 2016 1

Cet article analyse la controverse sur rejets en mer et sur terre de l'usine Alteo de Gardanne à travers un arbre des débats, une carte des acteurs et une chronologie.

Cet article provient du cinquième numéro de Chicane, le petit observatoire de controverses réalisé par les étudiants du master Métiers de l’information Sciences Po Aix/EJCAM, qui ouvre la controverse sur les rejets en mer et sur terre de l’usine Alteo de Gardanne. 

Suivant les principes de l’analyse de controverse proposés par Bruno Latour à l’École des Mines, la cartographie de controverse propose trois entrées principales dans l’analyse des controverses sociotechniques.

L’arbre des débats et des sous-débats montre l’articulation entre les questions soulevées, la position des acteurs et l’évolution historique de la controverse étudiée, dans ce numéro il s’agit de la controverse autour des rejets en mer et sur terre de l’usine Alteo de Gardanne.

Arbre des débats

La carte étudie les liens entre les acteurs qui participent ou ont participé à la controverse et les façons dont ils se positionnent autour de la controverse. Dans ce cas, nous avons structuré la carte en deux axes : individus/collectifs et fermeture/maintien de l’u

carte des acteurs alteo gardanne

Enfin, la frise chronologique retrace l’évolution de la controverse et permet d’identifier les « points saillants » successifs autour desquels la controverse se structure :

1821 — Découverte de la bauxite aux Baux-de-Provence

C’est le français Pierre Berthier, professeur à l’École des Mines de Paris, qui a découvert cette « terre d’alumine des Baux » en cherchant des minerais de fer pour le compte d’industriels lyonnais. Cette roche sera renommée bauxite en 1861, période à laquelle les premières extractions commencent dans la région d’Auriol.

1893 — Invention du « procédé Bayer » à Gardanne

En 1893, à l’usine de Gardanne, le chimiste autrichien Karl Josef Bayer met au point le procédé qui permet d’extraire l’alumine, la matière première de l’aluminium et d’autres dérivés à partir de la bauxite. Ce procédé d’extraction génère des rejets solides chargés en métaux lourds et de couleur rouge : les « boues rouges ». L’usine produit aujourd’hui des « alumines de spécialité » qui entrent dans la production de céramiques, de verres spéciaux ou de matériaux d’ignifugation.

9/10/1962 — Avis favorable du Conseil d’État à la procédure d’expropriation

Suite à la saturation des capacités de stockage terrestre de l’usine, encore aujourd’hui source de contamination des nappes d’eau souterraine selon certaines associations, Pechiney demande une nouvelle solution pour la gestion des boues rouges. Le Conseil d’État autorise la solution d’une canalisation qui évacue en mer les résidus et la déclare d’utilité publique, ce qui permet l’expropriation dans les terrains concernés.

1963 — Départ de la mobilisation citoyenne contre les « boues rouges »

Arsenic, mercure, plomb ou soude sont quelques-uns des composants des déchets solides à coloration rouge que génère l’extraction de l’alumine. Aux côtés d’élus provençaux, l’industriel Paul Ricard et le biologiste Alain Bombard participent à l’organisation des premières manifestations contre les boues rouges.

1966 — Début des rejets de boues rouges en mer

Suite à des études d’impact menées pendant quatre ans, le pipeline enterré puis sous-marin de 55 km de long commence à déverser les premiers rejets à 7 km de la côte par 320 mètres de fond dans la fosse de Cassidaigne, située devant le port de Cassis.

1976 — Convention de Barcelone sur la protection de la Méditerranée

La Convention et ses protocoles engagent 22 pays méditerranéens pour la protection de leur environnement marin et côtier. Modifiés en 1995, ils intègrent désormais, entre autres, l’application du principe de précaution, la préservation de la diversité biologique, l’accès à l’information et la participation du public.

1995 — Un délai supplémentaire pour Alteo

L’entreprise gardannaise demande le renouvellement de l’autorisation d’occupation du domaine maritime. Corinne Lepage, alors ministre de l’Environnement, donne à l’exploitant de l’usine de Gardanne un délai de 20 ans supplémentaires pour cesser ses rejets. Alors que la Convention de Barcelone est amendée, l’usine s’engage à diminuer progressivement ses rejets de boues rouges jusqu’à en arrêter l’émission à l’échéance de décembre 2015.

18/04/2012 — Création du Parc national des Calanques

Le dixième parc national en France consacre la richesse naturelle exceptionnelle des calanques. La fosse de Cassidaigne, où sont englouties près de 32 millions de tonnes de boues rouges, entre dans son périmètre. Depuis sa mise en place, il encadre travaux et constructions soumis à une autorisation spéciale délivrée par le parc après avis du conseil scientifique.

8/09/2014 — Autorisation du Parc national des Calanques pour la poursuite du rejet en mer des effluents liquides

L’établissement public se prononce pour la prolongation de trente ans des rejets en mer de l’industriel producteur d’alumine. Mais il émet des réserves, préconisant la mise en œuvre d’un strict suivi des rejets et de leurs impacts sur leur milieu, ainsi que la présentation d’un bilan intermédiaire d’ici 2021. Les collectifs et associations mobilisés pour la défense de l’environnement s’insurgent contre cette décision.

19/09/2014 — Demande de nouvelles analyses par la ministre de l’Environnement

Suite aux oppositions, Ségolène Royal réclame qu’aucun rejet de métaux lourds ne soit déversé en mer et commande trois expertises. Une des trois, celle de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation), considère qu’il y a un manque d’informations. La ministre commande donc de nouvelles analyses à Alteo qui seront soumises au contrôle de l’Anses.

28/12/2015 — Autorisation des rejets liquides en mer par la préfecture de la région PACA

Le préfet de région, Stéphane Bouillon, autorise la société Alteo à continuer l’exploitation de son usine sur le site de Gardanne et « le rejet d’effluents aqueux dépassant les limites réglementaires » pour une durée de 6 ans et à stocker les résidus de bauxite sur le site de Mange-Garri. Selon Alteo, il n’est plus possible de parler de « boues rouges », car les rejets ne sont plus solides, mais liquides.

23/02/2016 – Rejet du recours en urgence pour l’annulation de l’arrêté du préfet de région

Cinq associations de défense de l’environnement ont réclamé la suspension immédiate de l’arrêté préfectoral du 28 décembre 2015. La requête est rejetée par le tribunal administratif de Marseille qui considère que le nouveau procédé industriel élaboré par Alteo, pour un coût estimé, par l’entreprise, à 27 millions d’euros depuis 2012, permet de supprimer la quasi-totalité des résidus polluants solides et « n’était pas de nature à créer un danger grave et immédiat. » Les opposants considèrent toujours le résidu liquide filtré comme trop polluant.

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commentaires

  1. VitroPhil

    Excellente synthèse ! !

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