Jeux, émoi

Le temps qui passe, arbitre suprême

Billet de blog
Laurent REVEILHAC
18 Août 2016 0

L’arbitrage a été favorable à un Français, cette fois, et Mahiédine Mekhissi-Benabadd a récupéré une médaille de bronze sur le tapis vert. La déroute subie par les basketteurs français face à l’Espagne a été quant à elle arbitrée par le temps, qui a sonné la fin du destin sportif de toute une génération.

La faute semblait pourtant vénielle mais elle a coûté sa médaille de bronze à Ezekiel Kemboi, le Kényan, double champion olympique du 3000 m steeple à Athènes (2004) et Londres (2012). Le Français Mahiédine Mekhissi-Benabadd a fait un rappel au règlement, lui qui en avait souvent été victime par le passé, et il a récupéré une nouvelle breloque, après l’argent obtenu en 2008 et 2012.

La politique est sans doute intervenue dans la décision des juges : les Français avaient été victimes d’une réclamation dans l’épreuve féminine du 10 km en eau libre, et le scandale soulevé par l’accueil réservé par le public de Rio à Renaud Lavillenie restait encore dans toutes les mémoires. Le refus de leur réclamation aurait semblé être le signe d’un « French bashing », dont le risque n’est d’ailleurs pas définitivement écarté. Sanctionner un Kényan, dont le pays est dans le collimateur de la lutte anti-dopage, ne paraissait alors pas présenter un inconvénient énorme.

L’arbitrage va être à l’honneur jusqu’à la fin des Jeux. En boxe, tout d’abord, et certains juges ont été écartés pour ne pas provoquer de nouveaux scandales. Mais les victoires seront soumises à la décision des juges également au taekwondo, en lutte, en natation synchronisée, au plongeon. Sans parler des décisions d’arbitrage qui peuvent influer sur le déroulement des phases finales dans les sports collectifs.

Il est incompréhensible que ces juges et ces arbitres restent des inconnus sans palmarès, qui n’ont de comptes à rendre qu’aux autorités de leurs fédérations respectives. Alors qu’on pourrait utiliser les services d’anciens championnes et champions, pas les plus mal placés pour juger des conditions dans lesquelles une faute a pu être commise et des effets qu’elle aurait pu produire.

La victoire en demi-finale de la boxeuse française Estelle Mossely est l’effet d’une application du règlement, mais ne souffre aucune contestation : son adversaire a vu son coude gauche se déboiter sur un coup régulier et a dû abandonner. La Russe Anastasia Beliakova est bien malchanceuse. Outre le fait de subir l’opprobre procuré par sa nationalité, qu’elle n’a pas choisie, elle avait eu le mérite de perdre du poids pour concourir dans la catégorie de poids inférieure, ce qui n’est pas banal. Le chemin est généralement pris dans le sens inverse. Mais elle est tombée sur un os.

Estelle Mossely va combattre pour le titre, le même jour que son champion du monde de compagnon, Tony Yoka. Coup sur coup!

Dans l’épreuve individuelle de saut d’obstacles, on a même failli voir un spectacle unique : une femme et un homme, unis dans la vie et déjà titrés ensemble dans l’épreuve par équipes, concourir l’un contre l’autre dans la même épreuve individuelle. Mais Pénélope Leprévost avait chuté dans l’épreuve par équipes et n’a pas pu participer à la dernière épreuve.

L’équitation est le seul sport mixte du programme, depuis que le tir ne l’est plus. Le badminton, le tennis, le tennis de table et la voile comportent une épreuve mixte, mais les autres disciplines se disputent dans des épreuves soigneusement séparées. Les arbitres n’ont pas à intervenir dans les rapprochements non prévus, mais la presse people se charge du travail…

L’arbitre suprême, c’est le temps qui passe. Il donne des espoirs aux jeunes, et provoque la pression chez les anciens, qui savent que leur chance ne repassera plus.

C’est ainsi qu’on a vu, quel crève-coeur!, l’équipe de France de basket se faire marcher dessus en quart de finale par l’Espagne qui comportait pourtant le même lot de vieux briscards. Tony Parker, qui porte cette équipe depuis si longtemps, n’obtiendra pas la médaille olympique qu'il convoitait depuis toujours. Son équipe n’avait pourtant cédé que de justesse face à l’ogre américain, dans un match sans enjeu, et il est douteux que l’Espagne parvienne à faire mieux en demi-finale.

Il n’y pas lieu de dramatiser cette défaite, devant un rival redoutable. Son ampleur ne doit pas tromper : les Bleus ne sont pas devenus des imposteurs. Cette déroute rappelle celles reçues en football par l’Italie en finale de l’Euro 2012 face à l’Espagne (0-4) ou celle du Brésil devant l’Allemagne en demie du Mondial 2014 (1-7) : c’est trop gros pour être vraiment inquiétant.

Ces deux adversaires se connaissent par cœur. L’Espagne venait de priver les Bleus de la finale de l’Euro 2015 que la France organisait. Les partenaires de Parker se sont laissés submerger par la pression, trop soucieux de prendre leur revanche et pas assez de jouer sur leurs qualités. Lors de la dernière rencontre au sommet, Pau Gasol, le vieux (36ans) et talentueux pilier de l’équipe espagnole, avait marqué 40 points et tué le match tout seul. C’est le seul joueur majeur de NBA de son camp, alors que les Français en comptent plusieurs. Il est cependant capable de se débrouiller,comme un grand qu’il est, pour dominer ses adversaires sous les panneaux. Alors que Tony Parker a besoin d’un entourage efficace pour être décisif.

Les Français ont donc organisé leur défense à Rio en fonction de Gasol… qui a joué en diesel et a laissé les responsabilités du jeu à ses partenaires. Or, s’ils n'évoluent pas en NBA, ceux-là sont des joueurs adroits et talentueux, qui participent au plus relevé des championnats européens. Ils savent ce que la pression veut dire. Les Bleus, pour leur part, ne sont pas souvent confrontés à des matchs au couteau en NBA, sauf pendant les phases finales. Et au Brésil, ils n’avaient pas de plan B, pour répondre au schéma tactique inattendu de leur adversaire. Ils étaient en manque de réussite, d’imagination en attaque, de compacité en défense, en manque de tout. Et leurs craintes de voir leur éternelle bête noire les priver de leur rêve se sont vite concrétisées. Leur préparation collective et mentale était défaillante.

Les Bleus conservent un bel avenir, mais, désormais, ce sera sans Tony Parker et ses potes de la même génération. Comme Platini, comme Blanco, son talent a aidé son équipe à grandir, mais il n’a pas été suffisant pour la porter au sommet mondial.

Nikola Karabatic, en handball, y est parvenu plusieurs fois et espère recommencer à Rio. Les Experts, impavides, ont laissé la pression dans leur poubelle et ont écarté le Brésil de leur chemin en quart de finale, dans une salle prise de folie. Leur marche et leur marge sont impressionnantes.

VIGNETTES

# La lutteuse japonaise Kaori Icho (32 ans) a réussi l’exploit inouï de s’imposer pour la 4e fois consécutive en -58 kg. Et elle rêve déjà d’un cinquième titre dans quatre ans, chez elle, à Tokyo. Elle serait la seule à réaliser un seul exploit en individuel dans toute l’histoire des Jeux, et dépasserait l’athlète Carl Lewis, le nageur Michael Phelps (sauf s’il se présentait aussi à Tokyo) et la gymnaste Larissa Latynina.

# L’athlétisme continue de ravir, avec des finales passionnantes qui ont sacré notamment le Kényan Conselus Kiproto (3000 m steeple), dans une finale transformée en fournaise, les Américaines Tianna Bartoletta (7,17 m en longueur féminine) et Brianna Rollins (1ère du triplé US sur 100 m haies, alors que les hommes ont été privés de finale sur 110 m haies), ainsi que la Jamaïcaine Elaine Thompson (200m, après son titre sur 100m).

# Les cavaliers français sont partis pour la meilleure récolte de leur histoire, avec deux médailles d’or et une d’argent en cinq épreuves.


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