Jeux, émoi

Le Mayer pour la fin

Billet de blog
le 19 Août 2016
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La médaille d’argent de Kevin Mayer au décathlon, avec un magnifique record de France à la clé, et le bronze arraché par Christophe Lemaitre sur 200m, sur les talons de l’intouchable Usain Bolt, ont illuminé la nuit de l’athlétisme.

L’athlétisme, quand il est filmé de cette manière, est un feuilleton haletant et magnifique. L’équipe de consultants de Canal +, remarquablement animée par  Stéphane Guy, comporte Jean Galfione, champion olympique à la perche reconverti dans la voile de compétition, Stéphane Caristan, champion d’Europe du 110 m haies devenu entraîneur charismatique, et Marc Maury, ancien décathlonien et "ambianceur" du sport français. Ils ont animé des retransmissions passionnantes, notamment en suivant de bout en bout le décathlon de Rio, l’épreuve reine des Jeux pour les aficionados de l’athlétisme.

Kevin Mayer a réalisé un concours extraordinaire, améliorant la plupart de ses records personnels dans les dix épreuves, démontrant ses progrès en vitesse et la qualité de ses capacités techniques. Il a poussé le leader américain Ashton Eaton au bout de ses limites. Double champion du monde, champion olympique en titre, le recordman du monde a frôlé la catastrophe dans les épreuves de perche et du javelot, mais a su résister aux coups de boutoir du Français. Les deux champions se sont salués chaleureusement à l’issue du 1500 m final, et ont emmené le tour d’honneur collectif que les décathloniens offrent au public à chaque fois.

Du coup, chavirés d’émotion par la beauté de cette lutte, on s'est rappelé de justesse que le 200 m allait partir ensuite. C’était tout de même la dernière épreuve olympique individuelle d’Usain Bolt, la star absolue de l’histoire du sprint. Le Jamaïcain s’est imposé sans trop forcer sur une piste encore humide, assez loin en 19’’78 de son record du monde (19’’30) qu’il souhaitait améliorer. Le Canadien André De Grasse (21 ans) a terminé en dauphin, et se place comme le probable successeur de Bolt sur les épreuves de sprint. Mais il devra compter à l’avenir avec un Français, Christophe Lemaitre (26 ans), qui a arraché sur le fil, pour 1/1000!, la médaille de bronze. Il relance ainsi une carrière prometteuse, devenue un peu chaotique, après ses premiers succès en compétition.

Lemaitre a été avantagé aussi par l’absence de l’Américain Justin Gatlin en finale et par la diminution notable des meilleures performances constatées à Rio en sprint. Les contrôles anti-dopage, et la menace qu’ils font planer sur le futur des mieux « préparés » commencent à redonner des chances aux athlètes sains, et les Français en profitent pour améliorer leur bilan. Huit compétiteurs ont ainsi été exclus des Jeux pour l’instant, et l’haltérophile kirghiz Izzat Artikov a été privé de sa médaille de bronze.

Les titres obtenus en athlétisme par la délégation américaine, débarrassée de sa rivale russe, s’accumulent avec Ryan Crouser (lancer du poids), Dalilah Muhammad et Kerron Clement (400 m haies).

En athlétisme et partout, le Japon est en train de préparer efficacement son équipe qui veut briller aux Jeux de Tokyo, dans quatre ans. On découvre que les lutteuses y sont devenues de véritables idoles, sur les traces de la judokate Ryoko Tamura-Tani. L’une d’entre elles, Kaori Icho, a obtenu à Rio un 4e titre consécutif (-58 kg), ce qui est un exploit considérable. Sa compatriote Saori Yoshida (-53 kg) était sur le point de l’imiter, mais elle a chuté en finale devant Helen Maroulis, première Américaine titrée dans l’histoire de la lutte. Yoshida était littéralement dévastée par les larmes, jusque sur le podium. Les enjeux, en termes de popularité et de réussite économique, semblaient dépasser le simple domaine sportif. Et une nouvelle rivale surgit déjà avec la jeune (21 ans) Risako Kawaï   qui s’est imposée en -63 kg, se lançant dans une sarabande endiablée avec son entraîneur aux yeux mouillés.

Le pays du Soleil levant va devenir celui des nuits agitées.

Les cyclistes français ont moins de raisons de faire la fête. Sur la route et sur la piste, ils ne ramènent que le bronze de la vitesse par équipes. Et les épreuves de BMX tournent au désastre. Il est vrai qu’elles sont une véritable loterie, tant les contacts provoquent de chutes. Il ne reste que le VTT pour sauver le bilan de la discipline qui a apporté le plus grand nombre de médailles à la France dans l’histoire des Jeux, après l’escrime.

L’athlétisme l’a avantageusement remplacé à Rio, mais surtout la boxe, qui n’y avait qualifié que 11 représentants. Sarah Ourahmoune, fine mouche de 34 ans, s’est qualifiée pour la finale et se révèle une exemplaire ambassadrice de son sport. On parie que son exemple, avec Estelle Mossely, elle aussi finaliste, va envoyer des bataillons de jeunes filles dans les salles, puisqu’elles ont découvert que ce sport impitoyable sait protéger ses compétitrices. Elles portent en effet le casque, dont les hommes se sont débarrassés, et ne sont pas défigurées par les combats et les coups. Ourahmoune va raccrocher après Rio, après 265 combats.

Le hockey sur gazon (en fait sur moquette) a proposé une finale ébouriffante entre la Belgique et l'Argentine, qui a emporte (4-2) son premier titre olympique dans ce sport spectaculaire. Il n'a que le seul défaut de trop ressembler au football, dont il utilise les terrains quand on lui en laisse la possibilité. Mais vu le gabarit de ces athlètes, on ne va pas leur chercher des crosses.

VIGNETTES

# Ryan Lochte est un immense champion dans la piscine, et un sinistre loquedu dans la vie quotidienne. Parti en java avec des copains, il a tout cassé dans une station-service, et inventé une histoire d’agression par des prétendus braqueurs brésiliens. Le pays hôte, sourcilleux sur son image et pas particulièrement bien disposé devant les « gringos » comme le reste du continent, a remis les choses au point et Lochte dans son pipi, généreusement dispensé autour de lui, semble-t-il. On espère qu’il n’était pas violet.

# Le triathlon n’est aux Jeux que depuis Sydney en 2000 mais tient déjà des stars mondiales avec les frères britanniques Brownlee. Alistair (28 ans) a confirmé à Rio son titre de Londres, et son cadet Jonathan (26 ans) l’a encore rejoint sur le podium. Il était en bronze à Londres, il est en argent à Rio. Le Français Vincent Luis, valeureux animateur de la course, a craqué sur la fin, et termine 7e . Si ce n'est Luis, c'est donc les frères.

# Troisième médaille pour la voile tricolore à Rio, avec le bronze en dériveur 470, obtenu par Camille Lecointre (4e à Londres) et la Marseille Hélène Defrance. Les Français ont obtenu d’autres bons résultats en individuels : 5e en 49ers et 6e en 49ersFX (féminines). En 2024, si la voile olympique se déroule à Marseille, on va se régaler !

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