MIAM MIAM

Le goût des autres

Idée de sortie
le 7 Nov 2015
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 Imaginez que, pour augmenter l’audience de la série, les producteurs de Plus belle la vie décident d’ajouter à son générique un vrai zombie… L’audimat exploserait-il ? Le mort-vivant sèmerait-il la zizanie parmi les acteurs ? Ou poserait-il au public, par le biais du divertissement médiatique, la question de l’altérité et de la peur de l’autre ? Tel est le sujet aussi audacieux qu’intrigant que Renaud-Marie Leblanc et sa compagnie Didascalies & Co abordent dans leur nouvelle création, Doe [cette Chose-là], à découvrir au Théâtre Joliette-Minoterie.

Doe. © Thomas Fourneau

Doe. © Thomas Fourneau

Avec un texte commandé à l’auteur québécois Marc-Antoine Cyr, dont il a précédemment adapté Fratrie, Renaud-Marie Leblanc questionne via la figure du zombie notre place de vivant dans une société agonisante.

Comment penser l’horreur

Mythe contemporain issu du folklore vaudou, le mort-vivant connaît depuis quelques années un regain d’intérêt dans tous les champs de la pop culture, du cinéma aux séries en passant par les jeux vidéo. L’appétence de la jeunesse pour les zombies lors des interventions scolaires du metteur en scène et sa découverte de l’incroyable ouvrage du philosophe et sociologue Maxime Coulombe Petite philosophie du zombie ou comment penser par l’horreur l’ont emmené à faire de ce pantin à la fois grotesque et terrifiant un personnage théâtral. Le metteur en scène s’interroge ainsi sur ce qu’il peut rester de l’imaginaire cinématographique au théâtre. Et si cela a encore du sens.

Pour Renaud-Marie Leblanc, “ce qui va apparaître le plus sur le plateau ne va pas être l’effet menaçant du zombie, qui est évident au cinéma grâce aux effets spéciaux, mais la figure de l’humain qui se cache derrière et sa singularité, la différence de communication, de société, de culture…” La figure du réfugié, pourtant absente de l’écriture, plane de fait sur la pièce.

On pourrait voir Doe comme un prolongement de la pièce Chef d’œuvre de Christophe Lollike créée en 2005, qui s’intéressait à la menace terroriste, au rapport entre l’art et le réel. Ici se tourne la page suivante d’une anticipation, l’invasion de la fiction dans le réel, la peur de la fin d’une civilisation incarnée par le revenant.

“Étranges étrangers”

Sensible à la pulsion mortifère apparue dans les sociétés occidentales, Marc-Antoine Cyr place ses personnages face à la question des “étranges étrangers”. Il “perfore” son dialogue par les pensées des acteurs, qu’il met au même niveau que le dialogue direct. Ce que la création vidéo de Thomas Fourneau matérialise par une image volontairement plus proche de la photo et du cinéma que des sitcoms. Dévoilées en format cinémascope, les projections mentales des personnages illustrent leur inconscient.

L’auteur québécois aborde aussi dans son intrigue le storytelling, notamment via les réseaux sociaux, sujet qui passionne Renaud-Marie Leblanc depuis un moment : “Nous sommes tellement connectés aujourd’hui que tout est présenté de manière fictionnelle, tu ne sais plus si ce que tu vis est réel ou le scénario de ta vie.”

Porté par ses acteurs (Roxane Borgna, Christophe Grégoire, Antoine Lesimple et Charles-Eric Petit, qui nous a bousculés l’été dernier au Off d’Avignon avec Les Visages de Franck), ce conte fantastique contemporain, entre tragédie grecque et sitcom, va faire chauffer les neurones et muscler les zygomatiques autant que nous glacer le sang.

Marie Anezin

Doe [cette Chose-là] par la Cie Didascalies & Co : jusqu’au 10/11 au Théâtre Joliette-Minoterie. Rens. : 04 91 90 74 28 / www.theatrejoliette.fr Pour en (sa)voir plus : www.didascaliesandco.fr

 

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