LA VILLA VALMER DEVIENT UN HÔTEL DE LUXE

Billet de blog
Bernard LAMIZET
1 Sep 2019 0

La demande de permis de construire a été déposée pour un hôtel de luxe

LA VILLA VALMER DEVIENT UN HÔTEL DE LUXE

On le savait depuis un moment : la villa Valmer, magnifique hôtel particulier sur la Corniche au cœur d’un jardin encore public, va devenir un hôtel de luxe. Cela nous interroge sur la politique urbaine à Marseille.

Questions sur la procédure

Ça s’est fait en catimini, en plein mois d’août, quand personne n’est là pour être informé et pour manifester une opposition.« La Marseillaise »du mercredi 28 août l’annonce : la demande de permis de construire a été déposée pour un hôtel de luxe sur la Corniche. Aucun débat public n’a eu lieu pour décider du devenir de cette propriété de la Ville. L’agence d’urbanisme a quitté la Villa Valmer pour s’installer sur la Canebière il y a plusieurs années, et la villa est restée fermée pendant tout ce temps, alors que la municipalité aurait pu l’utiliser, pour en faire un musée ou une salle d’exposition, pour y installer des informations publiques sur la ville et sur son histoire, pour y organiser des débats ou des conférences. Mais non. L’urgence, c’est de vendre, c’est de brader le patrimoine public, c’est d’étendre la privatisation de l’espace public et de réduire l’emprise publique sur l’espace. Sans doute est-ce là la première critique qu’il importe d’apporter à ce projet : il s’agit d’une manifestation de plus – on a l’impression qu’elles n’ont jamais été aussi nombreuses qu’en ce moment – de l’affaiblissement de ce qui est public dans notre pays. Et, surtout, il importe de ne pas engager de débat, de ne pas informer, de ne pas susciter une confrontation ou même un dialogue avec celles et ceux qui habitent cette ville. Il s’agit de tout faire en cachette.

Faire disparaître l’espace public

Ce qui est important dans cette affaire, c’est que nous avons sous les yeux l’expression de la pluralité de significations de ce simple mot, que nous connaissons tout : « public ». En cherchant à tout prix à le réduire, le libéralisme, à Marseille comme partout en France et dans le monde, montre qu’il importe de faire disparaître ce qui est public, de l’affaiblir – à la fois dans sa matérialité, dans le morcellement et la braderie des constructions et des aménagements qui lui donnent sa consistance dans l’espace et dans sa dimension politique, celle du débat, celle de l’échange, de l’information, de la communication, de l’opinion. La privatisation du domaine public par la vente et sa fragmentation par le morcellement et la division concourent à ce qui n’ose pas s’exprimer comme projet politique : la disparition du politique. Nous comprenons bien ce que signifie le libéralisme dans l’espace urbain : il s’agit de faire disparaître ce qui, dans l’espace de la ville, pourrait appartenir à tout le monde, ce qui pourrait manifester l’identité politique et culturelle de la ville, ce qui pourrait faire l’objet d’un engagement de ceux qui l’habitent.

L’absence de projet politique

C’est qu’en réalité, ce qui apparaît bien, dans tout ce genre d’initiatives, c’est l’absence de projet, c’est l’incapacité des pouvoirs municipaux et métropolitains, à Marseille, de donner à cette ville des projets politiques, d’envisager son avenir, de prévoir ce qu’elle va devenir. Alors, comme les pouvoirs municipaux n’ont pas de projet, ils vendent, afin que ce soit les acteurs privés qui aient des projets pour eux. Car ne nous en faisons pas : les acteurs privés, eux, ne manquent pas de projets pour accroître leurs profits, pour développer l’économie du profit au détriment de l’économie politique. Il devient, en ce sens, urgent que la politique reprenne la main sur l’économie. C’est une des significations et un des enjeux de l’élection municipale de 2020. Nous entrons dans la période où les acteurs politiques, dans cette ville, devront élaborer es projets, les confronter les uns aux autres et les soumettre au vote des citoyens.

L’hôtellerie et le tourisme sont-ils des projets économiques ?

En réalité, si l’on réfléchit un peu au-delà du court terme, vendre le domaine public à du tourisme et à de l’hôtellerie représente un symptôme de l’affaiblissement de cette ville. Ce ne sont pas les pays économiquement développés et actifs qui se réduisent à n’être que des lieux de vacances, mais les pays – ou, en l’occurrence, les villes – qui se situent eux-mêmes comme des espaces de dépendance. En consacrant ainsi son activité et ses projets au développement de l’hôtellerie et du tourisme, Marseille s’ancre dans la dépendance et dans une forme de sous-développement économique, en raison de son absence de projets réels de développement et d’activité. La braderie de la Villa Valmer, qui fut, rappelons-le, le siège de l’Agence d’urbanisme, au temps où Marseille avait encore des projets et s’engageait encore pleinement dans l’avenir, est significative du recul de la ville, elle est un symptôme de décroissance.


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