La justice par vidéo
Bienvenue au tribunal judiciaire du Canet, au 49-51 boulevard Ferdinand de Lesseps, 13014 Marseille, aux audiences d’appel des décisions du Juge des Libertés et de la Détention (JLD).
On y arbitre sur le devenir des personnes sans titre de séjour : enfermement ou remise en liberté, en attendant l’expulsion.
Lorsque la visio a fait son entrée dans les prétoires, tous les syndicats de magistrats étaient opposés à cette réforme, refusant que les garanties du procès équitable soit sacrifiées au nom de la réduction des dépenses publiques. Ils n’ont pas été entendus. Aujourd’hui, la justice est devenue « accro » aux télé-audiences, au mépris des droits humains élémentaires.
Au tribunal du Canet, les audiences d’appel se tiennent en visio, quotidiennement, dans un simple bâtiment en préfabriqué. Une pièce d’environ 10 m2 a été équipée de caméras et d’un écran 40 x 60 cm. Juge, représentant de la préfecture, interprète apparaissent à l’écran, depuis la Cour d’appel d’Aix-en-Provence. Le retenu est seul ou avec son avocat, commis d’office. Réglage parfois aléatoire des caméras et/ou du son, coupures intempestives de la liaison, le retenu se penche, tend l’oreille. Le public, assis derrière lui à environ 1 m, du fait de l’exiguïté de la pièce, perçoit tout tremblement de voix, souffle court, geste nerveux, regard qui s’enfuit à travers la minuscule fenêtre barreaudée. Subtilités qui échappent au juge.
Ce jour-là, le retenu était seul dans la pièce. Tous ses interlocuteurs étaient derrière l’écran : juge, avocat, interprète. Il a fait appel de sa 2ème prolongation prononcée 2 jours plus tôt. Il possède un passeport en cours de validité, un certificat d’hébergement et demande une assignation à résidence. L’interprète traduit sans regarder la caméra. Pour le juge, il n’y a au dossier qu’une photocopie du passeport : « ça ne va pas, il faut l’original, demandez à votre sœur de l’envoyer ».
Au suivant.
« Monsieur, quel est votre projet de vie ? »
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