La joie de lyre

Idée de sortie
le 16 Juil 2021
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L’édition 2021 du Festival d’Art Lyrique d’Aix-en-Provence a été pensée par Pierre Audi, son directeur, comme un grand festival de relance. Il fait en tous cas rêver tant sa programmation s’avère foisonnante et ambitieuse. D’autant qu’elle place les femmes sur le devant de la scène !

Capture d'écran d'une vidéo Youtube d'Horloge, Tais-toi ! de Kaija Saarihao

Capture d'écran d'une vidéo Youtube d'Horloge, Tais-toi ! de Kaija Saarihao

Savant mélange de genres et de créations

Après une édition essentiellement numérique intitulée La Scène numérique en 2020, le Festival d’Art Lyrique d’Aix-en-Provence offrira en juillet à son public un magnifique bouquet florissant et étincelant. Il ose, en pleine pandémie, réunir six orchestres de renom : le Chœur et l’Orchestre de l’Opéra de Lyon, l’Ensemble Correspondances, le Balthasar Neumann Ensemble… Et le prestigieux London Symphony Orchestra, notamment avec Sir Simon Rattle pour un Tristan et Isolde de Wagner mis en scène par Simon Stone avec Nina Stemme et Stuart Skelton, mythiques interprètes des rôles-titres. Le 14, il sera en concert avec les Reflets de l’amour dans la mer, un feu d’artifice musical dirigé par Susanna Mälkki et Clément Mao-Takacs avec des partitions de Sibélius et de Stravinski et le chef-d’œuvre de Kaija Saariaho : Cinq reflets de L’Amour de loin.

Pierre Audi prend le risque de proposer huit nouvelles productions d’opéra, dont trois en création, et un opéra en version concert qui s’ajoute aux seize autres concerts. Trois rencontres quotidiennes — Les Midis du Festival, les Tête-à-Tête et les Préludes — ponctueront tous ces rendez-vous musicaux prestigieux.

Cette année, la musique baroque italienne côtoiera les créations contemporaines, les concerts et récitals, et bien sûr les opéras classiques grâce aux deux géants contemporains du genre : Wagner et Verdi.

Notons la création mondiale du cinquième opus lyrique de Kaija Saariaho, Innocence, mis en scène par Simon Stone, au programme en 2020. Une rencontre inédite sous la bannière de la Finlande entre l’immense compositrice Kaija Saariaho et la romancière Sofi Oksanen ; ensemble, elles se focalisent sur le processus de récupération inhérent à un traumatisme. Pareillement reportée, la création de Rimski-Korsakov, Le Coq d’Or, mis en scène par Barrie Kosk, est une porte d’entrée dans l’imaginaire russe du vingtième siècle.

Également au programme, I due Foscari de Giuseppe Verdi, Les Noces de Figaro de Mozart, Falstaff de Giuseppe Verdi, Combattimento, la théorie du cygne noir de Claudio Monteverdi, Luigi Rossi, Francesco Cavalli…

À Arles, dans l’écrin argenté de la Fondation Luma, est programmée l’Apocalypse Arabe, oratorio moderne du compositeur israélo-palestinien Samir Odeh-Tamimi, une allégorie du terrible conflit de la guerre du Liban.

Ajoutez à ces têtes d’affiche le maintien des activités du festival autour de l’Académie et de l’Orchestre des jeunes de la Méditerranée.

Les femmes au cœur

Dans un élan d’engagement contre les inégalités entre hommes et femmes dans le milieu de l’opéra, Pierre Audi multiplie la visibilité des femmes dans sa manifestation. À la finlandaise Kaija Saariaho — l’une des plus grandes compositrices de notre temps — s’ajoutent au fil du mois de juillet la compositrice Bushra El-Turk, les librettistes Sofi Oksanen (Innocence), Etel Adnan (L’Apocalypse arabe) et l’égyptienne Nawal El Saadawi qui a fourni le livret de Woman at Point Zero. Mais aussi les metteuses en scène Lotte de Beer et Silvia Costa, et les cheffes Susanna Mälkki et Kanako Abe. Nina Stemme, Magdalena Kožená et Barbara Hannigan seront aussi présentes dans des programmes inédits.

Par ailleurs, la metteuse en scène Katie Mitchell lance un programme pilote de « jeunes créatrices d’opéra » dans le cadre du projet Music Moves Europe de l’Union Européenne : une résidence sur quinze mois qui accueille douze jeunes compositrices, autrices, librettistes, cheffes d’orchestre et metteuses en scène.

Coup de projecteur sur la violoniste d’origine moldave Patricia Kopatchinskaja, qui propose constamment un point de vue d’ensemble original. En plus de son apparition amicale avec le pianiste Bertrand Chamayou et le jeune ténor Charles Sy dans le récital de Barbara Hannigan, elle a une soirée carte blanche au Théâtre du Jeu de Paume ; l’occasion de mêler imaginaire circassien et modernité musicale, ainsi que de proposer une version très personnelle du Pierrot lunaire de Schönberg, en duo avec la virtuose fildefériste Johanne Humblet.

Tournés vers l’avenir

Le Festival d’Aix pense résolument à demain et renouvelle public et couverture médiatique. En effet, jusqu’au 3 juillet, l’atelier Journalisme Culturel initiera de nouveaux venus aux principes de la critique et du journalisme culturel d’excellence dans l’art lyrique. Une immersion totale qui s’accompagnera d’un questionnement commun sur la pratique.

Coté public, depuis plus de dix ans, le dispositif Passerelles propose une expérience active de l’opéra à un très large public et contribue à l’ancrage régional du festival. Cette année, une commande a été passée à la mezzo-soprano Sarah Théry et au vibraphoniste Étienne Fauré, un spectacle qui s’adresse aux plus jeunes et est propice aux actions pédagogiques.

Vibration, c’est une forme mobile pour les 4-11 ans qui raconte la rencontre d’une chanteuse lyrique et d’un musicien de rue : la première guérira son trac en chantant avec lui, le second prendra ses premiers cours de chant. Un prétexte pour s’approcher du milieu de l’opéra, notamment pour les classes de Miramas, Istres et Eyguières, et découvrir le lieu culturel proche de chez eux : le Théâtre de la Colonne (un parcours à l’année est décliné autour de pratiques artistiques et de médiation culturelle).

Aussi, une application gratuite pour les jeunes spectateurs offre une panoplie de jeux musicaux originaux et interactifs pour appréhender le chant et les voix lyriques, avec un karaoké autour de la Habanera de Carmen !

Il est certain que cette très riche programmation 2021 nous fera plus qu’oublier le manque engendré par l’annulation de la précédente édition.

Marie Anezin

Festival d’Art Lyrique d’Aix-en-Provence : jusqu’au 25/07 à Aix et en Provence.
Rens. : www.festival-aix.com/fr
Le programme du Festival d’Art Lyrique d’Aix-en-Provence ici

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