In memoriam, l’hôpital public

Billet de blog
par Tarama
le 2 Avr 2020
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En mémoire, de l'hôpital public : L'exemple de Sainte-Marguerite à Marseille.

Ambulance des Marins pompiers de Marseille sortant des urgences de l’hôpital Sainte-Marguerite (juin 2008). Capture d’écran Google Street View.

Qui se souvient, en ces jours de pandémie, de cloisonnement, d’enfermement, du nombre de lits d’hôpital disponibles il y a 5 ans, 10 ans, 20 ans ?

Des statistiques existent et ressortent régulièrement dans les articles de presse, aussitôt noyées dans le flot d’information continue qui nous submerge quotidiennement. Des milliers, des dizaines de milliers de places supprimées. On parle de déserts médicaux à la campagne, mais « si tous ne mourraient pas, tous étaient touchés »… et les villes ne sont pas en reste dans ce triste décompte.

Qui se souvient du troisième fleuron de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Marseille, l’hôpital Sainte-Marguerite, démantelé au début des années 2010 sur l’autel de la rentabilité, de la rationalisation, de l’efficacité ?

Fermetures de services et vente au privé, à l’hôpital Sainte-Marguerite à Marseille.
Haute Autorité de Santé, Rapport de Certification 2010 AP-HM Hôpitaux Sud.

N’auraient-ils pas été « rentables », ces lits, en ces temps de pandémie ?

N’auraient-ils pas été rentables, rationnels, efficaces, ces lits de réanimation, ces urgences, ces blocs chirurgicaux, ces jours-ci, pour soigner les patients touchés par covid-19 ou soulager les autres hôpitaux de la ville lourdement engagés dans la « bataille » contre la pandémie (La Timone, Saint-Joseph, Hôpital Nord, etc.) ?

Équipe d’urgentistes (en noir et blanc au centre de l’image) prenant en charge un patient à l’arrière d’une ambulance du SAMU, à l’hôpital Sainte-Marguerite, en mars 2009. Capture d’écran Google Street View.

Ils ont été nombreux à l’époque (plutôt à gauche, il faut bien le dire) à s’élever contre la destruction de l’hôpital public, symbolisée à Marseille par le sort réservé aux « hôpitaux sud » : Salvator vendu, Sainte-Marguerite démantelé, vendu à la découpe au privé (dont notamment à un patron de clinique également président du Conseil Régional PACA), et dont, à l’automne dernier, les autorités annonçaient encore la vente de 14 hectares de terrain à des promoteurs immobiliers (!)

Business immobilier juteux en vue sur le dos du cadavre de l’APHM et de la santé publique : des dizaines de millions d’euros en jeu. Julien Vinzent dans Marsactu. https://marsactu.fr/ap-hm-la-novlangue-se-refait-une-sante/

Responsables irresponsables

« Les autorités », ces décideurs, fonctionnaires de haut niveau des ARS (Agences Régionales de Santé), hommes politiques parfois directement bénéficiaires, qui n’ont de cesse de détruire les services publics, qui sont les mêmes qui nous assignent à résidence d’un claquement de doigt d’état d’urgence (sanitaire) et tiennent les propos les plus durs contre les « inconscients » qui ne respectent pas les mesures de « distanciation sociale ».

« La fermeture des urgences de Sainte-Marguerite, pour des raisons budgétaires, a largement déséquilibré le système ».
« Malaise à l’hôpital », L’Express, 29 septembre 2013
Un afflux de patients aux urgences de l’hôpital Saint-Joseph depuis la fermeture de celles de Sainte-Marguerite. « Lettre aux amis de Saint-Jo », septembre 2014.

La très grande majorité des citoyens respecte les mesures de confinement et fait de son mieux.

QUI est inconscient si ce n’est ceux qui ont détruit des pans entier de la santé publique et sapé le contrat social avec obstination… ?
Tout cela dans une logique comptable, financière, d’enrichissement de quelques uns au détriment de tous.

Patrimoine public bradé, santé gérée « à flux tendu »

Patrimoine public historique vendu (Hôtel Dieu, Villa Gaby,…) souvent au profit d’amis ou de personnes étant juge et partie (comme cet adjoint au maire achetant une dépendance d’une villa patrimoniale historique appartenant à l’APHM, pour la faire détruire et y construire sa « villa californienne »), ce sont aussi bien sûr directement les capacités opérationnelles de soins qui sont sans cesse attaquées, souvent au profit du privé (comme avec cet homme politique également chef de clinique privée).

« Besoin de cash ! ».
30 janvier 2019 dans le journal « 20 Minutes ».

Ne faut-il pas être bête comme un énarque ou un homme politique « de haut niveau » pour vouloir organiser l’hôpital comme une vulgaire ligne de production industrielle, à flux tendu ?…

« On a besoin de cash, donc on vendra au plus offrant ». Déjà effectué pour l’hôpital Salvator, ce sont les 14 ha de l’hôpital Sainte-Marguerite qui sont dans le viseur à présent. Journal 20 Minutes, 30 Janvier 2019.

Combien de personnes supplémentaires auraient pu être sauvées avec un hôpital Sainte-Marguerite fonctionnel, comme il l’était encore il y a dix ans ?
Quelle amélioration des conditions de travail, très dures, inhumaines parfois, cela aurait-il permis dans les autres hôpitaux de la ville encaissant aujourd’hui de plein fouet l’impact de la crise ?

Nos vies valent mieux que leurs profits

« Nos vies valent plus que leurs profits » dit le slogan. Puissions-nous nous en souvenir quand tout sera terminé…

Sources supplémentaires :

Le virus de la rentabilité inoculé aux urgences : https://cqfd-journal.org/Douze-heures-chrono

https://marsactu.fr/bref/modernisation-et-performance-des-hopitaux-marseillais-les-recommandations-de-letat/

Novlangue, plans de « restructuration » et business immobilier :

https://marsactu.fr/ap-hm-la-novlangue-se-refait-une-sante/

https://marsactu.fr/bref/lap-hm-pourrait-vendre-pres-de-100-millions-deuros-de-patrimoine-immobilier/

La vision purement comptable de la Chambre Régionale des Comptes : https://marsactu.fr/inquietante-radiographie-de-lap-hm/

 

Commentaires

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  1. LN LN

    Dramatiquement juste. Pour un euro symbolique, Renaud Muselier a acheté le terrain entre l’hôpital Ste Marguerite et l’école infirmières pour y construire un centre de rééducation et soins de suite : Saint Martin Sud.

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  2. corsaire vert corsaire vert

    Pourquoi ne pas citer cette crapule ? Renaud Muselier himself , celui qui donne des leçons sur le port du masque et le confinement obligatoire et qui vient de sortir son double langage…
    Non Monsieur, nous n’oublierons pas ….

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  3. bernie73 bernie73

    Bon rappel de ces décisions désastreuses de fermeture des hôpitaux et de suppression de lits

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