Fini de jouets

Idée de sortie
le 7 Fév 2020
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Jusqu’au 1er mars 2020, au Mucem, dans la Galerie haute des officiers (Fort Saint-Jean) sont rassemblés près de 500 jouets « fabriqués à Marseille ». Qu’on les regarde avec les yeux brillants de nostalgie émerveillée ou la simple curiosité de l’amateur d’objets vintage, ces jouets racontent plus qu’un pan de l’industrie locale et des souvenirs d’enfance.

La première salle présente l’exposition et les divers fabricants au travers de quelques-unes des productions emblématiques de chaque marque. Il y aurait d’ailleurs, dès cette salle, de quoi faire un inventaire à la Prévert tant les objets se révèlent divers et leur juxtaposition, quasi poétique. Un poète — Baudelaire — est d’ailleurs cité dans le cartel principal, présentant le jouet comme étant « la première initiation de l’enfant à l’art » (Morale du joujou, in Le Monde littéraire, Avril 1853).

Pour en témoigner, le seul objet de l’exposition qui lui soit (presque) contemporain, Anamorphoses, un jouet optique permettant de projeter douze lithographies. Nous verrons au gré des salles suivantes, où sont réunis les fabricants par famille de jouets, que cette fonction initiatique va perdurer mais que son domaine de sensibilisation va évoluer au détriment de l’art vers les arts… ménagers, les marques (géants américains), la société de consommation et les différents terrains de conquêtes (espace, territoires indiens — de l’ouest ou circumpolaire, guerre…). L’inventaire se mâtine de complainte du progrès. Avec cette évolution se fera celle des matériaux, passant du bois, des tissus et du carton au métal, puis du métal au plastique.

À ce stade, tout est déjà en place pour que se sécurisent les normes, s’uniformisent et se délocalisent les productions, se multiplient les emballages, s’agrandisse la distribution et que ferment, un à un, les ateliers, les usines et la plupart des boutiques spécialisées de Marseille, à l’aube des années 80, avec l’avènement de la « World Company ».

Dans chaque salle, des écrans proposent des images d’archives de l’I.N.A., essentiellement des années 60. D’écran en écran, on se rend compte que c’est le petit garçon qui est le sujet des reportages, le centre de toutes les attentions. Tout juste peut-on y voir une grande sœur croquer un chocolat en regardant son frère jouer… La femme est aux ateliers, de la fabrication à l’emballage, ou dans les magasins. L’écriture inclusive sur les panneaux de l’exposition nous rappelait, dès l’entrée, le dérisoire des pansements que notre époque met sur la douloureuse jambe de bois de l’iniquité genrée, mais ces films et les jouets eux-mêmes montrent à quel point, en la matière, on part de loin.

Ce qui n’enlève rien au plaisir de découvrir ou retrouver ces jouets, ni à la qualité de réalisation de certains d’entre eux.

Frédéric Marty

Massilia Toy. Une collection de jouets de Marseille : jusqu’au 1/03 au Mucem – Fort Saint-Jean (Promenade Robert Laffont, 2e). Rens. : www.mucem.org 

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