[En allant aux Catalans] Éclaboussures

Billet de blog
le 9 Juin 2026
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L'écrivain et sociologue José Rose fréquente assidûment la plage des Catalans. Il y a glané quelques scènes cocasses, anecdotiques ou plus signifiantes, qu'il relate en dix épisodes.

[En allant aux Catalans] Éclaboussures
[En allant aux Catalans] Éclaboussures

[En allant aux Catalans] Éclaboussures

Ah, Les Catalans ! C’est régalant, les Catalans. Ça donne de l’allant, de l’élan, les Catalans. Alors, bienvenue aux Catalans, LA première plage de la Corniche, à deux grands pas du Vieux-Port. Lieu de détente et d’observation, de vie aussi, de vies séparées et partagées. Habitués ou égarés, adeptes de la baignade ou du farniente, sportifs ou éméchés, solitaires ou en tribu : chacun trouve ici sa place.
Des publics variés se succèdent ainsi au fil du jour et des saisons et il suffit de tendre les oreilles et les yeux pour que surgissent des scènes cocasses, anecdotiques ou plus signifiantes. En voici quelques-unes glanées au fil du temps et saisies comme des instantanés, des saveurs fugaces, des miettes de vie, des galets polis, des bois flottés.

Un unique bloc de douches — six quand tout va bien — est à disposition des baigneurs de tous genres s’agglutinant sur un sol couvert de sable mouillé. La discrétion est ici de mise, chacun étant à son affaire, pratiquant ou non le savon, se rinçant en un clin d’œil pour se dessaler-dessabler, ou se lavant longuement sans oublier les parties intimes main dans l’maillot, procédant en silence ou dans de grands éclats de voix. Il y a aussi des enfants hurleurs dans les bras de parents pédagogues ou exaspérés. En cet instant, les corps se côtoient dans toute leur diversité — le frêle et le malabar, le fripé et le tendu, les bourrelets et les
tablettes de chocolat — et les regards subreptices ou prolongés sont rares.

Non loin de là, quatre garçons s’élancent vers la mer en lâchant des voix mâles à réveiller les sirènes. Ils se jettent à l’eau comme si leur survie en dépendait, font jaillir des gerbes vaporeuses avec l’espoir que leurs frustrations se dispersent dans les éclats lumineux. Ils plongent de tout leur poids jeté avec force et sans
précaution, amorcent un début de crawl tête hors de l’eau et bras rageurs en un mouvement saccadé aussi brutal qu’inefficace. Et toujours les cris puissants et jouissifs. Leur nage est brève, le bain aussi et la sortie un peu moins explosive comme si l’excès de pression s’était envolé. À peine sur le sable, leur surplus d’énergie déborde à nouveau et ce sont empoignades, bousculades et éclats dans les vaguerolles. Ce n’est pas encore le reflux, les corps exultent et les gorges sont toujours pressées de hurler. Le second plongeon est aussi soudain et précipité que le premier. Pas de prélude, vite l’orgasme tonitruant.

Reste à se sécher et à se changer. Opération délicate pour les anciens ayant laissé en rade leur souplesse. La serviette de bain commence son travail le long des jambes et des bras, sur la poitrine et dans le dos puis elle s’installe sur les reins pour rendre possible la délicate opération du retrait du maillot. Le geste est rarement gracieux et plus ou moins habile selon l’aisance des corps, car il faut tenir sur un pied puis sur l’autre, faire baisser un maillot humide et collant, l’enlever sans se dévoiler avant de se revêtir — short à même la peau ou slip, c’est selon — dans une nouvelle opération contorsion. Passage final au robinet dont le débit est parcimonieux mais suffisant pour se dessabler les pieds avant de remettre ses chaussures dans un grand pas plus ou moins habile visant à éviter le sable accumulé. Et les baigneur·euses sont prêt·es pour rejoindre leur travail, aller boire un café en terrasse ou rentrer à la maison.

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