Des rives, dérives

Idée de sortie
le 30 Avr 2021
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Alors que le voyage est presque devenu un rêve inaccessible, les Rencontres d’Averroès nous invitent à découvrir la Méditerranée et ses « cités à la dérive » via cinq podcasts qui mêlent les mots de précieux penseurs aux sons de ces villes qui bruissent de mille paradoxes.

Un an après les effondrements de la rue d’Aubagne à Marseille, la place Homère est clandestinement rebaptisée Place du 5 Novembre. À la statue d’Homère, on reproche de tourner le dos aux huit morts dont on veut honorer la mémoire. Le nom de la place devient un enjeu symbolique fort : quelle mémoire met-on en avant ? Celle de l’imaginaire d’une épopée méditerranéenne millénaire ou celle de l’actualité dramatique de l’insalubrité ? À qui doit parler cet espace public ? La ville, dans son bâti et ses dénominations, est éminemment politique ; la construire, c’est choisir.

Les Rencontres d’Averroès reviennent sur ces choix, en tendant leur micro à une poignée de personnes travaillant avec et/ou sur la Méditerranée, soulignant dans leurs travaux l’importance de l’empreinte qu’elle a laissée en eux, et admettant volontiers les bénéfices de ces réflexions pour le réinvestissement des pôles urbains à travers le monde.

Thierry Fabre, le créateur des Rencontres, Élodie Karaki de l’association Des livres comme des idées qui produit la manifestation, et l’écrivain Ariel Kenig interrogent des architectes, urbanistes, écrivains, géographes, anthropologues, historiens pour nous faire voyager.

Homère, monument littéraire, incarne une certaine image de la Méditerranée. Mais penser la Méditerranée, c’est aussi penser une multitude de villes, de réseaux, de rues étroites et larges, de marchés, de médinas, de ports, de pauvres, de riches, de discussions sur le seuil de la porte, de violence et de beauté.

Pour la penser, il faut penser la diversité et les contradictions. Tantôt vues comme des lieux de corruption, tantôt vues comme des endroits où il fait bon vivre, des territoires en marge ou des espaces mondialisés, elles évoquent toujours une poésie, et peut-être même une nostalgie. Les villes du bassin méditerranéen ont toutes quelque chose à nous apprendre.

Ainsi, la vingt-septième édition des Rencontres d’Averroès nous offre une traversée dans des Cités à la dérive, titre repris du roman de Stratis Tsirkas. Ou plutôt, elle nous invite à dériver dans des polis imprégnées d’odeur, de langues, de modes de vie.

Alors que la pandémie remet en question l’urbanité, les villes méditerranéennes nous aident, à travers cette série de cinq podcasts, à imaginer des espaces urbanisés mais agréables.

On nage ainsi au milieu de souvenirs dans des « traversées urbaines » sensibles, avant d’ouvrir les yeux sur les « architectures à la dérive », partagées entre co-construction et impératifs de promoteurs néo-libéraux.

Puis on monte dans les airs pour rendre compte de la « forme » des villes, jusqu’à pouvoir comparer des modèles de développement à travers la planète. Mais ces modèles, justement, sont sous-tendus par des « imaginaires », préjugés, images et autres représentations façonnés par des strates de souvenirs et de traces, qu’elles se transmettent dans les récits ou qu’elles se lisent sur les murs de la ville.

Le bateau navigue sur le paradigme de la croissance et du développement pour mieux mettre en lumière la nécessité même de la dérive. Il se laisse porter d’une rive à l’autre. L’enceinte physique de la cité est contournée puis éclatée (étalement urbain, destruction et reconstruction). La polis, enfin, nous permet de s’attarder sur les modes de gouvernement : que se passe-t-il de politique dans nos villes méditerranéennes ? Quelle symbolique et quel rôle les villes ont-elles eus dans les soulèvements et les répressions de peuples en colère ? où la démocratie trouve-t-elle sa place ?

Comme chaque année, les Rencontres interrogent l’environnement dans lequel nous vivons. Cette année, la remise en question est d’autant plus aisée qu’il nous est possible de réécouter les podcasts sur toutes les plateformes, et donc de repenser et de rêver encore à des lendemains plus chaleureux. Fermez les yeux, il est toujours possible de voyager…

Nina Cornée


Podcasts des Rencontres d’Averroès à écouter ici : https://podcast.ausha.co/rencontres-averroes
Pour en (sa)voir plus : https://www.rencontresaverroes.com/ 

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