Des lendemains qui changent

Idées de sortie
le 8 Oct 2016
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Au centre de la treizième édition des RIAM, on trouve le futur. Et oui, le futur, rien que ça. Celui qu’il faut retrouver, celui qu’il faut inventer. Le futur à se réapproprier…

… Et la tâche n’est pas des moindres : pris dans le feu d’une rétromania d’un côté, d’un suicide capitaliste de l’autre, le concept même de futur n’est actuellement pas très évident à mettre sur la table. Pour le dire autrement, en ce qui concerne le futur, l’heure est plutôt à la débandade, à la déconfiture ou à la liquidation.

A cela, deux jeunes penseurs anglais, Nick Srnicek et Alex Williams, répondent par des idées, et un manifeste, le Manifeste pour une politique accélérationniste, paru en 2013, qui a fait couler pas mal d’encre depuis. Pour faire court, l’idée est de repenser la politique de gauche afin de la rendre plus efficace, plus soudée aussi, cela en prenant appui sur les technologies et en empruntant même un certain savoir-faire propre au libéralisme, mais afin d’en sortir définitivement, et ainsi envisager une société post-capitaliste plus juste pour chacun, et pour la planète. Pour y parvenir, plutôt que d’agir dans une sorte de décroissance technologique, il faut justement user des technologies bien au-delà de ce que les concepteurs eux-mêmes, souvent au service de grosses firmes capitalistes, l’envisagent. « On pourrait déjà rouler avec des voitures à l’eau, mais le lobby industriel n’a pas envie de perdre les marchés des voitures à essence. On pourrait aussi en être à l’iPhone 20, mais il faut attendre tous les six mois que sorte une nouvelle version pour qu’on l’achète. » Tout cela a évidemment fait écho chez Philippe Stepczak, tête pensante du RIAM festival et passionné transi de tout geste créatif (pertinent) qui touche de près ou de loin aux espaces technologiques, et au numérique en général. Il faut dire que notre quotidien de petits consommateurs occidentaux en est aujourd’hui pavé. D’autant que la chose est incontournable : elle nous parle de nos vies, et demeure le miroir de notre société post-industrielle.

Que l’on soit d’accord ou pas avec la thèse exposée par les accélérationnistes, on ne peut lui enlever de poser le débat en manifestant le désir d’un avenir plus radieux, plus abstrait, plus élancé et créatif aussi que celui actuellement promu par Apple, Monsanto, TF1 ou Total. En gros, il faut (bien sûr) toujours croire en l’idéal de gauche, mais cela doit selon eux passer par l’abandon d’une certaine nostalgie, coupée du réel, qui paralyse aujourd’hui la plupart de la classe politique et des penseurs qui s’en réclament.
Dans cette dynamique, les multidisciplinaires RIAM se posent donc depuis plusieurs années comme un laboratoire qui, s’il ne se prononce pas à la va-vite sur l’attitude à adopter, contribue à questionner en profondeur — via les points de vue d’activistes vidéastes, musiciens, plasticiens ou conférenciers — notre usage des technologies. Nos usages des technologies, et la façon dont elles pénètrent dans nos imaginaires, nos vies et nos psychés. Des activistes qui agissent à dix milles lieues de cette bête étrange que d’autres nommaient par ailleurs « l’art numérique » (bouge-t-elle encore ?) et font, en 2016 encore, le pari de l’expérience sensorielle et de la nouveauté. « Et si la réconciliation avec la longue tradition sceptique ayant entouré le nouveau n’était que le signe de notre impuissance à le domestiquer ? », interroge le professeur de théorie du droit Laurent de Sutter. La question est posée.

Oubliez donc également tout ce que vous savez sur les terminologies en matière de musiques populaires. Pop, rock, électro, contemporain, hip-hop, trip-hop, vous dites ? Les trublions du festival n’ont pour certains même pas vingt-cinq ans, parlent généralement plutôt de cloud rap, de post-Internet, d’Internet wave, d’African techno, de vaporwave ou d’echo jams, et ont tout digéré comme pour le recracher dans des paradigmes qui empruntent plus à des postures philosophiques qu’à une fidélité esthétique, piétinant naturellement toute nostalgie chic vintage, toute dichotomie entre bon et mauvais goût. Ils vandalisent même au passage les sacro-saintes frontières entre mainstream et underground, maudit et sacré, authentique et factice, organique et digital, bien et mal, tradition et modernité, comme les deux faces d’une seule et même idéologie… Ils ne respectent vraiment rien, ces jeunes.

« Les artistes que nous invitons n’ont pas forcément l’habitude d’exposer en galerie d’art, d’être dans le schéma de devoir à tout prix exposer dans des foires à la sortie de leurs études aux Beaux-Arts. Quant aux musiciens, on ne les retrouve pas non plus dans les listes de booking de tous les gros festivals », précise Philippe. Transformé en Media Art Club, un « espace de diffusion et de recherche créative », la galerie Art-Cade (Grands Bains Douches de la Plaine) accueillera une bonne partie de la programmation du festival, oscillant entre « des appropriations rituelles, des mimétismes subversifs de la technologie et des produits d’hyperconsommation », des révélations de l’humain, une archéologie des médias, de la transcendance ou des « sonorités métalliques et pailletées ». Révélant ainsi les contours complètement surréalistes et étranges propres à notre société capitaliste. Et de quoi envisager sa refonte.

Jordan Saïsset

RIAM Festival 2016 : du 7 au 29/10 à Marseille (Media Art Center / Galerie Art-Cade, Galerie H.L.M., Baby Club, FRAC PACA, Vidéochroniques et l’Embobineuse). Rens. : 09 52 52 12 79 / www.riam.info

Le programme complet du RIAM Festival 2016 ici

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