Cédrick Eymenier, l’interview

Idée de sortie
Journal Ventilo
1 Mar 2019 0

Intrication, c’est le titre choisi par Cédrick Eymenier pour son exposition personnelle au Centre Photographique Marseille inaugurée vendredi dernier. Une centaine de photographies dans un accrochage très dynamique et rythmé… Rencontre avec l’artiste, ici photographe, musicien et commissaire. 

Pouvez-vous revenir sur ce terme que vous avez choisi pour nommer cette exposition, Intrication ?

Avant d’expliquer ce terme, je voudrais revenir sur les deux précédentes expositions personnelles que j’ai eu le plaisir de faire, et qui s’intitulaient Éco-location et Dislocation. J’avais envie, par pur jeu et rime musicale, de trouver un troisième titre qui terminait par « -tion ». La physique quantique me fascine même si je ne suis pas scientifique, et j’ai découvert ce terme, l’intrication, qui signifie que certaines particules dans l’infiniment petit peuvent être à plusieurs endroits en même temps dans l’espace tout en étant intrinsèquement liées. J’essaie dans mon travail de créer des relations intrinsèques, implicites et non pas explicites. J’aime ensuite regrouper les photos que je fais et les ranger par suites. Ça a à voir avec la musique. Une fois que j’ai pris les photos dans la rue, je les arrange.

Dans cette exposition justement, il y a non seulement des images, mais également une bande sonore que vous avez composée avec votre groupe, Cats Hats Gowns, et qui accompagne, comme dans un film, la déambulation du spectateur dans son appréhension de vos images. Elle génère une vraie notion d’espace-temps dans l’exposition…

Déjà, elle n’est pas composée, cette musique ; c’est comme les photographies, ce sont des improvisations. Dans le groupe, on est quatre, on joue ensemble depuis quinze ans. On est un groupe de « roots rock » du sud de la France. Et contrairement à d’autres, on est du sud et y a du soleil, donc on est plus cools. (Rires) Je le ressens sur notre mood. On a découvert au fur et à mesure beaucoup de styles de musique différents, et notre musique est un mélange de tous ces genres.

Dans ma pratique artistique, j’ai toujours eu trois médiums d’enregistrement : cinéma, photographie et son. À un moment, il faut enregistrer, on garde, on découpe, on monte. Une fois qu’on a enregistré, on doit faire des choix, et c’est là que mon scénario s’élabore. Ce qui m’intéresse dans cette bande-son, c’est l’ambiance dans laquelle peut se sentir le visiteur. Il y a une vingtaine de morceaux, certains durent quarante-cinq minutes.

Entrons dans ces suites de photographies, tout en gardant cette idée de montage, et du rapport au temps que l’on sent dans votre travail. Ce sont des paysages urbains, des reflets de lumière, des instants non explicites que vous capturez…

Déjà, pourquoi je fais des images urbaines ? J’habite en ville, c’est là que je vis, c’est ce que je connais. William Burroughs dit qu’il vaut mieux parler de ce qu’on connait. Ça ne veut pas dire que je l’ai compris, mais je connais. Je passe ma vie en ville ; sur le bord des rues, il y a des vitrines, des magasins, parfois le soleil tape sur un rétroviseur de scooter… Ce qui me fascine, c’est comment on passe d’un état inattentif à un état attentif. Ce qui m’intéresse, c’est comment, pas pourquoi. Comment se fait-il que je marche dans la rue dans l’intention de capter des images et que tout d’un coup je m’arrête ? Saisi. Et là, avec le soleil, un mot, une couleur, j’appuie sur le bouton. Je ne fais toujours qu’une seule photo. Sinon, c’est trop dur de choisir a posteriori.

Et cet accrochage, en lignes ou en compositions ?

Il y a eu deux façons pour moi de penser ces murs. La première, ce sont des espaces-temps continus, on est dans une unité de temps et de lieu ; par exemple : un matin à Nevers. Et d’autres murs sont plus éclatés par rapport à l’espace-temps. Une photo prise à Londres en 2000, une autre à Amsterdam. Elles sont réunies, comme le dit le cinéaste russe Eisenstein, par attraction.

Ou par intrication

Oui, ce terme a aussi un sens hors de la physique quantique…

Pouvez-vous choisir une photographie parmi toutes et la décrire ?

Je serais tenté de vous parler de cette nature morte avec les citrons, mais je vais choisir une autre image. Celle qu’on retrouve sur le flyer, sur lequel on voit une femme. On ne voit que ses cheveux, elle est vaguement en train de fouiller dans son sac. Cette photo date de 2000. Elle contient beaucoup d’éléments qui reviennent dans mes images : la présence du végétal dans le monde urbain, l’architecture, les reflets, les textures. Ce qui m’a fait la choisir, c’est qu’elle me fait penser à ce magazine, Purple, qui inspire l’exposition collective accompagnant Intrications et pour laquelle j’ai invité cinq artistes. Degrees of Caution est une exposition qui aura lieu en deux temps, d’abord des films, puis un accrochage plus libre. J’ai construit cette invitation autour de cette chance que j’ai eue, jeune, d’être introduit dans ce magazine et d’y rencontrer beaucoup d’artistes. Certains sont restés des inspirations pour moi et d’autres sont devenus des amis.

Propos recueillis par Mathilde Ayoub

Cédrick Eymenier – Intrication et Degrees of Caution : jusqu’au 14/04 au Centre Photographique Marseille (74 rue de la Joliette, 2e). Rens. : www.centrephotomarseille.fr


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