Au Japon, l’espace public miné par le harcèlement sexuel. [Chicane#10]

Billet de blog
le 15 Jan 2020
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Au Japon, les mesures pour lutter contre le harcèlement sexuel telles que des wagons réservés aux femmes ne sont en réalité que le cache-misère d’un espace public très hostile envers les femmes.

Au Japon, le chikan désigne le harcèlement sexuel et les attouchements dans l’espace public. Ici, c’est un phénomène massif : en 2017, la police de Tokyo a enregistré près de 1750 cas de chikan dans les trains. Ce n’est que la partie émergée de l’iceberg, le sujet restant tabou au pays du soleil levant.

Haru*, étudiante à Fukuoka et militante féministe, ne compte plus les épisodes de chikan qu’elle a subis : attouchements, exhibitionnisme, photos prises sous la jupe… « Le pire, c’était la fois où j’ai senti un homme qui se frottait bizarrement contre moi dans le métro. En rentrant, je me suis rendue compte que mon uniforme était sali. J’étais très jeune et je n’ai compris que bien plus tard ce qu’il s’était passé », confie-t-elle, écœurée. Les agressions peuvent commencer très tôt dans la vie d’une fille, comme pour Yayoi, aujourd’hui créatrice de badges « anti-chikan », qui en a été victime à l’âge de huit ans.

Un comportement ancré dans la société japonaise.

Pour la sociologue spécialiste des questions de genre Kumiko Nemoto, ce phénomène est le reflet d’une société japonaise patriarcale : « Traditionnellement, on attend de la femme qu’elle soit discrète, féminine et dans une position d’infériorité. Son rôle est de faire des enfants plutôt que de travailler. Il existe aussi une image de la femme comme objet de désir appartenant aux hommes », explique la chercheuse.

Le chikan est aggravé par une véritable « loi du silence » et une responsabilisation des victimes. « On nous dit qu’on aurait dû se méfier, qu’on recherche de l’attention, qu’on n’a pas le droit de se plaindre parce que ça veut dire qu’on est séduisantes… Une fois, j’en ai parlé à mon père et il m’a dit que c’était de ma faute », se désole Haru. Dans une société japonaise où le poids du paraître est extrêmement lourd à porter, c’est la double peine, et les victimes préfèrent se taire. Le chikan est normalisé, et le sujet quasi-absent du débat public.

Un militantisme nécessaire

Face à ces violences faites aux femmes, Kumiko Nemoto considère qu’il faut élever les consciences par des mesures de sensibilisation et d’éducation. C’est ce que fait Yayoi Matsunaga en créant des badges aux inscriptions « stop chikan ! » pour dissuader les agresseurs en disant « non » à la place des jeunes filles et pour qu’à leur vue, ceux n’ayant pas conscience du problème se surprennent à y réfléchir.

 

*Le prénom a été modifié

 

Faustine Mazereeuw

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