Au Festival de Pâques, m’en allant promener…

Idée de sortie
Journal Ventilo
12 Avr 2019 0

Des charmes qui s’épanouissent, des moments de grâce qui se poursuivent, des dons qui se multiplient... La fontaine du Festival de Pâques ne tarit pas. Pour la septième année consécutive et pendant quinze jours, elle répandra une vitalité rafraîchissante sur les soirées musicales de la ville d’art. L’annonce du programme a déjà plongé ses fidèles auditeurs dans une impatience délicieuse avant de les chavirer tous, jeunes plumets ou vieux briscards de festivals, synchrones, dans la même passion.  Immersion dans le bain excitant d’un désir et de l’objet qui le comble. 

Festival de Paques - Michel Corboz - Lauren Pasche

Apparu notamment dans le Roland Furieux de l’Arioste, dont la poétique fut si chère aux compositeurs d’opéras baroques, le motif allégorique de la fontaine dont l’eau fait aimer peut imager à juste titre l’ambition d’initier, de développer et d’assouvir le goût pour la musique poursuivie par le Festival de Pâques d’Aix-en-Provence. Toute la musique : celle qui demeure comme celle qui passe, dans le mouvement perpétuel de l’art contemporain. Classique. Comme tout ce qui cherche dans les vieilles humanités la source d’un esprit neuf capable de transmettre à chaque génération des émotions impérissables, dignes d’estime et susceptibles de rendre leur monde attrayant. Pour cela, le festival mobilise, outre ses propres énergies, une phalange de talents sous la direction artistique de Renaud Capuçon et, pour l’édition 2019, les auspices du ténor Rolando Villazón.

Il revient à Renaud Capuçon d’ouvrir les vannes le 13 avril avec quelques musiques échappées de la salle de projection et transcrites pour un dialogue concertant avec l’Orchestre de l’Opéra de Lyon dirigé par Lawrence Foster. Difficile de désunir un couple aussi fusionnel que musique et cinéma, il y faudra le doigté du violoniste et l’irrésistible séduction de son Guarnerius pour que les notes de Michel Legrand, Ennio Morricone, Maurice Jarre, Nino Rota… rejoignent le nuage des figurations autonomes dans une temporalité affranchie de la pellicule.

Chante, rossignol, chante

Exit les images, exit la mise en scène. Dans un florilège d’airs et de duos, empruntés aux opéras de Haendel, la soprano Sandrine Piau et le contre-ténor Tim Mead chanteront les délices et les délires du merveilleux et de l’éros. Sous l’alibi prestigieux de la culture antique, Haendel a exhibé, des amours divines, les sens frémissants et la colère des passions. Les pathétiques mortels égarés dans ces aventures mythologiques ont fourni au théâtre lyrique quelques-unes de ses plus belles déplorations. Le Concert d’Astrée, dirigé par Emmanuelle Haïm, caresse, enveloppe et protège la voix des amants comme ces rideaux de feuillus dans les tableaux pastoraux et galants où, par une trouée savamment aménagée, un harmonieux rayon de lune éclaire la statue de l’Amour ailé. Une splendide peinture de sentiment, le 16 avril.

Tragique passion que celle du Christ relatée par l’apôtre Matthieu et mise en musique par Jean-Sébastien Bach pour le service du Vendredi Saint à la Thomaskirche de Leipzig, le 30 mars 1736 (date de la version de référence BWV 244 que nous entendrons le 19). De la Cène à la crucifixion en passant par le chemin de croix, entre les éléments du récit évangélique, s’insèrent des poèmes d’Henrici traduisant, dans l’expression de la piété réformée, la méditation des fidèles. Chœurs doubles, arias et récitatifs alternent sous la forme d’un oratorio devenu le monument pascal de la tradition liturgique luthérienne et, au-delà, un vibrant élan vers l’absolu dont il faut rendre culte au génie musical. Sous la direction de Michel Corboz, l’Ensemble vocal et instrumental de Lausanne a mûri, pendant près de six décennies, le grand œuvre sacré de Bach avec un soin minutieux du détail et une profonde intensité dramatique (1). Son interprétation de la Matthaüs-Passion est devenue touchante et simple comme l’agneau. Partageons-la.

Un concert-évènement réunira Rolando Villazón et Renaud Capuçon auprès de la Camerata Salzburg, le 22, pour clôturer la « Mozartwoche », mosaïque de manifestations dédiées au compositeur. La Sérénade n°7 et la Symphonie n°35, toutes deux dites « Haffner » du nom de leur commanditaire, nous entraîneront dans l’atmosphère tourbillonnante et légère des premiers succès (professionnels et amoureux) du jeune homme. La première, interprétée par Renaud Capuçon, révèle, par l’ampleur du concerto intercalaire pour violon, la bouillante ambition d’un compositeur de vingt ans confiné à Salzbourg sous le joug de son triste Prince-Archevêque. La seconde, contemporaine de L’Enlèvement au sérail, atteste la liberté recouvrée et la maturité musicale d’un homme de vingt-six ans, s’apprêtant à convoler dans la Vienne de Haydn et Joseph II, capitale d’art et d’empire. Rolando Villazón, quant à lui, déroulera la vie de Mozart au fil de ses airs d’opéra. Il abordera les rivages plus sombres des années difficiles avec leurs mystères incandescents. Le ténor franco-mexicain a depuis longtemps démontré qu’il savait tout sentir et tout rendre.

Toi qui a le cœur gai

Le 27, dans le cadre du « Festival des enfants », le compositeur Karol Beffa propose un conte musical pour petits et grands sur un texte de Mathieu Laine qui nous guidera dans les travers d’un royaume fabuleux où tous les sujets sont musiciens mais dont le roi déteste la musique. La partition explore des territoires affectifs rarement visités par la musique contemporaine : une ingénuité sincère et une fraîcheur de caractère qu’un jeune Salzbourgeois de notre connaissance aurait savourées, ainsi que son message fraternel. Karol Beffa réunira autour de son piano un casting de conte de fée : Renaud Capuçon au violon, Victor Julien-Laferrière au violoncelle et Andreas Ottensamer à la clarinette avec, en prime, l’acteur Charles Berling (… si, si).

Ainsi qu’il en va de tous les grands interprètes, Rudolf Buchbinder est en prise avec les forces de précision et de discipline qui règlent l’enthousiasme. L’antagonisme de ces puissances ne pouvait trouver terrain plus symbolique que la circumnavigation entre classicisme et romantisme à l’œuvre dans les cinq concertos pour piano de Beethoven. Pour cette traversée avec escale, il sera accompagné par l’une des formations allemandes les plus prisées, la Staatskapelle de Dresde, le 27 à 11h (concertos 1 et 5) et 20h30 (concertos 2, 3 et 4). Souverain et résolu à l’image de son compositeur totem dont il a enregistré les trente-deux sonates qu’il peut enchaîner en concerts fleuves, le pianiste viennois est accoutumé à ces larges étreintes au moyen desquelles il s’empare des œuvres en parcourant l’intégralité de leur cycle tel l’aède son épopée.

J’ai franchi le cours de cette programmation, par sauts et gambades, en suivant la nymphe capricieuse de mon instinct. D’autres itinéraires auraient été plus méthodiques, plus représentatifs, mieux inspirés. La rose est encore au rosier… Que chacun suive sa pente naturelle avec autant de plaisir anticipé. Toutes se rejoindront le 28 au concert de clôture, la traditionnelle fête de famille de la gens Capuçon, où le maestro réunira la sarabande joyeuse de ses amis pour une dernière valse.

Roland Yvanez

Festival de Pâques : du 13 au 28/04 à Aix-en-Provence. Rens. : www.festivalpaques.com

(1) Son enregistrement de la Messe en Si mineur en 1972 est l’une de ces deux ou trois choses à emporter en cas de naufrage… spirituel.

Le programme complet du Festival de Pâques ici


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