À perte de vue

Idée de sortie
Journal Ventilo
10 février 2017 0

À l’occasion de l’exposition Entrée en matière, Voyons Voir se retourne sur sept années de résidences artistiques menées au sein du Centre Richebois (1), et regarde en même temps vers l’avenir par le scellement d’une collaboration qui se poursuivra désormais sur les cimaises de la nouvelle salle d’exposition inaugurée la semaine dernière sur les hauteurs de l’Estaque…

L’association Voyons Voir, qui fêtera ses dix ans cette année, est connue pour ses résidences au sein de vignobles (Domaine de Saint-Ser à Puyloubier, Château Grand Boise à Trets) et de lieux patrimoniaux du territoire. Elle se dote aujourd’hui d’un lieu d’exposition au sein du Centre de réadaptation professionnelle Richebois, avec lequel elle poursuit depuis sept ans un programme de résidences. Les artistes prennent donc le temps d’y déployer un véritable projet et d’y associer les résidents du Centre. De riches échanges se créent ainsi entre les artistes, qui rencontrent des personnalités aux parcours hors des chemins tracés, parfois chaotiques, parfois difficiles, et les résidents qui font l’expérience du plaisir de faire, de comprendre l’autre dans sa singularité et dans une forme d’expression qui lui est propre…

A la fin de la résidence vient le temps de la restitution et, chaque année, le Centre Richebois et Voyons Voir nous offrent une exposition témoignant à la fois des travaux réalisés par l’artiste et les résidents et de la production personnelle de l’artiste en lien avec son expérience sur le site de l’Estaque. Il est même arrivé que le Centre acquière l’œuvre en question, à l’instar de Richwood Memories de Franck Lesbros. Bel aboutissement d’une pratique artistique, celle de la vidéo et du film réalisé à partir d’une maquette en carton plume, papier et autres secrets de fabrication chers à Franck Lesbros, et de la participation des résidents qui sont à l’origine de la fabrication des « décors » et de l’idée de chaque saynète. A l’instar également de la sculpture de Yazid Oulab, A l’horizon, réalisée en 2013 dans le cadre des ateliers de l’Euroméditerranée, sur le thème d’Ulysse. Un monumental astrolabe de métal qui évoque à la fois les errances du héros d’Homère et celles de Sinbad, transposition orientale du mythe grec. Une lecture iconographique de l’astrolabe nous amène à lire dans ses formes l’onde du chant des sirènes, l’œil du cyclope et autres « signes » qui retracent les aventures initiatiques des deux marins, métaphores des nouvelles vies qui attendent les résidents du Centre venus apprendre un nouveau métier, pour un nouveau départ…

Grace aux œuvres des deux photographes Gilles Gerbaud et Aude Lavenant, premiers artistes résidents invités en 2009, des images du site avant les travaux d’aménagement rendent compte du parcours emprunté plusieurs fois par jour par les résidents du Centre. Les corps se contorsionnent pour aborder ce virage qui donne son titre au triptyque de Aude Lavenant. L’artiste essaie de capter le moment où l’on devine l’effort dans les postures contrariées des personnages qui cheminent… Même attrait pour le corps et ses mouvements dans la série de photographies Travail, qui établit une typologie des chorégraphies du labeur, dansées par les apprentis, dans la découverte et l’assimilation des gestes de leur prochaine profession… Edité par Vincent Bonnet lors de son passage à Richebois en 2011/2012, le petit fanzine Bonne journée est le résultat d’une sorte d’enquête menée par l’artiste sur sa propre présence au sein du Centre et d’un travail de portrait confié aux résidents participants aux ateliers. Ici, Vincent Bonnet déploie les feuilles de son journal et en fait une installation jouant sur la multiplication et l’unicité de l’image qui se lit autrement selon son traitement et sa mise en monstration.

Enfin, présentée par Arnaud Vasseux, Table Séon #1 déroge à la règle puisque l’œuvre a été réalisée lors de sa résidence à la Tuilerie Monier réalisée en 2014 sur l’invitation de Voyons Voir. Arnaud Vasseux y poursuivait son exploration des matériaux et des différents processus qui engendrent une forme (sculpturale) au sein d’une usine qui travaille donc exclusivement avec l’argile, matériau à prise lente dans lequel l’histoire de la forme se raconte et laisse l’empreinte de son processus. C’est précisément d’une trace que l’artiste tente de se saisir, de maintenir et de restituer, celle de l’ouvrier qui trie les tuiles non conformes et qui se saisit de la plaque pour les extraire, laissant s’imprégner le geste qui entérine l’exclusion. Sur ces nouveaux chemins, quelle chance d’y croiser celui qui par nature est en marge, qui par nature est différent, qui par nature est exclu (au moins symboliquement) : l’artiste.
Céline Ghisleri

(1) Centre de réadaptation professionnelle Richebois
Entrée en matières, avec vue imprenable : jusqu’au 29/03 au Centre Richebois (80 impasse Richebois, 16e). Rens. : 04 91 09 48 00 / http://www.voyonsvoir.org

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