A nous la nuit ! rend à chacun sa légitimité dans la rue. [Chicane#10]

Billet de blog
le 15 Jan 2020
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La nuit, tous les chats ne sont plus gris. Les différences ressortent et la singularité, surtout lorsqu’il s’agit de genre et d’orientation sexuelle, peut conduire à des atteintes physiques et morales. Une association parisienne s’attaque à ces violences.

Créée en février 2016 par Matilde Armantier et Adèle Larvoire, A nous la nuit ! s’inspire des marches Reclaim the Night venues de Manchester. Apparues dans les années 1980, elles avaient vocation à protester contre des politiques publiques recommandant aux femmes de ne pas sortir la nuit à la suite de viols.

Mathilde a assisté à l’une de ces marches à Manchester, qu’elle décrit comme un « rassemblement hyper optimiste et festif, avec quasiment autant de femmes que d’hommes. Je me suis dit qu’on manquait de choses festives par rapport au féminisme en France, du moins à Paris. » Les deux jeunes femmes importent alors le concept en l’élargissant, car le problème de « virilisation et d’hégémonie masculine dans l’espace urbain ne touche pas que les femmes, c’est bien plus global. » Le mot d’ordre, éviter une dichotomie hommes versus femmes. Ces dernières n’étant pas les seules à se sentir illégitimes dans l’espace urbain, il s’agit pour l’association d’inclure la communauté LGBTQI+.

Agir de nuit pour une ville plus inclusive

La nuit a « un effet loupe » et ne serait pas forcément plus dangereuse : selon l’Insee, 65% des agressions physiques ont lieu en journée. Seulement, les agressions et actes d’harcèlement « sont beaucoup plus décomplexés. » Résultat, la violence de ces agressions contribue à rendre le sentiment d’insécurité plus important le soir que le jour. L’association s’attache à déconstruire ces représentations collectives et à faire émerger une prise de conscience globale, car si 54,3% des agressions sexuelles sont nocturnes, seules 3,7% ont lieu dans la rue selon victimedeviol.fr.

Aujourd’hui, les actions d’A nous la nuit ! se multiplient : conférences, apéro-discussions, soirées, concerts, marches, toujours en cultivant l’esprit festif des débuts qui permet la création d’espaces de « répit », d’inclusion et de plaisir. « Sortir dans la rue et hurler c’est hyper jouissif ! T’as un make-up vif, t’as des pancartes et tu gueules que tu en as marre qu’on t’emmerde dans la rue », explique Mathilde.

Pourtant, le chemin reste long. Lors des événements organisés il faut régulièrement faire face « à des mecs qui viennent que pour faire chier les meufs » ou pour « foutre la merde ». Malgré les précautions, la bienveillance et l’inclusivité, les « réactions puériles » persistent. Mais A nous la nuit ! ne se laisse pas démonter et continue de crier « on est là et on va pas se laisser faire ! ».

Natacha Joubert

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