3 questions à Hervé Le Bras

Billet de blog
Le Sonar
11 Déc 2018 0

Hervé Le Bras est un historien et démographe français passé par Polytechnique. Il analyse aujourd’hui les raisons et les enjeux du vieillissement de la population en région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

 

 

Pourquoi y a-t-il un vieillissement de la population ? Quelles sont les problématiques soulevées ?

Si on parle de la proportion de gens qui ont plus de 65 ans, alors oui on peut dire qu’il y a un vieillissement de la population. Mais on ne s’intéresse au vieillissement que pour deux types de question : les questions de santé et les questions de retraite. Ce que j’ai voulu montrer, c’est que le vieillissement ne pose pas de vrai problème pour le domaine de la santé. La santé ne dépend pas de l’âge qu’on a, mais de l’âge auquel on meurt. Donc si l’espérance de vie augmente, cet âge auquel on est en mauvaise santé recule, et la proportion de gens en mauvaise santé restera à peu près la même. Pour la question des retraites en revanche, le vieillissement peut poser problème, parce qu’on a fixé des âges de départ à la retraite. Mais ces âges là ne sont pas des âges biologiques. Les personnes qui partent à la retraite sont parfois encore employables. On parle de « jeunes seniors ». Cependant, il y a une résistance dans l’opinion, et les conditions de travail sont souvent mauvaises. Mais si on s’attaque à ces conditions de travail, on peut imaginer qu’à chaque fois qu’on gagne une année d’espérance de vie, on travaillera quatre mois supplémentaires. A ce moment là, la question du vieillissement pour les retraites ne se pose plus.

Oui mais l’espérance de vie ne va pas forcément faire qu’augmenter. Elle a diminué en 2015 en France, et certaines études montrent qu’elle pourrait ne plus trop augmenter, à cause des cas de cancers, d’obésité et d’autres maladies.

Non, l’espérance de vie augmente en France et en Europe de l’ouest. Elle commence en revanche à diminuer aux Etats-Unis. Mais c’est leur système économique et politique qui fait que la mortalité ne peut plus baisser. L’espoir c’est qu’on n’entre pas dans le même système. Mais ça dépendra de l’argent qu’on mettra dans la prévention, dans la qualité de  vie, et dans la recherche, pour traiter les maladies comme le cancer. Les taux de mortalité pour des raisons cardiaques ont été divisés par trois ces 50 dernières années.  C’est une des raisons pour lesquelles le nombre de personnes âgées a autant augmenté. Pour le cancer c’est différent. La proportion de personnes atteintes d’un cancer augmente, mais la proportion de personnes guéries augmente aussi. Le résultat pour l’instant est positif. Il deviendra négatif si on ne fait pas assez de recherches en médecine.

Comme la population est vieillissante pour l’instant, on a une population active qui risque de fortement diminuer, notamment en région PACA, où il y a assez peu de jeunes. Comment régler cette problématique ?

On pensait que la population active diminuerait beaucoup plus tôt. Mais elle ne l’a pas fait, parce que les femmes sont devenues de plus en plus actives. En 1962, 50% des femmes étaient inactives. Aujourd’hui il n’y a plus qu’entre 15% et 17% de femmes inactives. C’est particulièrement vrai pour la région PACA, où les femmes étaient très peu actives dans les années 1960. Maintenant elles sont au niveau national. Donc on a combattu la baisse de la population active par l’entrée des femmes en activité. De la même manière, on pourra combattre la baisse de la population active par un recul de l’âge au départ à la retraite. Si on reste bloqué sur des âges à la retraite, malgré l’augmentation de l’espérance de vie, effectivement la population active diminuera. Mais ça dépend entièrement de nous, il n’y a pas de fatalité démographique.

 

Lilian VEYET

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