Les activités périscolaires, retour sur l’autre fiasco éducatif marseillais

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le 4 Fév 2016
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Marsactu publie l'intégralité du rapport de la mission d'enquête sur les activités périscolaires menée par la mairie. Celui-ci souligne un service rendu encore imparfait mais moins coûteux qu'annoncé.

Sortie d'activités périscolaires, rue Saint-Savournin. Photo : Julia Rostagni

Sortie d'activités périscolaires, rue Saint-Savournin. Photo : Julia Rostagni

L’exercice qui consiste à évaluer ses propres actions paraît souvent salutaire. La Ville de Marseille, poussée par le groupe socialiste, a accepté de s’y livrer pendant six mois concernant les activités périscolaires. Tout ce qui est rare est cher. C’est donc comme un objet précieux que nous avons reçu ce rapport de 35 pages et ses 260 d’annexes. Mais autant le dire tout de suite, ce rapport dont la teneur a déjà été révélée par le Ravi et que nous publions en intégralité ci-dessous, n’a rien d’un joyau d’autocritique.

On ne lira ainsi pas une ligne sur l’état des locaux scolaires mis à disposition non sans les réticences de certains enseignants pour ces activités, sur la situation contractuelle des animateurs ou encore sur les nombreux retards de paiement de la ville qui ont mis en péril des associations. En revanche, la lecture des annexes qui contiennent le détail des réunions, des données et des témoignages recueillis contribue à documenter ce dossier qui a mobilisé de nombreux parents depuis la rentrée 2014.

La faute au gouvernement

Le bilan effectué revient largement sur les conditions de mise en place de la réforme voulue par le premier ministre de l’Éducation de la présidence Hollande, Vincent Peillon. Elle réinstaure les quatre jours et demi de classe tout en prévoyant trois heures d’activités périscolaires pour les enfants. Le président de la commission d’évaluation et patron de la majorité municipale, Yves Moraine développe largement le regard critique de la droite marseillaise lors d’une réunion du 3 novembre, dont le compte-rendu est livré en annexe.

Il la juge contraire aux intérêts de l’enfant contraints de se lever le mercredi matin pour aller à l’école mais aussi « championne du monde pour l’inégalité de cette réforme parce qu’elle crée déjà, de par la loi, un hiatus entre les écoles privées et les écoles publiques, entre les enfants qui sont scolarisés dans le public et dans le privé [le privé n’était pas concerné par la réforme, ndlr]. Et dans le public lui-même, elle crée de fortes disparités entre les parents qui ont les moyens et ceux qui ne les ont pas. » De quoi permettre à la conseillère municipale LR membre de cette commission Isabelle Savon de se réjouir de cette alternative offerte par le privé : « Aujourd’hui, je pense qu’il faut vraiment réaliser la chance que les familles ont de pouvoir faire un choix de mettre les enfants là où elles le désirent. »

Marseille a traîné des pieds

Le document de conclusion s’attarde beaucoup moins en revanche sur les atermoiements de la Ville à mettre en place la réforme un an et demi après sa promulgation. Rien n’avait été préfiguré avant la réélection de Jean-Claude Gaudin en 2014, si ce n’est une version alternative qui faisait fi de la nouvelle organisation scolaire. Lancé dans le courant de l’été et dans un contexte juridique incertain, un appel à projets avait occasionné une mise en place chaotique s’échelonnant jusqu’en janvier. « [Cela] a permis de démarrer à la hussarde cette action », admet lors de son audition Vincent Gaveriaux, vice-président de l’IFAC, association réputée proche de la mairie qui gère avec ses 600 animateurs les activités dans 110 écoles sur 445.

Depuis lors, 212 marchés ont été conclus. Ils devraient être reconduits pour les deux années scolaires qui viennent afin d’offrir de la visibilité aux associations lauréates. Mais les problèmes sont loin d’avoir disparu. Le rapport admet d’ailleurs brièvement que « ces activités collectives doivent progresser dans leur contenu ». De fait, loin des projets liés au sport, à la culture, à la citoyenneté ou à la santé souhaités, les programmes – souvent flous et plus ou moins bien diffusés aux parents – se bornent à préciser « multi-activités ».

Source : Ville de Marseille (les valeurs correspondantes ne sont pas précisées)
Source : Ville de Marseille (les valeurs correspondantes ne sont pas précisées)

La question de l’encadrement revient elle aussi comme un point de tension. En théorie, un animateur sur deux est censé être titulaire du BAFA et 30 % supplémentaires être en train de se former pour l’obtenir. Des dérapages continuent d’exister. En atteste le témoignage d’une mère d’élèves au groupe scolaire du Merlan, invitée à s’exprimer par le groupe d’opposition Front national, partie prenante de la commission. Elle évoque notamment « des punitions collectives » infligées aux enfants et autres mauvais comportements. D’autres personnes interrogées expriment les mêmes réserves. Au-delà de ce rapport, les récits concernant des animateurs négligents abondent sans qu’il soit aisé de les vérifier. En face, les associations répondent manque de moyens, métiers peu attractifs et, en conséquence, des animateurs qui restent peu longtemps en poste.

« Les enfants méritent mieux » pour l’adjointe aux écoles

D’où ce commentaire – pour le moins traditionnel dans son approche – de l’adjointe à l’éducation, Danièle Casanova : « Les enfants sont quelque chose de très précieux, il faut avoir un don ou être maman peut-être aussi. Des jeunes ne sont pas faits pour cela. Je pense que, quand on aura suffisamment de choix en nombre de diplômes du BAFA sur Marseille, nous pourrons choisir des gens qui ont envie, qui ont la passion des enfants. Vous savez, les enfants le sentent quand on les aime ou pas. Je pense que cela améliorera beaucoup la situation. »

Mais nulle responsabilité de la mairie dans cette situation, ajoute-t-elle : « Le gros problème du décret lui-même est le BAFA, le recrutement de ces gens inexpérimentés. Il est bien dommage que l’on ait prévu, dans ce décret, aussi peu de respect pour les enfants parce que je crois qu’ils méritent mieux », lâche-t-elle au cours d’une des réunions.

Les familles semblent conscientes de ces insuffisances puisqu’à l’arrivée, seuls 40 % des 75 000 élèves ont profité des activités 2014-2015. Ce ratio pourrait toutefois évoluer au gré de l’amélioration du dispositif. Dans une étude portant sur ces activités, la très remuante association de parents d’élèves MPE 13, avance que 80 % des 377 parents interrogés étaient globalement mécontents en 2014-2015, ce qui peut bien sûr s’expliquer par le démarrage plus que poussif, au gré des « vendredi noir ».

Un budget surestimé

Se pose alors la question des moyens. La Ville met en avant un total de 25 millions d’euros. Mais ce montant inclut, comme le note l’opposition socialiste emmenée par Annie Lévy-Mozziconacci, des prestations qui ne sont pas directement liées à la réforme. Il en va ainsi du choix municipal volontariste du « temps récréatif de restauration », des études surveillées, de la garderie et du programme d’accompagnement à la réussite scolaire qui représentent environ 8 millions d’euros. On pourrait presque y ajouter la titularisation du personnel vacataire, dont beaucoup sont des animateurs. La mairie intègre le coût de leur intégration au bilan financier des temps d’activités périscolaires. C’est pourtant une décision de justice, suite à une procédure initiée par le syndicat SDU-FSU, qui avait contraint la Ville à titulariser 340 d’entre eux, employés de longue durée. « Seul le salaire du directeur général des services ne semble pas avoir été comptabilisé dans cet inventaire à la Prévert », ironise le groupe socialiste dans sa contribution écrite.

À l’arrivée, on atteint davantage un budget de 17 millions d’euros dont 6,7 millions environ sont pris en charge par l’État. Comme l’a révélé France Bleu Provence, cette aide qui devait s’arrêter à la fin de l’année scolaire sera prolongée pour les trois ans qui viennent, à Marseille comme dans le reste du pays. La Ville devrait donc débourser 10 millions d’euros par an pour ces activités périscolaires, ce qui constitue – et c’est presque paradoxal – un engagement par élève plus important que la moyenne. « Affirmer ainsi que « la réforme des rythmes scolaires coûte 25M€ » (pour justifier une hausse des impôts de 30 millions d’euros) est donc parfaitement inexact quand on analyse les chiffres poste par poste », conclut le groupe socialiste. La discussion de ce lundi sur la politique éducative s’annonce décidément chargée et houleuse. L’adjoint au maire en charge de la laïcité a déjà esquissé une réponse : « Nous souhaiterions donner le meilleur. On gère en père de famille. Quand on fait le compte, il n’y a pas grand chose. »

Lire l’intégralité du rapport et ses annexes :

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