À travers Euroméditerranée, Michel Vauzelle lorgne sur la métropole

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Jean-Marie Leforestier
29 Oct 2013 13

"Pourquoi on a collé le Mucem et la Villa Méditerranée côte à côte alors qu'on aurait pu faire un bel espace ?" Eh bien, c'est Euroméditerranée qui a décidé ça". Voilà la version disons grand public que Michel Vauzelle avance à titre d'exemple lorsqu'on l'interroge sur sa volonté de prendre la tête de l'opération d'intérêt national qui va du Vieux-Port au marché aux puces. Membre du conseil d'administration et unique financeur du porte-à-faux avec vue sur mer, il n'avait peut-être pas besoin d'être assis dans le siège de président pour choisir son lieu d'implantation.

Ancien maire d'Arles, le président du conseil régional doit partout justifier son intérêt pour la grande opération d'aménagement de Marseille lancée voici 20 ans. En effet, le poste de président d'Euroméditerranée doit faire l'objet d'un nouveau vote du conseil d'administration. Les membres dudit conseil auraient préféré s'en tenir à un interim technique jusqu'aux municipales. Or, comme l'a détaillé La Provence, Michel Vauzelle se verrait bien à la tête de la structure. Il se prévaut du soutien de l'État qui a – pour l'heure – donné l'ordre à ses représentants de voter pour lui lors du conseil d'administration du 4 novembre prochain. Il est soutenu en ce sens par Patrick Mennucci, le candidat socialiste à la mairie. À l'issue de sa rencontre avec le premier ministre ce mardi, celui-ci a estimé qu'il fallait "sanctionner politiquement la dérive immobilière d'Euroméditerranée". À droite, la manoeuvre ne dérange pas outre mesure Jean-Claude Gaudin, pas mécontent de ce bâton mis dans les roues de son ancien challenger Guy Teissier, très critique ces derniers mois vis-à-vis de l'action municipale.

Des réticences même à gauche

Parmi les proches du député, on a beau jeu de dénoncer "une stratégie électorale. Il faut montrer qu'Euroméditerranée sera sous contrôle socialiste. On immisce de la politique politicienne dans la seule institution qui fonctionne bien, justement parce qu'on y pratique le consensus". Mais la critique n'est pas l'apanage de la droite. À gauche aussi, certains élus s'interrogent sur l'objet de l'opération et les motivations d'un élu qui ne vient que rarement siéger au conseil d'administration de l'institution. D'autant plus qu'il sera de toute façon frappé par la limite d'âge le 15 août 2014. Renforcée par les primaires socialistes et jamais en retard quand il s'agit de critiquer le gouvernement, Samia Ghali aurait préféré un gel jusqu'aux municipales. Pour éviter l'écueil de nouvelles élections, la formule imaginée par Teissier et l'administration d'Euromed prévoyait en effet un budget voté dès septembre et une gestion jusqu'au scrutin de mars par les fonctionnaires, au premier rang desquels François Jalinot, le directeur de la structure.

"Alors même que la métropole se construit sous la houlette d'un préfet, par ailleurs très compétent, il aurait fallu qu'Euroméditerranée soit aussi sans tutelle politique ? Cela aurait fait deux hauts fonctionnaires", justifie un proche de Michel Vauzelle. Les deux sujets ne sont en effet "pas sans lien", confie-t-on dans l'entourage de l'équipe préfectorale qui a fait de "la métropolisation d'Euroméditerranée" un enjeu fort. Or, même sans marquer un fol enthousiasme, Michel Vauzelle a pris position en faveur de la réforme Lebranchu, ce qu'il ne manque jamais de rappeler comme ce vendredi lors d'un point presse à l'hôtel de région. Quitte à sous-entendre que cela mérite bien une contrepartie :

J'ai besoin pour l'appui que j'apporte au premier ministre pour son idée de métropole contrecarrée par monsieur Guérini – qui soutient nombre de communes du département dans leur opposition au premier ministre et au gouvernement – que le premier ministre prenne tous les moyens nécessaires à Marseille pour une politique de gauche et non une politique de droite, du moins à Euromed, le temps que les municipales se passent.

Deux ans avant sa mise en route officielle, la métropole est en effet en pleine construction. Pour faire simple, ses moyens de demain se négocient dès aujourd'hui dans le cadre du volet territorial du contrat de plan… État-région qui entrera en vigueur début 2015. Une circulaire signée du premier ministre et datée du 2 août 2013 annonce même une signature de ces contrats "au cours de l'été 2014". Concrètement, une phase de concertation engagée depuis le mois de septembre laissera place aux négociations qui devront se conclure en juin prochain.

Qui négocie pour la métropole ?

La région est par définition très en pointe sur ce CPER qui, sur les sept dernières années, a tout de même rapporté 800 millions d'euros de l'Etat au territoire. Plus étonnant, l'exécutif régional occupe une place toute aussi prégnante dans l'élaboration du pan métropolitain. "Les CPER se négocient habituellement à trois. État, région et un troisième acteur concerné par un projet", explique un proche du dossier. Quand des crédits concernent une commune, ce sont ses élus qui discutent avec l'Etat et la région. "Mais qui négocie pour la métropole, s'interroge cette même source. Est-ce que c'est MPM ? La communauté du Pays d'Aix ?"

Laurent Théry, préfet délégué à la métropole, représente l'État et le conseil des élus devrait compléter le trépied. Problème, avec le boycott toujours en cours de l'ensemble des intercommunalités hormis Marseille Provence métropole, le pilotage politique est limité aux rares élus pro-métropolitains. Face à autant de sièges vides, la région prend alors une place majeure dans le dispositif. "Elle a en effet bien joué le coup, juge Jacques Boulesteix, conseiller municipal marseillais apparenté PS et président du conseil de développement MPM. Mais les priorités entre la région et la métropole ne sont pas forcément les mêmes".

Dans ce contexte, prendre le pouvoir à Euromed apparaît comme un acte supplémentaire de domination sur le projet. Elle permet à la région et à son président de réaffirmer leur rôle sur le territoire après que Vauzelle a émis la crainte d'une "mégapole ultra-libérale" et espère donner l'impulsion euroméditerranéenne en faveur de laquelle il a remis un rapport au président Hollande. La présidence d'Euromed offre aussi quelques avantages d'apparat. "C'est lui qui accueillera Jean-Marc Ayrault lors de sa visite en novembre, ce n'est pas négligeable", souffle un de ses proches. Michel Vauzelle sera alors aux premières loges, le 8 novembre prochain, pour découvrir le panier garni promis par le premier ministre.

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