Omniprésent mais pas président, Karim Zéribi nie avoir détourné des subventions associatives

Reportage
le 7 Juil 2020
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Ce lundi, Karim Zéribi a été entendu par la justice sur l’utilisation de généreuses subventions octroyées à deux structures dont il est le fondateur alors même qu’il était en pleine campagne électorale. Son procès pour abus de confiance et abus de biens sociaux est prévu jusqu’au 8 juillet.

Karim Zeribi, attend avec ses deux avocats l'ouverture de son procès. Photo : Clara Martot.

Karim Zeribi, attend avec ses deux avocats l'ouverture de son procès. Photo : Clara Martot.

“Allez là, c’est bon”. Le médiatique Karim Zéribi repousse d’un signe de la main les journalistes qui tentent de lui arracher une photo, tandis que s’ouvre son procès devant le tribunal correctionnel de Marseille. Dans un costume bleu marine peu adapté aux températures estivales de la salle d’audience, il échange des sourires rieurs avec ses avocats puis adopte un air grave à l’heure de s’asseoir sur le banc des prévenus.

Aux côtés de cinq collaborateurs dont son fils, il est jugé jusqu’à mercredi pour abus de confiance, recel de ce délit et abus de biens sociaux. Dès la première question – formelle et procédurale – de la présidente Céline Ballerini lui demandant simplement s’il accepte bien de comparaître ce lundi, il donne le ton : “oui madame la présidente, et j’attendais ça depuis longtemps.”

Karim Zéribi est sous contrôle judiciaire depuis sa mise en examen en 2015. L’ordonnance rendue par l’instruction en 2018 estime que l’ancien élu d’Europe Écologie les Verts s’est servi de deux associations pour détourner des subventions au profit de ses différentes campagnes électorales. Au cours des investigations, les enquêteurs ont également découvert l’existence d’une société gérée par son fils dont les dépenses apparaissent suspectes, qui lui valent sa comparution pour abus de biens sociaux (lire notre article sur son renvoi).

“Nous allons commencer par vous entendre sur votre parcours, car j’avoue que les évènements rapportés dans l’enquête sont parfois un peu confus”, introduit la présidente. De quoi offrir l’opportunité à Karim Zéribi de dérouler d’un fil le récit de sa vie, depuis son enfance “heureuse et cadrée” dans un quartier populaire d’Avignon à l’homme qu’il est aujourd’hui : “pas un homme politique, mais un militant profondément engagé”, assure-t-il la main sur le cœur. Lorsqu’il revient sur les débuts de son ascension et sa rencontre avec le ministre Jean-Pierre Chevènement en 1997, il fronce les sourcils : “moi, le cheminot, l’Avignonais, le petit militant de terrain, je l’ai vécu comme un honneur ! Par la suite, j’ai travaillé à son cabinet. J’y ai tout appris. Vous comprenez donc qu’aux sources, mes activités politiques ne sont pas partisanes mais viennent de mon engagement associatif.”

“En réalité ils ne travaillaient que pour ses campagnes”

Lui vient alors l’idée de créer une association à vocation nationale : Agir Pour la Citoyenneté (APC). Cette structure a pour mission d’organiser le premier Parlement des banlieues en 2001. D’autres éditions suivent et la notoriété de l’association décolle au moment des émeutes de 2005. Une deuxième antenne est créée, cette fois tournée vers l’emploi des “jeunes issus de la diversité” : Agir pour la compétence et le recrutement (APC-R). “À ce moment, je suis promu à la SNCF et j’estime que je n’ai plus suffisamment de temps pour rester à la présidence des structures”, explique Karim Zéribi. “Et puis depuis 2004, vous intervenez déjà dans les Grandes Gueules sur RMC”, complète la présidente.

À partir de cette période, les deux structures seront gérées successivement par différents collaborateurs. Parallèlement, Karim Zéribi nourrit ses premières ambitions politiques : aux élections législatives de 2007 sous l’étiquette divers gauche, puis aux municipales de 2008 sur la liste socialiste de Jean-Noël Guérini, alors à la tête du Conseil général. Au même moment, l’association APC bénéficie de généreuses subventions. Dont une particulièrement remarquée par les magistrats en provenance du département. Fin 2007, la collectivité a octroyé la somme de 50 000 euros à l’association seulement deux semaines après le dépôt de la demande. Une autorisation record, surtout au vu du montant accordé. La même année, les frais de déplacement d’APC explosent, passant de 2000 euros à 50 000 euros.

“De toute ma présidence à APC, jamais je n’ai sollicité de subventions au conseil général”, se défend d’emblée Karim Zéribi. À cette période en effet, il a mis à la tête de sa structure Driss Aït Youssef, directeur de formation en région parisienne et spécialiste des questions de sécurité. Sauf que toutes les personnes employées par l’association à ce moment rapportent l’engagement de Karim Zéribi et décrivent une gérance de fait. La présidente cite par exemple les propos d’un ancien collaborateur : “Karim Zéribi donnait un statut aux salariés via l’association mais en réalité ils ne travaillaient que pour ses campagnes”. L’enquête comprend d’autres allégations similaires, rapportées par la secrétaire d’APC et le chargé de mission de l’époque.

“Même s’il ne gérait plus l’association, tout me ramenait à lui.”

“Il y a tellement de choses dans ces dépositions, s’émeut Karim Zéribi, très au fait du contenu du dossier. Je suis abasourdi. Ces auditions laissent entendre que j’avais mis en place une machine qui travaillait pour moi jour et nuit, alors qu’à ce moment je suis à Paris et je ne descends que le week-end pour faire campagne !” Mais au moins deux dépenses laissent les magistrats croire le contraire. En 2007, APC publie un sondage sur l’opinion des quartiers populaires. Celui-ci a été facturé 9000 euros à un institut et comporte plusieurs questions orientées, selon la présidente qui les énumère : “il y a des questions sur les présidentielles et les orientations politiques des sondés, ce qui déjà n’est pas anodin à mes yeux. Puis à la fin, une question porte sur les acteurs des quartiers populaires, et une autre spécifiquement sur Karim Zéribi.”

Selon ce dernier, qui rappelle avoir déjà quitté la présidence d’APC au moment de la commande du sondage, “l’objectif était avant tout de mesurer la célébrité du Parlement des banlieues”. À propos d’une autre facture citée par les magistrats concernant un journal associatif payé 5000 euros, la présidente interroge le président d’APC de l’époque, Driss Aït Youssef. “Ce dépliant n’a justement pas été diffusé à Marseille car j’avais peur qu’il entretienne une confusion entre les milieux politiques et associatifs“, se défend-il. Le dépliant en question contient notamment une photo de Karim Zéribi avec Ségolène Royal, et une autre où l’homme en campagne est entouré de jeunes des quartiers Nord.

“J’ai connu des difficultés lors de ma présidence liées à la notoriété de Karim Zéribi”, reconnaît Driss Aït Youssef, qui rappelle avoir démissionné de son poste en 2008. Il s’en explique : “le Parlement des banlieues était lié à son image, ainsi même s’il ne gérait plus l’association, j’étais obligé de l’associer et tout me ramenait à lui. C’était une sorte de président honorifique : personne ne connaissait APC, tout le monde connaissait Karim Zéribi.”

Un assesseur remarque alors : “c’est surprenant car selon Karim Zéribi, il n’y a aucune confusion possible puisque les choses ont été scindées dès son départ. Mais votre discours à vous donne le sentiment que durant votre année de présidence, vous avez passé votre temps à essayer de faire respecter les limites.” Pas de quoi faire varier le principal intéressé, qui a maintenu au terme de sa première journée de procès n’avoir pris part à aucune décision associative lors de ses campagnes électorales. La seconde journée sera consacrée à l’audition des autres prévenus poursuivis pour abus de confiance avant d’aborder les largesses dont aurait bénéficier la famille Zéribi au détriment de la société hébergée au domicile familial.

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Commentaires

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  1. patrick patrick

    quelle est la part de ce type de politique dans les 65% d’abstention ?

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  2. PromeneurIndigné PromeneurIndigné

    Pourquoi l’accabler ? Il a probablement eu juridiquement tort. Mais à l’évidence, comment pouvait-il faire campagne sans disposer du financement du département ? Au demeurant l’ancien président subventionnait l’embellissement de certaine commune, de façon « parfaitement légale ». Quant à la nouvelle elle ne s’est pas privée d’imiter son prédécesseur Ceci pour recueillir les suffrages des maires « amis » lors des sénatoriales ou des élections à la présidence de la Métropole Les décideurs du département , qui ont subventionné Monsieur ZERIBI avec l’espoir qu’il gagnerait pour leur compte, dans les quartiers populaires sont évidemment uniquement responsables mais en aucun cas coupables.

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    • Brallaisse Brallaisse

      Un hammam et une piscine sont ils utiles pour une campagne électorale ?

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