À Saint-Menet, le terrain de motocross sort discrètement de la piste

Info Marsactu
le 12 Sep 2019
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Construit sur une zone inondable, le terrain de motocross de Saint-Menet, récemment homologué, reste dans les radars des services de l'État. Un arrêté de mise en demeure a été pris à l'encontre de la société qui a aménagé le terrain. Celle-ci n'aurait pas prévu de mesures de compensation suffisantes face au risque de crue de l'Huveaune.

Le terrain, qui a servi de décharge illégale pendant des années, transformé en terrain de motocross. (Image VA)

Le terrain, qui a servi de décharge illégale pendant des années, transformé en terrain de motocross. (Image VA)

Le terrain de motocross de Saint-Menet continue de rater des rapports. Après les protestations des habitants de la Penne-sur-Huveaune, inquiets du bruit que l’activité risque d’engendrer, c’est désormais la préfecture qui émet des réserves sur cette activité. Si les obstacles que posait la proximité immédiate avec l’usine Arkema classée Seveso ont été franchis, celle de l’Huveaune pose questions aux services de l’État. Le préfet a adressé une mise en demeure à l’entreprise gestionnaire du site le 19 août dernier, quelques jours après l’avoir homologué.

« L’aménagement du circuit de motocross est prévu en partie dans une zone inondable de l’Huveaune. Cette activité a été jugée compatible avec l’inondabilité de la zone, en revanche, l’aménagement ne doit pas modifier, ou aggraver l’inondabilité à son amont et son aval », explique à Marsactu la préfecture. Les services de l’État poursuivent : « Les obstacles nouveaux à l’écoulement de l’eau (talus, bosses) doivent être compensés de manière à assurer la neutralité de l’aménagement sur l’écoulement de l’Huveaune en cas de crue. Ces compensations ne semblent pas avoir été réalisées et le porteur de projet est mis en demeure de les mettre en place. »

Le terrain de motocross jouxte le lit de l’Huveaune sur son bord ouest. Capture d’écran Google Map.

Mise en demeure

En clair, rajouter de la terre pour faire des bosses a été autorisé à cet endroit, à condition d’en enlever à côté en respectant certaines conditions pour éviter des inondations en cas de crue de l’Huveaune. Ce qui n’a vraisemblablement pas été fait comme prescrit. L’arrêté du préfet enjoint l’entreprise « soit de réaliser les mesures compensatoires prévues […] soit de déposer un dossier […] dans un délai de deux mois, permettant d’actualiser les mesures compensatoires ».

Contactée, la société ECT assure dans un premier temps avoir réalisé les « mesures compensatoires » demandées. Elle évoque, via son service communication, « une étude hydrogéologique démontrant que les mesures compensatoires mises en œuvre, certes différentes de celles initialement prévues, sont néanmoins aussi efficaces. » Elle poursuit : « L’autorisation prévoyait un fossé d’évacuation des eaux, large mais peu profond. Or, la réalisation d’un tel fossé n’a pas eu lieu à cause de la présence de poteaux électriques. Finalement, il a été réalisé un fossé moins large mais plus profond de façon à obtenir un écoulement équivalent des eaux. »

Du côté du syndicat mixte de l’Huveaune, on regrette que cette affaire se gère en toute discrétion. « Je connais bien le dossier, mais nous n’avons pas été acceptés dans les discussions avec les services de l’État », déclare Estelle Fleury, la directrice de cette structure créée par les communes traversées par le fleuve. « Il n’y a pas eu de consultation, pas d’enquête publique. Les services de l’État ont travaillé directement avec la mairie de secteur et ECT ». Contacté à plusieurs reprises, la mairie des 11e et 12e arrondissements, soutien ardent du projet, n’a pu être jointe par Marsactu.

Micmac de sociétés

Les mesures compensatoires ont-elle été réalisées avant ou après la mise en demeure ? L’étude hydrogéologique évoquée plus haut est-elle celle rendue par la cabinet Egis il y a « un bon moment » ou une nouvelle étude est-elle en cours, menée par un autre cabinet ? Devant les questions plus précises de Marsactu, on finit par se raviser chez ECT. Et par renvoyer la balle à une autre entreprise.

« Il faut voir ça avec Team TP », nous répond-on finalement. Dans l’arrêté de mise en demeure, une ligne mentionne effectivement ce soudain transfert de chantier. Transfert qui n’a visiblement pas été fait dans les règles de l’art non plus. « La société ECT affirme que sa filiale, ECT Provence, a « transféré les bénéfices et les charges des chantiers à la société TEAM TP »« , écrivent les services de l’État dans le document. Cette dernière n’a pas fait parvenir à la préfecture la déclaration de changement de bénéficiaire, dès lors, l’entreprise ECT reste la bénéficiaire de la déclaration. » « Un loupé en cours de régularisation », reconnaît quant à elle la chargée de communication du groupe francilien.

Mais, contacté, le responsable de la société Team TP ne semble lui… pas au courant. « J’ai crée Team TP avec ECT quand [la filiale régionale] ECT Provence a fermé mais je n’ai jamais récupéré ce chantier », développe Christian Bellanger, qui travaillait pour ECT Provence à l’époque. L’entreprise, n’avait d’ailleurs pas forcément une très bonne réputation. En 2016, Marsactu relatait comment ECT a aménagé dans les collines de la Nerthe un stand de tir sans autorisation.

Mise en service problématique ?

Quoi qu’il en soit, selon Christophe Bellanger, le fossé a été réalisé avant mai 2018, date à laquelle il a quitté ECT Provence. Visiblement, il n’a pas convaincu les inspecteurs dépêchés sur place en juin dernier, dont la visite a donné lieu à l’arrêté de mise en demeure. La société ECT – ou alors Team TP – doit-elle recreuser ou une nouvelle étude peut-elle suffire à convaincre la préfecture ? Pour le moment, celle-ci dit poursuivre le dialogue et rester conciliante.

« À ce stade c’est réparable et tant que ce n’est pas mis en service, les services de l’État restent dans une discussion amiable, conclut la préfecture. Si des corrections sont apportés dans des délais assez courts nous ne donnerons pas de suite. Il en serait autrement si le terrain est mis en service ou si l’affaire traîne trop. » Les services de l’État semblent peu au fait de l’actualité de ce projet qui n’en est plus un. Le 8 août dernier, le maire de secteur se réjouissait sur sa page Facebook de l’ouverture du terrain de motocross.

« Quelle satisfaction de voir les premiers enfants pratiquer le motocross sur le circuit Paul Vidal à Saint-Menet », écrivait-il. Et Julien Ravier de citer un article du journal La Provence vantant les mérites de cette nouvelle activité intitulé « Le motocross prend son envol ». À Saint-Menet, il prend aussi des libertés.

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