Série
L'Emprise

À Port-de-Bouc, un trafic de stupéfiants passé de l’artisanal à l’industriel

Enquête
le 12 Mai 2025
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Cité portuaire au passé ouvrier, Port-de-Bouc, 16 600 habitants, compte plusieurs points de deal actifs. Liens avec Marseille, adaptation des réseaux, tensions avec les résidents... Ce nouvel épisode de notre série L'Emprise se penche sur les mutations du trafic dans une ville de petite envergure.

(Illustration : Émilie Seto)
(Illustration : Émilie Seto)

(Illustration : Émilie Seto)

Deux mains qui se serrent. Les deux hommes sont debout devant le muret qui prolonge l'entrée de la tour D du quartier des Comtes, à Port-de-Bouc. Il ne leur faut que le temps de ce bref salut pour sceller la transaction. Le premier, jeune garçon à doudoune sombre et jogging bleu ciel, tend sa main droite. Le second, quadra dans une parka noire doublée de rouge, repart avec un minuscule sachet blanc, visible un instant dans le creux de sa main gauche. Le moment est si fugace, si fluide, qu'on pourrait n'y voir qu'une salutation entre amis.

Il est 17 h 30 en cette fin d'après-midi d'avril. L'air ambiant a la douceur des vacances de Pâques et des gamins baladent entre les bâtiments de cette cité proprette. Les allées et venues au pied de "la tour", comme disent les habitants, ont commencé à la mi-journée et se prolongeront jusqu'au soir tard. "Ici, c’est Fort Alamo et ça fait vingt-cinq ans qu’on alerte sur la lente paupérisation du territoire", lâche Laurent Guillerault, depuis le trottoir opposé. Ce pharmacien de formation a tenu l'officine des Comtes toute proche, pendant vingt-deux ans, avant d'ouvrir, il y a cinq ans, un centre médical qui fait face à la tour D. Le point de deal local, de nouveau actif, Laurent Guillerault l'a vu varier au gré des évolutions de la société et des politiques publiques, ces dernières vingt-cinq années. Car, à Port-de-Bouc, petite ville de 16 600 habitants de l'ouest des Bouches-du-Rhône, à 40 kilomètres de Marseille, le trafic mute. Passant d'un modèle artisanal à une échelle industrielle.

Trafic de cambrousse

"Avant, ici, c'était un peu du trafic de cambrousse", se remémore Laurent*. La quarantaine, ce Port-de-Boucain, qui a grandi ici, se souvient qu'adolescent, il allait "toucher aux Comtes" avec des copains. "Ce n’était pas institutionnalisé, pas professionnalisé. Les mecs étaient réunis dans un même local et prenaient un client chacun à son tour. Ils étaient à leur compte. On achetait du shit qui avait la réputation d'être le meilleur du département. On a toujours dit que c’était en raison de la présence du port de Fos et des dockers qui circulent."

Les jeunes qui dealent sont ici sur un terrain propice.

Nassim, enseignant

Coupée en deux par la nationale à quatre voies qui file vers la Camargue, la commune de Port-de-Bouc est nichée entre le port industriel de Fos-sur-Mer, ses grues géantes, ses empilements de containers, et le complexe pétrochimique de Lavéra, à Martigues. La ville — un des rares bastions communistes locaux à ne pas être tombé — a éclos dans ce voisinage industriel et ouvrier, et connu des jours meilleurs. Aujourd'hui, le taux de pauvreté y est de 22 % et grimpe à 37 % dans les quartiers populaires, quand la moyenne nationale est de 14,5 %, et de 25 % à Marseille. La ville affiche l’un des revenus fiscaux moyens les plus faibles du département, autour de 20 000 euros. "Les jeunes qui dealent sont ici sur un terrain propice", soupire Nassim*, enseignant qui a longtemps vécu aux Amarantes, où un autre point de vente de stupéfiants est solidement ancré.

"Ici, c'est trop facile"

"Le deal, avant, c'était moins étendu et ça restait caché. Bien sûr, on savait qui dealait et nous, les acteurs sociaux, on travaillait avec ces familles", note une responsable associative qui travaille aux Comtes depuis de nombreuses années. Aux Comtes, mais aussi aux Amarantes . . .

Coralie Bonnefoy

Commentaires

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6 commentaires


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  1. AB

    Assez déçue par cet article. Le sujet est important et mérite plus qu’un simple survol. Pas de mise en contexte sur l’évolution de la situation ni sur les conséquences sociales pour la ville. On a juste une compilation de faits sans profondeur. À quand un vrai travail journalistique sur ce qui se passe à Port-de-Bouc ? Ce n’est pas qu’un fait divers c’est un symptôme de quelque chose de bien plus large et les port de boucains et port de boucaines méritent mieux!

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    • Coralie Bonnefoy

      Bonjour,
      D’abord merci de nous lire et de prendre le temps de réagir à nos enquêtes. Celle-ci a demandé du temps, plusieurs jours de reportage sur place, des entretiens avec une douzaine d’interlocuteurs et des rencontres avec plusieurs habitants et riverains. Notre volonté, avec cette série L’Emprise, est de dépasser le fait divers pour documenter le fait social, voire sociétal. L’intérêt de ce sujet sur la « modélisation » et l’implantation du modèle marseillais, la mutation d’une forme de trafic « artisanal » à une échelle plus professionnelle et industrielle, n’a semble-t-il pas su vous convaincre. Toutefois, il ne s’agit pas, loin de là, d’un survol ou d’une compilation. Et si vous avez des informations qui vous paraissent pertinentes sur le sujet, n’hésitez pas à me contacter. Cordialement. Coralie Bonnefoy coralie.bonnefoy@marsactu.fr

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  2. SLM

    Merci pour cet article. Il illustre bien la réindustrialisation du pays!

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  3. AB

    Merci pour votre réponse Coralie même si un peu surprise par le ton qui plutôt que de recevoir un ressenti semble vouloir immédiatement le contredire. Surprise également par l’absence de possibilité de vous répondre directement ici.

    Si j’ai pris le temps d’écrire, c’est justement parce que je suis originaire de Port-de-Bouc et, bien quejensois à Marseille aujourd’hui, je reste profondément liée à cette ville, à son histoire et à ses réalités sociales.

    J’ai bien compris l’ambition de la série. N’empêche que malgré l’enquête de terrain le résultat donne le sentiment d’un angle déjà cadré sans mettre en lumière les causes structurelles, les réalités vécues, ni les enjeux plus profonds liés à l’abandon progressif de ces territoires.

    Avez-vous pris le temps d’observer les conditions de vie des port de boucains notamment des jeunes embarqués dans le trafic ? Vous évoquez la voie rapide qui coupe la ville en deux mais avez-vous réellement saisi et retranscrit le clivage social et géographique entre le nord et le sud de la ville – entre des populations précaires racisées et stigmatisées au sud, et des populations plus blanches plus privilégiées, souvent fonctionnaires et élue, au nord ? Ces fractures sont aujourd’hui de plus en plus visibles et marquées.

    Port-de-Bouc n’a pas attendu les années 2020 pour être concernée par les logiques de réseau. Elle a été un nœud bien plus tôt à l’époque des machines à sous et déjà dans le sillage marseillais – des éléments absents de l’article alors qu’ils permettent pourtant de comprendre comment ce territoire a été lentement marginalisé.

    Je m’interroge également sur le choix de vous rendre aux Comtes et Amarantes pour le reportage tout en évitant les Aigues-Douces. Vu l’ampleur du trafic dans ce secteur son absence interroge.

    Par ailleurs, il aurait été pertinent de parler de 13 Habitat, et de la manière dont ce bailleur particulièrement à port de bouc, facilite l’implantation de trafics et de zones de non-droit en refusant d’investir dans des conditions de vie décentes pour les habitants. Rendez-vous dans les quartiers de Jean Jaurès, du Tassy, de la Leque et des Aigues Douces pour rendre compte de la vie la bas.

    Enfin, difficile de parler de professionnalisation du trafic sans interroger les dynamiques qui alimentent cette économie parallèle : le chômage de masse, un marché du travail discriminant, des institutions éducatives souvent défaillantes, des politiques publiques sous-financées (PEDT, PRE, centres sociaux), une islamophobie plus ou moins latente, et surtout, l’absence d’un récit valorisant pour la jeunesse locale.

    Je sais bien que tout ne peut pas tenir dans un seul article. Mais ce sont justement ces angles morts répétés – dans la presse comme dans les politiques publiques – qui nourrissent un sentiment d’invisibilisation, sauf quand il s’agit de parler de criminalité.

    Enfin vous citez le maire sans jamais interroger son efficacité, ses choix, ni même les retours des habitant·es. Ce manque de recul empêche aussi de rendre compte des tensions sociales et politiques locales dans une ville où l’extrême droite progresse à grands pas depuis deux élections municipales déjà.

    On ne peut pas parler sérieusement d’un phénomène aussi complexe sans restituer pleinement les conditions sociales, historiques et politiques dans lesquelles il s’inscrit.

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    • Coralie Bonnefoy

      Bonjour,
      Merci de nouveau pour votre retour. Je me suis évidemment rendue aux Aigues-Douces et à Chicago où les points de deal sont actuellement en sommeil. Quant au Tassy, le deal que j’ai constaté est plus diffus et de nettement moins grande envergure qu’aux Comtes et surtout aux Amarantes. D’où mes choix.
      Enfin, si je vous propose de me contacter par mail, c’est pour avoir un dialogue plus fluide que dans cet espace ouvert aux commentaires. En vous souhaitant une bonne journée !

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