À Peynier, l’archéologie fait ressurgir le passé agricole avant l’arrivée du béton

Reportage
le 1 Juil 2020
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Des fouilles archéologiques préventives sont venus retarder le début de l'aménagement de la zone de La Treille à Peynier. Les découvertes témoignent d'une occupation protohistorique et d'activités agricoles jusqu'à la fin de l'Antiquité. Porté par le maire LR Christian Burle, le projet d'urbanisation reste très contesté par les associations qui s'inquiètent de l'artificialisation de terres agricoles.

L'archéologue de l'INRAP Elsa Sagetat présente les résultats de ses fouilles de La Treille au maire LR Christian Burle.

L'archéologue de l'INRAP Elsa Sagetat présente les résultats de ses fouilles de La Treille au maire LR Christian Burle.

À l’horizon, la Sainte-Victoire surveille le travail minutieux des archéologues en plein cagnard. Ici, à quatre kilomètres du village de Peynier, tout près de la départementale 6 qui file de Gardanne à Trets, de nombreuses fosses ayant accueilli des dolia ont été découvertes dans ce qui devait être une villa romaine. Ces grandes jarres qui pouvaient contenir de l’huile ou du vin témoignent de la présence d’une agriculture antique.

Un passé qui devrait bientôt être recouvert pour laisser place à un lotissement, partie prenante d’une urbanisation sur 15 hectares, comprenant notamment une cuisine centrale, un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes et une crèche. Le tout en continuité de la dynamique zone d’activités de Rousset. Depuis qu’il a été dévoilé, ce projet situé au lieu dit La Treille, est dénoncé par des associations et un collectif de Peynierens, comme consommateur de terres agricoles.

Lire notre article sur la contestation du projet d’urbanisation à La Treille à Peynier.

Deux permis de construire sont déjà prêts. L’un concerne un foyer qui accueillera des personnes handicapées, l’autre quatre immeubles de logements à un ou deux étages. Pour voir son projet prendre forme, le maire LR n’a plus qu’à attendre la fin des fouilles, prévues le 10 juillet. Chemise légèrement déboutonnée, Christian Burle – réélu le 15 mars sans liste concurrente en face de sa candidature – arrive détendu sur le chantier de fouilles mené par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP). Ce mercredi 23 juin, celui qui entame un quatrième mandat à la tête de la commune s’enthousiasme même à chaque découverte présentée par Elsa Sagetat, responsable scientifique du site.

“Il faut absolument communiquer sur ces fouilles”, s’exclame le vigneron à la retraite en s’approchant de l’emplacement des dolia antiques. Il s’improvise même archéologue : “vue la couleur de la pierre, ça devait être du vin qui était stocké, non ? Ce serait très intéressant pour les vignerons de la Sainte-Victoire de connaître cette histoire.”

Des traces de sédentarisation remontant à la protohistoire
Les fouilles prescrites par la direction régionale des affaire culturelle (DRAC) et menées par l’INRAP sur 24 000 m2 auront permis de révéler la présence d’hommes au bord du ruisseau du Verdalaï dès la protohistoire. Des silos en forme d’ampoule inversée, creusés à même le sol et permettant de conserver les récoltes ont été découverts. Ils sont la preuve d’un habitat sédentaire dès le IIe ou le Ier siècle avant notre ère. Plus haut, c’est probablement les vestiges d’un village que les archéologues ont mis à jour. Un long bâtiment devait servir de chai pour tout un domaine rural, abritant des dolia en terre cuite. Enfin, un peu à l’écart, en haut d’une colline, une quinzaine de sépultures ont été exhumées. Difficiles à dater, les ossements remonteraient à la fin de l’Antiquité ou au début du Moyen Âge. Des découvertes jugées “importantes” par les archéologues présents sur place, qui font l’objet de prélèvements avant des analyses.

Ces traces de l’agriculture locale seront peut-être exposées dans le château de la commune de près de 3500 habitants, mais pas in situ où se poursuit l’urbanisation. “Nous avons choisi de nous implanter ici, car c’est un pôle économique plus fort que le cœur du village qui est moins attractif, car moins desservi par les transports”, argumente Christian Burle, qui termine son mandat de vice-président de la métropole à l’agriculture.

Lire notre portrait de Christian Burle, maire bétonneur en charge de l’agriculture à la métropole.

Un projet d’urbanisation loin du bourg

À la clef, le maire promet 200 emplois. Mais pour les opposants, la discontinuité de cette urbanisation avec le centre du village ne passe pas. “Pour le maire, cette zone, c’est le nouveau noyau villageois. Mais le projet n’aurait jamais dû naître ici. Il y a des possibilités près du bourg et dans la zone d’activité à Rousset et Fuveau. Des emplacements sont vides et des entrepôts restent inoccupés”, nous détaille Max Pennacchiotti, porte parole d’Actions terres citoyennes (ATC). L’association dénonce avant tout le mitage de la commune. “Ce seront des terres artificialisées qu’on ne pourra jamais récupérer, entraînant des conséquences sur la faune, la flore et en terme de ruissellement.” Des arguments qui avaient d’ailleurs été retenus par le préfet, lors de l’enquête publique de 2016, relatif au Plan local d’urbanisme (PLU). À l’époque, Stéphane Bouillon donnait même un avis défavorable, jugeant qu’“aucune urbanisation ne devrait être envisagée sur ce secteur”.

C’est une bataille de clocher, chaque maire veut construire sa zone commerciale alors qu’ils pourraient se concerter pour économiser des terres agricoles.

Jean-Luc Gach, membre d’Action terre citoyenne

Sur le site des fouilles, le maire de Peynier ne manque pas de rappeler que ses opposants ont été déboutés de toutes leurs contestations du PLU devant la justice administrative. Seul un point a été concerné par des modifications : sur 30 hectares initialement prévus à l’urbanisation sur La Treille, 15 ont été abandonnés. “Mais ce n’est que partie remise, la mairie garde en tête l’urbanisation de ces terres”, estime Max Pennacchiotti. “C’est une bataille de clocher, chaque maire veut construire sa zone commerciale alors qu’ils pourraient se concerter pour économiser des terres agricoles”, commente Jean-Luc Gach qui est membre d’ATC.

Pour la mairie il n’est donc pas question de revenir à un destin agricole, malgré des terres raccordées au canal de Provence où des céréales étaient cultivées avant le rachat des terrains par la commune. Sur place, dans les pas des archéologues, Christian Burle se fraie un chemin dans la végétation dense qui s’est développée sur une petite pente. “Ici, on traverse ce qui sera le poumon vert de la zone de La Treille”, clame le maire. Le terrain s’aplanit et le petit cortège arrive sur la partie antique du site. “Il n’y aurait pas d’intérêt à cultiver des vignes ici”, affirme le vigneron à la retraite quand est évoquée la présence de sept hectares classés AOC Côtes de Provence. Il montre du doigt les lotissements existants : “les viticulteurs ne pourraient pas pulvériser des pesticides sans que les voisins ne réagissent. Et ce, même s’ils sont compatibles avec l’agriculture bio.”

Compensation avec 30 hectares sur les collines

“Le problème, c’est que Christian Burle fait une fixation sur le vin”, estime Hubert Greffe, ancien conseiller municipale d’opposition joint par Marsactu. “À la place de la zone urbaine, nous avions présenté un projet visant à favoriser l’installation de cultivateurs en bio et en circuits courts”, expose Jean-Luc Gach. L’idée avait germé avec la Confédération paysanne et la fédération France nature environnement du département (FNE 13), qui est à l’origine d’un répertoire des terres agricoles menacées. “En terme de circuits courts, nous avons beaucoup plus besoin de maraîchers que de viticulteurs. Mais évidemment c’est beaucoup moins rentable de vendre des tomates à une cantine scolaire que de faire du vin en AOC”, analyse, perplexe, Alain Goléa, qui s’occupe des thématiques agricoles au sein de FNE 13.

L’ambition est de remettre les vignes dans les collines, ce qui va constituer un gain qualitatif pour le vin.

Christian Burle, maire de Peynier

“Partout ailleurs il y a des terres en friche pour faire des vignes”, rétorque Christian Burle à ces arguments. Dans son PLU, la commune va plus loin et avance la “compensation” comme argument final et néanmoins légalement incontournable. 30 hectares sur les contreforts du massif du Regagnas devraient être cultivés, “par des vignerons locaux. L’ambition est de remettre les vignes dans les collines, ce qui va constituer un gain qualitatif pour le vin”, avance l’édile.

La proposition ne satisfait pas les opposants. “Comme toujours à Peynier, on ne sait pas grand chose sur ce projet. Ce qui est certain, c’est que ces terres c’est de la caillasse”, affirme Hubert Greffe. Auparavant classées en zone naturelle (N), ces parcelles font désormais partie des zones agricoles de la commune (A). Pour les opposant, il s’agit d’un simple ajustement sur document, qui permet de brandir “zéro artificialisation nette”, sur laquelle s’est engagée les services de l’État et la métropole. “C’est un marché de dupe. La plupart du temps, ces terres ne sont finalement pas cultivées”, affirme Alain Goléa. Pour l’instant, la commune n’est propriétaire que d’une partie des 30 hectares, mais son maire assure qu’elle va se porter acquéreur prochainement.

À la zone de La Treille, le travail minutieux des archéologues devrait, dans les mois à venir, laisser la place aux pelleteuses des deux premiers promoteurs. Côté justice, deux procédures en appel sont encore à venir. L’une concerne la dernière version du PLU, l’autre le permis d’aménager. “Si ce dernier est invalidé, les permis de construire déjà signés le seront aussi”, explique Max Pennacchiotti. Son espoir reste mesuré, probablement par habitude des recours sans résultats. “La mairie veut nous avoir à l’usure”, conclut Jean-Luc Gach, l’air résigné. Et comme sur les vestiges, le temps pourrait faire son œuvre, enterrant la vocation agricole du lieu.

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