À partir de 2022, pour aller à Sugiton, il faudra réserver

Actualité
le 14 Juil 2021
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Le parc national des Calanques monte d'un cran dans sa lutte contre la surfréquentation des espaces naturels. Après les messages anti-promotionnels, les élus ont adopté le principe d'une jauge dans la calanque de Sugiton, considérée comme la plus fragilisée.

Très prisée des visiteurs, la calanque de Sugiton est particulièrement fragile. (Photo : Loeiza Alle)

Très prisée des visiteurs, la calanque de Sugiton est particulièrement fragile. (Photo : Loeiza Alle)

Et un de plus. Après les trains, les musées et les restaurants, il faudra montrer un QR code pour aller se balader dans la calanque de Sugiton. La mesure, appliquée l’an prochain vient d’être actée ce mardi 13 juillet par le conseil d’administration du parc national des Calanques. Chaque année, ce sont près de trois millions de visiteurs qui passent dans son périmètre. Pour concilier tourisme et protection des espaces naturels, les élus ont décidé d’instaurer une jauge maximale de visites pour cette calanque en particulier.

La terre est quasiment absente et les pins déracinés”, justifie Didier Réault (LR), président de l’établissement public. Une situation qui entraîne de nombreux débris à la mer quand il pleut, déréglant l’écosystème marin. Les sentiers sont aussi très glissants tant les rochers sont lissés par les passages excessifs. Très prisée des visiteurs, elle attire notamment les plus téméraires qui ont trouvé là-bas leur spot de sauts. Pour François Bland, le directeur du parc national, c’est aussi son paysage qui attire les visiteurs. Au départ de Luminy, il faut traverser une partie de la forêt avant de rejoindre cette calanque, après un belvédère. “C’est un petit bijou. On surplombe la calanque pendant toute la randonnée et quand on arrive, c’est un site qui est très beau, assez intime“.

L’expérimentation débutera dès le mois de février 2022 pour toute la durée de la saison. Pendant les pics de fréquentation identifiés par le parc, comme les week-ends, les visiteurs devront se munir d’un permis de visite nominatif, sous forme de QR code, en réservant sur un site internet ou sur l’application “Mes Calanques”. La réservation pourra se faire pour la journée ou sur des plages horaires. Pour juguler les visites, des agents placés à Luminy mais aussi au col de Sugiton auront la mission d’informer sur la nécessité d’avoir ce pass, et deux agents de sécurité effectueront les contrôles.

Une jauge évaluée entre 200 et 500 visiteurs

Il est encore trop tôt pour connaître la jauge, mais il serait question de réduire le niveau entre 200 et 500 visiteurs par jour. Aujourd’hui, la calanque attire près de 1200 personnes certains jours, au plus fort de la saison. “Ce n’est pas un dispositif qui sera effectif tous les jours. Il s’adaptera en fonction de la fréquentation et des usages, il pourra y avoir des jours où on lève cette réglementation“, précise toutefois Didier Réault. Si ce dispositif de régulation portait ses fruits, il serait difficilement transposable aux calanques habitées comme Sormiou. Les résidents et visiteurs bénéficieraient alors d’un droit d’accès inégal à cet espace naturel.

C’est un dispositif qui nécessite d’être bien préparé et anticipé pour qu’il soit parfaitement compris du public. Cet été, les conditions étaient encore trop prématurées.

François Bland, directeur du parc

Si le conseil d’administration a posé l’échéance à 2022, c’est pour préparer le projet au mieux. Des études de surface seront réalisées par les services techniques afin d’établir la jauge, et les usages et comportements des visiteurs seront analysés. “C’est un dispositif qui nécessite d’être bien préparé et anticipé pour qu’il soit parfaitement compris du public. Cet été, les conditions étaient encore trop prématurées” indique François Bland. Concernant la gratuité, les membres de la réunion ont été unanimes. L’enjeu est que les calanques restent ouvertes à tous. “L’entrée au parc est déjà payée par nos impôts ” souligne Hervé Menchon, adjoint au maire en charge de la préservation et aménagement des espaces marins littoraux.

Un prolongement du “démarketing”

Cette mesure s’inscrit dans un axe de lutte contre la surfréquentation, priorité du parc national depuis l’an dernier. Cette orientation s’appuie notamment sur les données fournies par des capteurs installés sur son territoire. Un précédent conseil d’administration, en décembre, avait opté pour le “démarketing” : au lieu d’appâter les randonneurs, il s’agit plutôt de multiplier les avertissements.

Depuis, on peut lire sur le site internet du parc que “le chemin pour se rendre dans ces endroits est également difficile et les conditions météo peuvent être éprouvantes“. En fonction des envies, il est même conseillé explicitement de se rendre ailleurs : “Si la baignade constitue l’activité principale de votre séjour, nous vous conseillons de vous rabattre sur les plages urbaines de Marseille, Cassis et La Ciotat. Celles-ci sont plus facilement accessibles.” En plus des saisonniers habituellement recrutés, cet été douze agents de l’office du tourisme seront présents sur le parc pour inciter les visiteurs à se rendre dans d’autres lieux de la ville. Avec la jauge, le parc se dote d’un outil plus coercitif si ces incitations montrent leurs limites.

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Commentaires

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  1. Andre Andre

    “La terre est quasiment absente et les pins déracinés”.
    Très beau bilan du Parc des Calanques!
    Ce parc a généré une surfrequentation. On peut comprendre les visiteurs qui ont découvert l’existence de ce site merveilleux depuis que le parc en a fait, volontairement ou pas, la publicité . Ne pouvait on le prévoir ?
    Une preuve de plus qu’un tourisme mal maîtrisé détruit les conditions mêmes qui l’ont suscité.
    Mais on attendait mieux du Parc des Calanques qui est aujourd’hui obligé d’interdirer sa fréquentation aux Marseillais.
    Bravo M. Reault, vestige des mandatures Gaudin.

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    • LOU GABIAN LOU GABIAN

      ca sur frequenter avant aussi

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    • Andre Andre

      Il y avait déjà beaucoup de monde, les week-end surtout mais avec le Parc et la pub qu’ils ont faite, j’ai l’impression que c’est tout le temps

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  2. Brallaisse Brallaisse

    Reste maintenant à voir les dérives habituelles de la gestion à la marseillaise avec la liste des dispensés,ayant droits, exonérés, favorisés,non concernés qui échapperont aux obligations générales.Tatie Daniele Milon qui vient de récupérer le tourisme au département ,va t’elle critiquer son prédécesseur pour sa politique débile de communication, elle qui a la science infuse ?.
    Léger problème , c’était elle .

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    • LOU GABIAN LOU GABIAN

      svp respectez les traditions locales

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  3. Oreo Oreo

    La liberté, seul à 2, à 6, à 12 à 40, c’est sacré non ? En tongs dans des chemins de montagnes, avec des bâtons de randonnée sur les sols fragiles, par des raccourcis dans les éboulis ou dans la garrigue, pour le fun, mon chien en liberté aussi, mes bières, mon rosé, parler fort, brailler. La nature, les autres, super, mais tu vois, m’en fouti, ma liberté ça le vaut bien… C’est pour cet étalage de comportements insupportablement “libres” que je ne vais plus dans les calanques.

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  4. Andre Andre

    Si t’es tout seul, pas de problème, tu peux cultiver ta liberté tranquille, brailler, courir, t’empéguer… comme tu veux! On est d’ailleurs plus libre quand on est seul. …Mais si tu viens avec un régiment, les problèmes commencent….Acò es pas verai?

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  5. Assedix Assedix

    “Avec la jauge, le parc se dote d’un outil plus coercitif si ces incitations montrent leurs limites”, conclut l’article.

    Plus coercitif, mais aussi plus juste, quand même.
    J’avoue que je trouvais assez dégueulasse (et malheureusement très marseillaise) l’idée que des agents, probablement en uniforme, soient chargés de “réorienter” des visiteurs venus en toute connaissance de cause.
    Dans la pratique, cela revenait à chasser sans motif des promeneurs dans leur bon droit pour ne laisser passer que les moins dociles, ou ceux qui connaissent la ficelle.
    Avec la jauge, au moins, les gens qui auront réservé leur place et leur (demi-)journée devraient avoir la garantie de ne pas se faire refouler comme des malpropres par des agents zélés.
    Après, pour ce qui concerne les réservations, il faudra comme le rappelle Brallaisse, surveiller les passe-droits, s’assurer que des organismes ou des associations ne préemptent pas les 3/4 des places ou que des petits malins ne se réservent pas une place tous les weekends juste au cas où. Et puis il y a aussi la question de la météo…

    A mon avis, il faudrait que les places ne soient réservables que dans la semaine pour le weekend suivant ou quelque chose comme ça.

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  6. TINO TINO

    drôle ( ou plutôt pas drôle ) d’époque. Les citoyens doivent montrer patte ( ou QR code ) blanche pour la moindre activité extérieure pour des motifs sanitaires ou de préservation de l’environnement. Alors que pour la préservation du système économique, surtout pas d’entraves, EDF peut pourrir l’Etang de Berre à son aise, Total faire ses mauvaises affaires ( en Birmanie entr’autres ) sans vergogne, les grandes surfaces ouvrir dimanches et jours fériés au détriment de leurs salariés, etc etc.

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  7. Jacques89 Jacques89

    1976 – Parking de Port Miou – arrivée 9 heures et déjà une trentaine de voitures– Direction Port Pin (à pied). En chemin sous un soleil déjà bien agressif on entend des cris de gamins qui s’amusent et des radios qui braillent dans toute la pinède. Arrivé au bout de de Port Miou le constat est décourageant. Plus une place sur les quelques dalles qui permettent de t’étendre sans trop te casser le cul. Consterné, retour à Marseille, une douche et on reste au frais. Dernière visite de ces coins magnifiques par la terre. Cela ne date donc pas d’hier et les délires de nos élus qui ont engagé nos impôts dans des programmes publicitaires destinés à leurs copains avides de toujours plus de pognon n’ont pas arrangé les choses. Reste à savoir si les jauges mises en place sur des espaces publics sont légales. J’en doute.

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  8. PierreLP PierreLP

    C’est une solution intelligente pour limiter la surfréquentation. Quand on va voir une pièce de théâtre, un opéra, un film ou un match de foot, quand il y n’y a plus de place on fait autre chose. Bien évidemment il faudra veiller aux conditions de mise en œuvre. Pour les calanques habitées comme Sormiou/Morgiou, pourquoi ne pas faire pareil, les habitants étant alors considérés comme des “abonnés”, toujours dans la logique salle de spectacle ?

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    • Brallaisse Brallaisse

      Faites attention, nous payons déjà beaucoup de choses qui ont déjà été payées par nos impôts : musées, autoroutes,papiers administratifs, stationnement, l’eau l’une des plus chères, bientôt l’air, successions et surtout non pas les guignols de l’info mais du département.En revanche les cabannoniers avec cette démarche vont réussir à privatiser le domaine public.
      Nous sommes bien là dans l’objectif de tatie Danièle Milon.Le remède risque d’être pire.

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    • BRASILIA8 BRASILIA8

      la différence entre un théâtre ou autre lieu et les Calanques c’est qu’il s’agit d’un espace public ouvert à tous et non pas un lieu de spectacle clos et privé on pourrait aussi limiter le nombre de piétons sur les trottoirs les jours d’affluence etc… UBU n’est pas mort

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    • Assedix Assedix

      @Brasilia8: en faisant une recherche rapide, j’ai l’impression que le principe d’une jauge maximale est en vigueur ou en tout cas sérieusement envisagé dans d’autres espaces naturels (des étangs ou des lacs, par exemple).

      En tout cas à Marseille, plusieurs arrêtés municipaux ont déjà été pris pour limiter la fréquentation instantanée de la plage des Catalans à 1000 personnes et ils ont passé le contrôle de légalité de la Préfecture.

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  9. BRASILIA8 BRASILIA8

    Que ce soit légal est déjà un problème mais est-ce légitime ? cette façon de “régler” des problèmes tend a se multiplier et je trouve cette situation préocupante

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  10. Andre Andre

    On se livre à Marseille au “tout tourisme ” avec le Parc des calanques (un parc national.al, je croyais encore il y a peu que ça sert à protéger la nature) et avec les bateaux de croisières, pour ensuite découvrir qu’il y a trop de monde à Sugiton et que les bateaux de croisière, ça pollue. Bravo à nos dirigeants en espérant que la nouvelle équipe municipale réagisse. Mais ni le Port ni le Parc des Calanques ne sont de sa compétence et ça va être compliqué.
    Tiens, une idée que je propose a Mme Vassal. La Métropole, ou le Département (peu importe, elle règne sur les deux) pourraient financer un petit train qui irait, ce coup ci, non pas à le Bonne Mère ou au Panier, mais rue d’Aubagne ou à Saint Mauront. Des émotions fortes sans avoir besoin de partir à Calcutta. En période de Covid, ça peut marcher et faire venir du touriste.

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