À Noailles, Mélenchon charge l’État et n’accable toujours pas Gaudin

Reportage
le 1 Fév 2019
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Depuis le soir du 5 novembre, Jean-Luc Mélenchon n'était pas allé à la rencontre des habitants de Noailles. Il s'y est rendu vendredi matin. L'occasion de glisser quelques critiques sur la gestion de la crise marseillaise, en égratignant très peu le maire, et beaucoup l'État.

Jean-Luc Mélenchon a échangé avec des commerçants de la rue d'Aubagne (Image LC)

Jean-Luc Mélenchon a échangé avec des commerçants de la rue d'Aubagne (Image LC)

Ses équipes ne voulaient pas que « trop de presse débarque » pour ce retour à Noailles après une première visite le 5 novembre sur les lieux des effondrements. Par crainte de se voir accusé de récupération, le député de Marseille-centre s’était fait extrêmement discret, voire absent, dans le secteur. « J’évite le folklore politique habituel », défend-il. Jean-Luc Mélenchon revient sur place ce vendredi pour une visite plus en longueur, et sous l’œil de quelques journalistes sélectionnés. Histoire de partager son analyse de la situation de crise que vit Marseille depuis trois mois, à la veille d’une manifestation importante pour le mouvement citoyen né au lendemain du drame.

« Je n’aurais pas cru que trois mois après on serait toujours dans un tel état de pagaille, souffle-t-il rue de la Palud, au pied des immeubles en péril voués à être démolis dans quelques jours. Dès le début ça se voyait qu’ils n’avaient pas pris la mesure de l’enchaînement que ça allait provoquer ». 

Mais qui vise cette critique a posteriori ? Le maire Jean-Claude Gaudin ? « Je ne veux pas être méchant inutilement. C’est le plus commode : évidemment en tant que maire il a des responsabilité considérables, mais en trois mois, l’État, il a fait quoi ? C’est pas une principauté Marseille ! ». Même depuis le cœur de sa circonscription, Jean-Luc Mélenchon campe résolument sa posture de premier opposant au gouvernement… et ménage le maire, comme il l’a toujours fait depuis son arrivée à Marseille.

« J’aurais pris des mesures de réquisition immédiatement »

Découvrant au fil des rencontres avec les habitants les détails de la situation des centaines de personnes délogées – 1315 personnes dorment toujours à l’hôtel – Jean-Luc Mélenchon poursuit son constat. « On ne sort pas des gens de chez eux avec trois sacs comme ça. J’aurais pris des mesures de réquisition immédiatement. On sait que ça prend du temps à faire, mais tout de même ».

En dehors de ses apartés plus politiques, le tribun préfère le registre de l’émotion, comme lorsqu’il écoute les récits de commerçants de la rue d’Aubagne. « Quand je suis reparti après le 5 novembre, il m’a fallu huit jours pour m’en remettre », glisse-t-il, la voix blanche. Dans les locaux de l’association Destination familles, pilier social du quartier, le député poursuit son immersion dans le quartier meurtri. « Vous aussi, ça vous tourne dans la tête [ces souvenirs] ?, s’enquiert-il auprès de trois employées. Quand il y a un tremblement de terre, c’est pareil, c’est tellement énorme que les gens ne comprennent pas ».

En rencontrant des usagers du lieu, il échange sur la question des réquisitions. Et tient de nouveau à ne pas faire de la crise marseillaise un fait isolé. « Le truc de dire « c’est Marseille », ce n’est pas vrai ! », rétorque-t-il à une membre du collectif du cinq novembre qui acquiesce. Et de rappeler quelques minutes plus tard « la réalité nationale du mal-logement, des taudis », qui s’aggravera, affirme-t-il, suite à la nouvelle loi ELAN. Selon le rapport annuel de la Fondation Abbé-Pierre paru ce vendredi, ce sont 4 millions de personnes qui sont sans logement ou vivent dans un habitat très précaire.

« L’auto-organisation » candidate aux municipales

Jean-Luc Mélenchon l’admet, en tant que député il n’a « pas de pouvoir » pour régler les situations individuelles. Une rencontre avec le préfet est tout de même prévue à son agenda. « Et pourquoi pas une entrevue avec le maire », ajoute-t-il, évasif. Au vu de la gravité de la situation, il n’y a selon lui « pas un millimètre d’espace pour la bataille politicienne ». Attaquer frontalement Jean-Claude Gaudin n’est donc pas une option à ses yeux. « Il a une responsabilité bien sûr, mais qu’a fait l’État ? Personne n’était là ? Personne n’a rien vu ? ».

Un discours qui tient de l’eau très tiède quand on le compare aux « Gaudin démission » ou « Gaudin assassin » entendus dans les manifestations de novembre et décembre, et qui devraient, sans nul doute, retentir ce samedi. Présent dans le cortège, Jean-Luc Mélenchon regardera-t-il ailleurs ? Il l’affirme pourtant avec enthousiasme : « Quand je vois tous ces collectifs, je jubile ! ».

Des collectifs d’habitants, où, le chef de la France insoumise ne l’ignore pas, s’activent plusieurs de ses affiliés. « Il n’y a aucun caractère artificiel à leur présence, ils font partie des concernés. Bien sûr qu’on me raconte, que je me fais raconter ce qu’il se passe ». Impossible de ne pas y voir de parfaits candidats pour figurer sur les listes pour les municipales prochaines. Mais l’élu assure que ce n’est pas si simple. « Il n’y aura pas de renouvellement de la classe politique autrement que partant de l’auto-organisation », affirme-t-il, constant depuis son arrivée à Marseille sur ce sujet. Rassemblés en « fédération » il y a quelques jours, les collectifs citoyens ont pourtant affirmé ne pas vouloir se lancer dans la course à la mairie.

Jean-Luc Mélenchon se contente aujourd’hui d’observer ces mouvements avec beaucoup d’empathie mais à distance. Tant pour ne pas être accusé de « récupération » que pour mieux se concentrer sur son principal adversaire, qui se trouve l’Élysée et non pas sur le Vieux-Port.

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