À Meyreuil, “on a mangé du charbon pendant des décennies, on ne veut pas d’une raffinerie”

Reportage
le 10 Nov 2022
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Le projet Hynovera de production de carburants à partir de bois sur le site de la centrale de Gardanne-Meyreuil suscite de vives contestations. Une nouvelle réunion publique mercredi soir a permis aux voisins du site de dénoncer pollutions et risques industriels.

Lors de la réunion publique de concertation sur le projet Hynovera à Meyreuil le 9 novembre 2022. (Photo : PID)
Lors de la réunion publique de concertation sur le projet Hynovera à Meyreuil le 9 novembre 2022. (Photo : PID)

Lors de la réunion publique de concertation sur le projet Hynovera à Meyreuil le 9 novembre 2022. (Photo : PID)

La salle des fêtes Jean-Monnet de Meyreuil est pleine à craquer, au bout de sa capacité de 300 places. À l’extérieur, une centaine de personnes est empêchée d’entrer. Certaines se mettent à taper sur les vitres pour perturber les discussions à l’intérieur. Tous ces habitants sont bien décidés à faire part de leur opposition au projet industriel Hynovera, visant à produire des carburants à partir de bois. La société Hy2gen envisage de l’implanter sur six hectares à la place de l’ancien stock de charbon de la centrale de Gardanne-Meyreuil.

À 18 h 20 ce mercredi 9 novembre, une nouvelle réunion publique concernant ce projet prévu à l’horizon 2027 débute depuis seulement quelques minutes. Ce dispositif glouton en matière première, en eau et en électricité pour faire de l’hydrogène – comme Marsactu l’a détaillé – est soumis à une concertation publique jusqu’au 21 novembre.

Une pétition à 9500 signatures

“On a déjà mangé du charbon pendant des décennies, on ne veut pas d’une raffinerie ici. On ne veut pas de leur torchère, à 200 mètres d’une crèche, des écoles, d’un stade et d’un éco-quartier. On veut mettre quelque chose qui nous plait”, affirme Eric Ida, l’un des artisans du collectif de citoyens et d’associations “Hynovera, on n’en veut pas” monté il y a quelques semaines.

À sa naissance dans les années 1950, la centrale était entourée de champs. Une époque révolue. Les zones résidentielles sont sorties de terre aussi bien du côté de Meyreuil que de celui de Gardanne. Les opposants s’inquiètent de ce projet d’installation d’une deuxième unité industrielle classée Seveso en plus de la tranche biomasse de la centrale. Plusieurs participants rappellent l’explosion à la raffinerie de La Mède survenue 30 ans plus tôt jour pour jour et qui a fait 6 morts. “Nous avions ressenti le souffle jusqu’à Gardanne”, dit un quinquagénaire au public.

Eric Ida du collectif Hynovera on en veut pas. Photo : PID.

Les riverains contestataires n’en sont pas à leur coup d’essai. Ils ont été quelques centaines à agiter la précédente réunion publique, alors que la salle prévue par la commission nationale du débat public était trop petite pour tout ce monde, comme l’a raconté La Provence. En conséquence, l’échange prévu à propos des “projets alternatifs et/ou complémentaires” a été reporté à ce 9 novembre. Une pétition ouverte en ligne a recueilli plus de 9500 signatures, proclamant : “Stop pollution et dangers”.

Cette mobilisation amène de nouvelles turbulences dans la longue marche vers la reconversion du site, où devraient cohabiter plusieurs entreprises. Selon le pacte de transition poussé par l’État, il devrait accueillir de nouvelles industries du bois en synergie avec l’unité de production d’électricité qui a délaissé le charbon pour la ressource forestière. “C’est bien qu’il y ait du monde. C’est la démocratie. Après, il faut convaincre, commente Nadir Hadjali venu avec ses camarades de la CGT de la centrale en nombre. La question est : est-ce que l’on veut de l’industrie ? Et après, quelle industrie ?”, résume-t-il.

Après avoir réussi à forcer l’entrer de la salle à quelques dizaines, les personnes présentes dehors obtiennent que tout le monde puisse rentrer. Les garants de la commission nationale du débat publique consentent à ce que la réunion se tienne debout. Le temps de ranger toutes les chaises, l’interruption de séance dure un peu moins d’une heure.

Des maires prudents

Les figures de l’opposition du conseil municipal de Gardanne ont fait le déplacement. Que ce soit le divers gauche Jean-Marc La Piana ou le RN Bruno Priouret, ils interviennent publiquement en soutien aux opposants. Face à la fronde, les maires de Gardanne et de Meyreuil, absents ce soir-là, prennent quant à eux une position prudente, qui tranche avec leur motivation passée pour ce projet. “Je me positionnerai quand on aura toutes les informations”, a expliqué Hervé Granier, le maire LR de Gardanne à France 3. Idem pour son confrère de Meyreuil Jean-Pascal Gournès qui ne souhaite pas s’exprimer avant la fin de la concertation.

Ce projet va être l’embryon d’un vaste complexe chimique et nous n’en voulons pas.

Lætitia Dari du collectif citoyen

Tandis que les responsables de la société Hy2gen s’expriment, l’ambiance est au chahut. “Nous allons respecter les obligations réglementaires. Plus de 2,5 millions de personnes habitent à moins d’un kilomètre d’un site Seveso en France”, tente de rassurer Cyril Dufau-Sansot, le président de Hy2gen. “C’est Meyreuil ici, on s’en fout de Paris tout ça”, hurle hors micro un participant en retour. “Si on ne fait pas Hynovera… On ferait ce projet dans un autre pays. Cela signifie pas de décarbonation pour la France et pour ce territoire peut-être d’autres projets industriels comme un incinérateur ou une centrale nucléaire”, cingle l’entrepreneur devant la bronca. Il ne récolte que des huées en retour.

En deuxième partie de réunion, les citoyens et les travailleurs de la centrale de Gardanne se relaient à la tribune pour présenter leurs propres projets. “Hynovera fait du greenwashing, tonne Laetitia Dari au nom du collectif d’habitants. Ce projet va être l’embryon d’un vaste complexe chimique et nous n’en voulons pas”, affirme-t-elle. Le collectif aimerait en finir avec les industries lourdes sur les 80 hectares de la centrale de Provence. Il pousse l’idée d’un aménagement alliant des espaces verts, des équipements touristiques (restaurants et hôtels) et des espaces de recherche et de production pour des start-up. Au bout de la soirée, après de longues heures de palabres et d’agitation, tous les acteurs se quittent sur une certitude, le débat sur l’avenir du site industriel est rouvert pour un moment.

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Commentaires

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  1. Karo Karo

    Question : quel a été le moyen de deplacement des participants à cette réunion ? une voiture individuelle fonctionnant à l’essence/diesel ou à l’électrique.
    Je leur propose de venir à pied ou à vélo la prochaine fois .
    Il est facile de refuser un projet de production d’énergie quand l énergie actuelle dont nous avons besoin vient d ailleurs et que ce sont d’autres qui en supportent les externalites négatives, facile comme discours ! .
    Cela étant dit je ne suis pas une pro hydrogène car transformer du bois en hydrogène demande des ressources naturelles importantes que le territoire n a plus à sa disposition vu le contexte climatique.
    Il est temps de repenser nos modèles de consommation notamment énergétique . Il est impossible d’imaginer à continuer à vivre sur le même modèle de société au regard des enjeux du changement climatique, le.monde dans le quel nous vivons va disparaître Il va falloir réduire/changer de manière conséquente nos habitudes nous avons moins de 10 ans cf le dernier rapport du GiEC https://theshiftproject.org/article/climat-synthese-vulgarisee-giec-wg3-shifters/

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  2. Richard Mouren Richard Mouren

    Le problème est: d’où viendra l’énorme quantité de bois qui sera nécessaire à la production de cette raffinerie? Ce volume de bois s’ajoutera-t’il à celui nécessaire à la reconversion en biomasse de la centrale à charbon? Où sera-t’il coupé? Sera-t’il importé par bateau du Brésil?

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  3. Pascal L Pascal L

    D’après ce que je comprends des différents articles publiés, le bois servirait à fabriquer du méthanol (CH3OH) appelé aussi “alcool de bois” qui peut servir dans les piles à combustible. Le bois viendrait d’ailleurs.

    Le projet hydrogène n’a donc rien à voir avec le bois. Il consiste à utiliser de l’électricité pour produire de l’hydrogène par électrolyse de l’eau (avec une perte de 50 % d’énergie). l’hydrogène est dit vert parce que cette électricité proviendrait de sources dites renouvelables (hydroélectricité, éolien et solaire). Cette électricité aussi viendrait donc de loin car dans les environ on a peu de production et cette production ne suffit déjà pas à alimenter une zone très peuplée..

    Il serait peut être plus pertinent de réaliser cette électrolyse dans la Crau à proximité des éoliennes et des champs de panneaux solaire près du Port de Fos. Mais je soupçonne un peu que ce projet hydrogène soit rajouté au reste pour obtenir des subventions davantage que pour toute autre raison.

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    • Bertrand B. Bertrand B.

      L’électricité est disponible au poste électrique 225 kV à coté de la centrale de Gardanne.

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    • Pascal L Pascal L

      Certes mais elle n’est pas verte celle là. Et de toute manière elle n’est pas produite sur place.

      Je me souviens d’une réunion avec EDF il y a une 10 aine d’années où l’on nous expliquait que la zone entre Marseille et Nice constituait un problème en termes de distribution de l’énergie car grosse consommatrice et avec une production locale très faible donc des risques de coupures en cas de pointe de consommation.

      Je persiste : il est probable que cette production d’H2 à cet endroit soit davantage une pompe à subvention qu’un projet pertinent.

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  4. Chani Chani

    Hydrogène et carburant “renouvelable” d’un côté, restaurants, hotels et start up de l’autre côté. Il est effarant de voir que des deux côtés des projets bling bling et soit disant disruptifs sont proposés, qui n’amèneront aucun intérêt aux villes environnantes. Ils importent déjà de la biomasse pour la centrale, donc qu’ils arrêtent d’affirmer que le bois utilisé serait local. Le centre ville de Gardanne vivote déjà, une zone commerciale en périphérie le tuerait pour de bon. Et pour les starts up c’est la nouvelle mode, on voit à quel point ça marche, notamment si on regarde The Camp. Pourquoi est-ce qu’on ne redirigerait pas les subventions vers la reouverture de la ligne de train Gardanne – Carnoules qui passe justement à cet endroit là ? Voir pour ouvrir un technicentre SNCF sur cette emprise, ça c’est des emplois perennes. On pourrait développer également le frêt pour toutes les zones industrielles bordant cette voie sncf. Ouvrir également des usines plus modestes, a priori le vélo se développera forcément, pourquoi ne pas se placer ? Il me semble enfin que des financements avaient été promis pour de la mobilité décarbonée à la fermeture de la centrale, où sont-ils ?

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  5. Forza Forza

    “Des espaces verts, des équipements touristiques (restaurants et hôtels) et des espaces de recherche et de production pour des start-up”… va falloir que le collectif retravaille sérieusement ses contre-propositions.

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