À Marseille, l’omniprésente empreinte de CMA CGM, « plus puissante que les élus »

Enquête
par Mediapart
le 17 Déc 2024
1

En quelques années, le troisième armateur mondial, dont le siège est installé dans la ville, a mis sa patte sur de nombreux projets marseillais emblématiques. Dirigé par le milliardaire Rodolphe Saadé, un proche d’Emmanuel Macron, il s’impose comme un acteur économique, mais aussi politique, de premier plan. Tout en conservant sa très avantageuse niche fiscale.

La tour CMA CGM dans le quartier d'Arenc, à Marseille. (Photo : BG)
La tour CMA CGM dans le quartier d'Arenc, à Marseille. (Photo : BG)

La tour CMA CGM dans le quartier d'Arenc, à Marseille. (Photo : BG)

Le 8 mai 2024, sous le soleil de Marseille, le nageur Florent Manaudou descend du majestueux trois-mâts Belem pour apporter la flamme olympique sur le sol français. Au large, un porte-conteneur aux couleurs des JO et de la CMA CGM, partenaire de l’événement, barre l’horizon. Et au premier rang, aux côtés du président de la République, du patron du comité d’organisation des JO, Tony Estanguet, et des élus locaux, se tient le patron de l’entreprise, Rodolphe Saadé.

Le puissant milliardaire, à la tête du troisième acteur mondial du transport maritime, dont le siège est installé à Marseille depuis sa création en 1978, s’est invité sur la photo officielle. "En théorie, rien ne lui permet d’être là, sauf si c’est le président de la République lui-même qui l’a autorisé", glisse un bon connaisseur des usages.

Quelques heures plus tôt, au côté du grand patron, Emmanuel Macron avait coupé le ruban de Tangram, le centre de formation de la compagnie maritime, installé dans le Sud de la ville. "Je veux rendre hommage à votre famille. Avec constance, vous avez décidé d’investir en France et à Marseille", félicite le président.

Rodolphe Saadé jubile. L’obscur transporteur est désormais dans la lumière, et son poids politique est devenu une évidence incontournable. "Quand j’étais au gouvernement, tous mes collègues me demandaient si je connaissais Rodolphe Saadé, du fait de l’importance de l’activité de son groupe, et parce qu’il incarne Marseille", s’amuse la conseillère régionale de Provence-Alpes-Côte d’Azur et ancienne secrétaire d’État Sabrina Agresti-Roubache, proche du couple présidentiel.

Quasiment aucun déplacement ministériel ou présidentiel ne se fait dans la ville sans une rencontre avec l’entreprise, officielle ou non. Au programme, des petits-déjeuners, des déjeuners avec Rodolphe Saadé ou sa sœur Tanya Saadé Zeenny, directrice générale déléguée du groupe et présidente de sa fondation. En prime, une visite du fleet center, l’impressionnant centre de navigation installé au cœur de la tour CMA CGM, qui domine de ses 147 mètres le littoral Nord de la ville.

Ministres des Transports, de la Culture, des Finances, de l’Éducation, tous y passent. Et quand le 6 décembre 2024, le ministre (démissionnaire) des solidarités Paul Christophe est empêché, c’est l’épouse du président de la République, Brigitte Macron, qui marque le soutien de l’État à l’initiative de la fondation CMA CGM de créer un "entrepôt solidaire" à destination des associations d’aide alimentaire. "Ce sont des représentants de Marseille, qui sont même plus puissants que les élus : les élus passent alors que la tour est tanquée là", appuie Sabrina Agresti-Roubache

Au point de faire pousser quelques soupirs d’exaspération. "Il s’agit . . .

Mediapart

Commentaires

ordre

1 commentaire


Rejoignez-la communauté Marsactu pour, vous aussi, contribuer au débat local. Découvrez nos offres

ou connectez-vous si vous êtes déjà abonné⋅e.
  1. barbapapa

    Il serait logique et préférable que l’Etat taxe les super profits (merci à l’assemblée nationale Renaissante et aux élus trouillards !) et décide de l’attribution de ceux-ci. Ce bon vouloir du grand patron est une terrible menace sur la ville et le territoire, sur l’information, sur les orientations politiques.

    Signaler