À l’aire d’accueil de Saint-Menet, tensions et mauvaise gestion rendent la vie impossible

Reportage
le 6 Oct 2020
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Alors qu'une altercation entre ses occupants a motivé le départ d'une quarantaine de familles, l'aire de Saint-Menet ne remplit toujours pas ses fonctions d'accueil de gens du voyage. Ces derniers déplorent des manquements dans la gestion du lieu de la part de la métropole.

L'aire de Saint-Menet désertée par une partie de sa population après des tensions. (Image VA)

L'aire de Saint-Menet désertée par une partie de sa population après des tensions. (Image VA)

Les carcasses de voitures sont désormais plus nombreuses que les voyageurs censés vivre là. Depuis mercredi, l’aire de Saint-Menet (11e), seule aire d’accueil de gens du voyage à Marseille, est étrangement vide. Il n’y a plus que quelques caravanes dans les lieux, complètement délabrés. Alors que la plupart des usagers présents assurent ne pas connaître les raisons de ce calme apparent, certains avancent des hypothèses. “Ils n’avaient pas payé le loyer, il y a eu des procédures d’expulsions”, tente une jeune mère, un enfant dans les bras. Mais en tout, 48 familles auraient quitté l’aire, soit au moins la moitié des occupants.

À quelques kilomètres de là, plusieurs véhicules appartenant à ces familles ont pris place sur un terrain inoccupé. “Nous sommes partis à contrecœur, mais c’était mieux pour les enfants”, raconte un homme, qui souhaite rester anonyme par peur de représailles. Selon les récits recueillis, la semaine dernière, une altercation entre occupants du site de Saint-Menet aurait déclenché le départ d’un grand nombre de familles, la plupart se présentant comme Roms ou hongroises. Mais au-delà de cet incident, c’est un climat délétère dans des lieux peu ou pas entretenus que dénoncent les familles.

Enquête de police

“Il y a des gens qui ne respectent rien, à l’extérieur comme à l’intérieur de l’aire. L’aire est ouverte à tout le monde, c’est une déchetterie publique dehors et une casse de voitures sur le terrain. Il y a de l’huile, des produits toxiques !”, s’emporte un père de famille. Sur place, le spectacle est en effet désolant. Le chemin du Mouton qui mène à l’aire d’accueil est orné de tas gigantesques de déchets en tout genre, allant des gravats de chantier aux vêtements usés. Dans l’enceinte de l’aire, en plein milieu des emplacements censés être habités, les voitures désossées, moteurs abandonnés voire carrosseries brûlées parsèment le bitume. Selon plusieurs sources, ce décor serait en partie la résultante d’une activité de “ferraillage”. Outre le caractère potentiellement illégal de ce stock, le règlement de l’aire d’accueil interdit sur le site toute une activité économique.

Carcasses de véhicules à l’entrée de l’aire.

“Les huissiers sont passés pour voir le ferrailleur, constater l’activité. L’expulsion a été validée mais la police refuse de venir parce qu’il y a une enquête en cours”, confirme un agent de la métropole, la collectivité gestionnaire des lieux. Contactées, ni la direction départementale de la sécurité publique ni la préfecture de police n’ont répondu à nos questions dans le délai imparti à la publication de cet article. “Des carcasses de voitures, des déchets et des détritus ont été déposés par ce ferrailleur, constate pour sa part Fatiha Benhamahoum, la directrice du centre social installé sur place. Les familles expriment leur désarroi et regrettent l’absence de contrôle.”

“On pourrait y construire une maison que personne ne dirait rien !”

Pas de gardien, des contrôles de cartes grises plus qu’aléatoire… même sur place, on reconnaît profiter parfois du laxisme dans la gestion de cette aire d’accueil. “Ce n’est pas dangereux, c’est notre métier, explique vindicativement une femme dont le mari fait partie des ferrailleurs en question. Ailleurs, les camions restent dehors, et si on nous demande de mettre un tapis sous une voiture qui fuit on le fait parce qu’on ne veut pas se faire virer. Ici, il n’y a pas de règlement.”

Du côté des familles qui ont quitté les lieux, le constat est le même. “On pourrait y construire une maison que personne ne dirait rien !”, exagère-t-on à peine. Pour le responsable de l’aire en revanche, le problème ne vient pas d’un défaut de gestion mais d’un “litige”. Il ajoute cependant : “Il faut regarder comment les personnes s’installent, vivent. Pour chaque personne qui fera une infraction, il y aura une demande d’expulsion.”

Détritus sur le chemin du Mouton.

Une phrase formulée au futur, comme pour souligner le fait que le métropole vient de récupérer la gestion de l’aire après l’avoir longtemps déléguée à une entreprise privée. Il y a un peu plus d’un an, le terrain était encore sous la responsabilité la société Vago. Avec le changement de gestionnaire et l’annonce de travaux, habitants et travailleurs du lieu se sont de nouveau pris à rêver d’une amélioration, après avoir déjà été déçus par le passé. Comme pour mieux déchanter ? “Quand il y a des incivilités, des courriers sont envoyés, mais ensuite, il n’y a pas de répression”, poursuit un agent qui déplore un manque de moyens.

Outre les problèmes de sécurité, l’entretien de l’aire laisse également à désirer. Quatre toilettes hors-service, huit portes de douche cassées, des nuits passées “sans électricité”, des “rats plus gros que des chats” et des inégalités dans la collecte des loyers sont pointées du doigt. Toujours sur place ou parties, les familles dénoncent toutes un lieu laissé à l’abandon. Coincée entre l’usine Arkema classée Seveso pour les risques industriels, la voie SNCF et l’autoroute, l’aire de Saint-Menet n’a toujours d’accueillant que le nom.

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Commentaires

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  1. BRASILIA8 BRASILIA8

    comme toujours on laisse pourrir la situation
    maintenant on va fermer pour raison de sécurité, mise aux normes, important les normes, les travaux vont durer longtemps, longtemps …………..

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  2. scatta scatta

    Sans oublier l impact environnemental du motocross mitoyen, installé depuis un peu plus an, qui a encore degrade les conditions de vie et certainement contribué à fragiliser l equilibre social que la municipalité disait vouloir instaurer.

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  3. Electeur du 8e Electeur du 8e

    La municipalité précédente, aka la nullicipalité, avait fait du laisser-faire une méthode de gouvernance de la ville. Faut-il s’étonner que la même méthode ait été appliquée à la “gestion” de cette aire ?

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  4. Lecteur Electeur Lecteur Electeur

    La Métropole ne fait rien ou a fait semblant et l’Etat a laisser ne rien faire. Voir ci dessous l’article 3 de Loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 modifié par loi n°2017-86 du 27 janvier 2017 – art. 149.

    Que font le préfet et la préfète déléguée pour l’égalité des chances, assiste le préfet des Bouches-du-Rhône ? Que fait le procureur de la république pour sanctionner ce non-respect de la loi des uns et des autres ?

    Quant aux gens du voyage ont devrait les aider à conjuguer le respect des traditions positives avec la scolarisation des enfants et les aider à lutter contre le patriarcat et pour l’égalité homme femme en abandonnant certains tradition négatives (mariage forcé d’enfants consanguins, dot, virginité,
    )

    Loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l’accueil et à l’habitat des gens du voyage

    Article 3
    Modifié par LOI n°2017-86 du 27 janvier 2017 – art. 149

    I. – Si, à l’expiration des délais prévus à l’article 2, une commune ou un établissement public de coopération intercommunale auquel a été transféré l’exercice de la compétence afférente n’a pas rempli les obligations mises à sa charge par le schéma départemental en matière d’aménagement, d’entretien et de gestion des aires permanentes d’accueil, des aires de grand passage et des terrains familiaux locatifs aménagés dans les conditions prévues à l’article L. 444-1 du code de l’urbanisme, le représentant de l’Etat dans le département met en demeure la commune ou l’établissement public de coopération intercommunale de prendre les mesures nécessaires selon un calendrier déterminé, en évaluant le montant des dépenses afférentes.

    Si la commune ou l’établissement public de coopération intercommunale n’a pas pris les mesures nécessaires dans les délais prévus par le calendrier, le représentant de l’Etat dans le département peut lui ordonner de consigner entre les mains d’un comptable public les sommes correspondant au montant de ces dépenses. Ces sommes sont restituées au fur et à mesure de l’exécution de ces mesures.

    Il est procédé au recouvrement de ces sommes comme en matière de créances de l’Etat étrangères à l’impôt et au domaine. L’opposition devant le juge administratif à l’état exécutoire pris en application d’une mesure de consignation ordonnée par le représentant de l’Etat dans le département n’a pas de caractère suspensif.
    https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000583573/2020-10-06/

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