À la Busserine, la crèche voisine du point de deal va fermer

Actualité
le 28 Juin 2018
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La crèche de l'Œuf, située au cœur du quartier de la Busserine, va fermer définitivement cet été. L'association gestionnaire invoque des questions de sécurité, liée à la proximité des lieux de deal et aux tirs du 21 mai.

Image google view de février 2018. Avant les travaux de sécurisation.
Image google view de février 2018. Avant les travaux de sécurisation.

Image google view de février 2018. Avant les travaux de sécurisation.

Située au cœur de la cité de la Busserine, la crèche de l’Œuf va fermer définitivement ses portes cet été. La décision, soudaine, a été annoncée par l’équipe fin juin aux familles des 35 enfants accueillis dans la structure. La raison invoquée par l’association gestionnaire de l’équipement, les Apprentis d’Auteuil, est la sécurité, à la suite notamment des tirs de kalachnikov du 21 mai dernier. “Nous ne pouvons pas assurer la rentrée à cet endroit“, explique Valérie Moulinier, déléguée générale pour la petite enfance au sein des Apprentis d’Auteuil, évoquant la “succession d’événements” survenus dans le quartier au printemps.

Gérée par les Apprentis d’Auteuil depuis neuf ans, la crèche est située sur la rue qui longe le stade de foot, à l’intérieur de la cité. Elle se trouve ainsi à proximité de l’endroit où se déroule l’activité de deal, ce qui pose des questions de sécurité. “Cela fait trois ans que nous travaillons avec les partenaires sur cette question de l’implantation,” ajoute Valérie Moulinier. “C’est compliqué de sortir avec les enfants, de faire venir des intervenants”.

Des intrusions et des bris de portes intérieures

Élue LR en charge des crèches, Catherine Chantelot confirme que le problème avait déjà été évoqué et a donné lieu à des travaux de sécurisation par le bailleur Habitat Marseille Provence. “C’était lié à des intrusions, à cause du trafic mais pas uniquement, avec des bris de portes à l’intérieur de la crèche. À l’époque, il y avait des petites barrières facilement franchissables.” Depuis, la crèche a été entourée de haute palissades grises. Il y a deux ans, la mairie a également sollicité les bailleurs pour trouver un autre lieu, sans succès à l’époque. Dans ce contexte déjà tendu, les tirs du 21 mai ont été l’événement de trop.

Dans un courrier adressé à plusieurs acteurs institutionnels et associatifs, des parents s’inquiètent de la prise en charge future de leurs enfants. “Apprendre cette fermeture programmée a été pour nous tous un véritable coup de massue dont nous ne nous remettons pas. Nous plaçant dans une situation des plus angoissantes d’autant qu’aucune solution concrète ne nous est proposée si ce n’est de réinscrire notre enfant sur le portail de la ville”, écrivent deux parents dans un courrier dans lequel ils indiquent représenter une dizaine de familles. Si leurs demandes pourraient être traitées en priorité, ils s’inquiètent de la capacité de la ville à le faire dans le contexte de lafermeture, dans le même secteur, de la crèche des Oliviers, de 42 places, intervenue ce printemps.

Prioriser les familles dont les deux parents travaillent

Côté Ville, le dispositif n’est pas en place, car l’information de la fermeture de l’Œuf a été connue tardivement. Catherine Chantelot précise avoir reçu un courrier des Apprentis d’Auteuil lundi. Elle indique cependant être en recherche de places, en faisant passer en priorité les familles dont les deux parents travaillent. “Il y a l’inauguration d’une micro-crèche de dix places à Picon le trois juillet prochain, fait-elle remarquer, sans conviction. Nous allons les solliciter, mais c’est peut-être déjà plein.

La solution favorisée tant par les Apprentis d’Auteuil que par les acteurs institutionnels, Ville comme préfecture, est celle de la recherche d’un nouveau lieu pour déménager la crèche, en lisière de la cité. “C’est un problème d’être dans un quartier où on est enfermé, expose Valérie Moulinier. On peut faire le même accueil, le même service juste à côté.” Des scénarios sont envisagés par la préfecture, tandis que la Ville indique solliciter à nouveau les bailleurs. Aucune garantie, cependant, qu’un nouveau lieu puisse être opérationnel pour la rentrée.

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Commentaires

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  1. Mathieu Trigon Mathieu Trigon

    Éternel retour du réel. Voilà des années que l’état intervient dans ces quartiers pour y assurer ou rétablir, prétendument, la sécurité l’ordre et tout le toutim… Aujourd’hui nous en constatons le résultat, au plus grand bénéfice des personnes qui vivent là.
    Mais il serait aussi intéressant de creuser, d’un point de vue journalistique, du côté de ce qu’il est en train d’advenir des associations qui interviennent dans les cités et copropriétés dégradées de ces quartiers, de ces arrondissements. Là aussi l’état, en baissant sans cesse les subventions allouées est en train de pousser à leur fermeture.

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    • Zumbi Zumbi

      “Voilà des années que l’état intervient dans ces quartiers pour y assurer ou rétablir, prétendument, la sécurité l’ordre et tout le toutim… ” Inexact. De récentes études ont montré, par exemple de la 93, ce que les gens qui y habitent et y travaillent éprouvent quotidiennement : l’État intervient de moins en moins dans ces quartiers, que ce soit pour la santé, les services du quotidien (la permanence de la CAF est à des kilomètres, et on sait ce que sont les transports en commun !), l’école ou la culture. De temps en temps une grosse opération “antidrogue” très spectaculaire, puis plus rien. Le plus ahurissant est l’absence de révolte : les pouvoirs publics comptent sur le découragement, la “redistribution” des petits soldats du trafic et la religion, bien sûr pour assurer le calme.

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  2. djf djf

    C’est insupportable!
    Que fait la police, elle déserte! Elle abandonne la population aux dealers. Alors qu’elle se targue d’arrêter les terroristes avant qu’ils n’agissent, quand les dealer agisse,elle ne fait rien, et les services publiques sont obligée de déguerpir. Si monsieur l’ancien maire de Lyon ne peut rien faire, doit-on demander au dealers de nous protéger. C’est peut-être une solution?

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  3. petitvelo petitvelo

    Donc si une crèche gêne un point de vente de drogue, c’est à la crèche de déménager ? Il est où l’Etat de droit ? La mairie relève le flambeau et ouvre une crèche publique à la place ? Non ? Ca va bien de dire “merde” aux journalistes hors-sujet, mais pour le reste, il est important de temporiser, réfléchir à un “grand plan de sécurité publique”, …

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  4. ga li ga li

    C est avec un grand pincement au coeur à la lecture de l article
    L oeuf fut un grand projet de la participation des habitants de ce quartier organisé en association dont je fut membre fondateur. Pendant deux décennies ce collectif s est attache a faire reconnaitre ce lieu par les pouvoirs publics tout en gerant de façon récurrente vandalisme,cambriolage,agressions,cohabitation forcée avec le trafic et ce avec une interpellation permanente sur ces problématiques

    Nous assistons une fois de plus à l abandon de la puissance publique dans ces quartier

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