À Font-Vert, les habitants organisent un “Glam’tour” pour dire leur ras-le-bol de la L2

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le 25 Fév 2016
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Alors que le chantier de l'autoroute urbaine L2 se poursuit, des habitants de la cité de Font-Vert (14e) ont réalisé un "glam'tour" pour exposer le point de vue des habitants du quartier sur les nuisances subies au quotidien aux responsables publics, présents ce mercredi matin. Et poser des questions sur les futurs projets de rénovation.

À Font-Vert, les habitants organisent un “Glam’tour” pour dire leur ras-le-bol de la L2
À Font-Vert, les habitants organisent un “Glam’tour” pour dire leur ras-le-bol de la L2

À Font-Vert, les habitants organisent un “Glam’tour” pour dire leur ras-le-bol de la L2

La tour A de la cité de Font-Vert (14e) se découpe dans le ciel, point de repère efficace. Le long de la route qui serpente entre les bâtiments les guetteurs sont là, à leur poste. Indifférents à une oie postée en haut d’un petit chemin, mirage urbain immobile et improbable. En bas de la tour, un groupe d’habitants s’est réuni à l’invitation de l’association Alliance savinoise. Descendue des collines de Notre-Dame-Limite, l’association veut mettre à profit le dispositif de concertation intitulé “glam’tour” qu’elle a testé dans cette cité en rénovation. Il consiste à mettre à profit l’expertise des habitants en matière de cadre de vie et de la confronter aux responsables publics. Le dispositif s’inspire des “toxic tours” initiés dans la région parisienne, débarrassés de la connotation négative de l’appellation initiale.

TourFontVert

Tour A.

Ce mercredi matin, un “Glam’tour” se déroule à Font-Vert, une cité voisine du chantier de la rocade L2 qui ne bénéficie pas d’un projet de rénovation urbaine contrairement aux cités voisines de Picon et Busserine. Cette marche ponctuée de points d’étape doit notamment permettre d’évoquer les nuisances induites par le chantier. Mais la vétusté des logements et tout ce qui a trait à la vie quotidienne du quartier nourrissent largement les débats, préparé au cours de deux ateliers menés avec les habitants. Joseph, un vieil homme “connu ici pour être le maçon”, démarre par des problèmes de “remise à niveau” :“Font-Vert est à 1, 20 m plus bas que Picon-Busserine. Du coup, lorsqu’il y a un orage, ça devient un lac ici. Sans parler de la boue qui glisse du chantier jusqu’au bâtiment B et envahit les garages”. 

“Cafi de rats”

Provocatrices, les grues s’activent sur le chantier derrière les habitants. Le groupe avance en ordre dispersé lorsque les fracas et bruits sourds des machines recouvrent les voix. Le vieil homme enchaîne, hausse le ton tandis que certains tentent de l’interrompre pour rebondir. “Là, sur le chemin qui mène au bâtiment A, près du tunnel qui relie la cité à Picon-Busserine, l’éclairage est coupé le soir, les gens risquent de tomber”. “Et surtout de se faire agresser”, renchérissent trois habitantes. “Et les rats, on en parle des rats ? Il y en a cafi depuis le début du chantier, à force de remuer tout ça”, lance un homme barbu, sans se départir de son sourire.

“Nous sommes là pour poser un diagnostic, explique la présidente de l’association, Rachida Tir. Les gens sont conscients que la L2 doit se construire. Ce qu’ils demandent, c’est une concertation et une vraie communication sur les projets”. Ce matin, seuls un représentant de la Logirem, l’office HLM de Font-Vert et un autre de Marseille rénovation urbaine sont présents pour écouter les récriminations. Personne de la SRL2, entreprise qui gère le chantier de la rocade ne s’est déplacé ce matin, mais une réunion trimestrielle de concertation avec les membres des associations est annoncée pour le 1er mars à la maison des familles voisine.

Niveau zéro

“Nous sommes au niveau zéro de la connaissance du terrain”, se défend Olivier Cadier, chef du projet de rénovation urbaine de Picon-Busserine, tandis qu’il est pris à partie. En effet, à la différence des cités Picon et Busserine, la cité Font-Vert ne faisait pas partie des 14 chantiers financés par l’Agence nationale de rénovation urbaine (Anru) à Marseille depuis 2003. Elle l’est en revanche pour la deuxième phase, dont le démarrage n’est pas encore inscrit au calendrier.FontVert2

Réunis devant un parking, les habitants poursuivent l’état des lieux. “Toute la nuit, on doit supporter les projecteurs du chantier, et les “bip bip” incessants des engins. Les ouvriers travaillent jusqu’à 1 h 30 du matin ! Certains habitants ont des acouphènes ou font des dépressions, sans parler des balcons fissurés”, s’alarme Drifa Douaflia, locataire de Font-Vert et salariée de la maison des familles.

 

Même si les sourires sont fréquents, la tension électrise le groupe. Une femme âgée en chemise de nuit tient d’une main un éléphant en peluche, de l’autre, une toute petite fille. Elle interpelle les hommes de MRU et de la Logirem. “On ne sort peut-être pas de Saint-Cyr, mais il ne faut pas nous prendre pour des idiots. Vous trouvez ça normal tout ça ? “. En aparté, Loris Flandin, chef de projet chez Logirem justifie les frustrations : “On ne peut pas tout rénover en même temps, et Font-Vert sera traitée après. Cela suscite de la colère, c’est bien compréhensible”. Imperturbable, Drifa Douaflia égrène son chapelet de problèmes. La poussière permanente, les travaux peu sécurisés accessibles à travers le tunnel par les enfants, les tranches horaires des travaux du samedi non annoncés… La liste semble intarissable.

“On est abandonnés”

Devant le bâtiment E, les nuisances du chantier sont laissées de côté pour aborder les questions de la vétusté des logements. Une dame âgée qui se fait appeler Salhia explique que son mari handicapé ne sort plus depuis trois ans de son appartement, faute d’ascenseur. “Cela fait trois ans que je demande un appartement en rez-de-chaussée à la Logirem, chaque année je dois refaire un dossier pour rien. Sinon, on me propose la Castellane, un quartier pourri !” “On est abandonnés”, ponctue une autre femme. FontVert10

Après presque deux heures de discussion, la matinée s’achève et le groupe déjà clairsemé s’arrête devant la salle de prière. L’imam y déplore le manque de places pour ses fidèles. Puis, quelques mètres plus loin, une pause est faite devant l’école. Il est bientôt midi et un énorme camion passe. “Regardez, s’exclame Rachida Tir, de l’Alliance savinoise, “On avait demandé que les camions de la L2 ne passent pas aux heures de rentrée et de sortie d’école. Pendant 15 jours il n’y en a pas eu, et là, ça recommence.”

À la fin de la marche, le ton s’adoucit. Comme si celle-ci avait joué en partie un rôle d’exutoire. “Le 1er mars, lors de la réunion avec la SRL2, ils devront nous laisser nous exprimer, on leur montrera toute cette précarité. Mais aujourd’hui, les habitants ont bien parlé”, conclut Rachida Tir. “Il faut vraiment comprendre que l’on est au tout début, en tout cas en ce qui concerne un projet urbain. ça ira très lentement, achève Olivier Cadier, chef du projet de rénovation urbaine de Picon-Busserine. Mais de notre côté nous avons saisi que les habitants attendaient de la communication”.

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Commentaires

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  1. neplusetaire neplusetaire

    Difficile de vivre au milieu de tous ces travaux qui perdurent. Même si cela servira à l’amélioration de la circulation, la L2 est subie durant plusieurs mois. Rien ne changera dans la vie de ces locataires leur quotidien est toujours le même. L’ANRU n’a rien changé à notre quotidien, notre pouvoir d’achat est en chute alors que les loyers grimpent sans compter les charges de plus en plus chères eau , électricité. Des impôts, des taxes de plus en plus élevées plus de misère sociale.

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  2. Marieke Marieke

    Pourquoi ne pas saisir les CIQ concernés des problèmes liés aux travaux de la L2? Ils ont des réunions de concertation avec la soc SRL2, réunions durant lesquelles ils font remonter les doléances des habitants.

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  3. LN LN

    Je ne comprends pas que l’on puisse autoriser des travaux de nuit. Qu’est-ce qui justifie d’em…. les gens en pleine nuit pour des travaux si bruyants ? Et encore si on parle de la nuit on imagine que cela vient s’ajouter aux travaux du jour. Et ceux qui autorisent cela, ils vivent où ?
    Sur le boulevard Michelet et le chantier Ganay, ils creusent tard aussi . La raison ? L’Euro 2016. Les travaux du stade et la “ville” qui s’y implante ? C’est pareil.
    C’est dingue de privilégier la rentabilité au détriment de la population. Le repos est un besoin fondamental pour l’être humain et le bruit rend fou. Qui s’en soucie ?

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