À droite dans la 1ere circonscription : la sortante, les satellites et les meilleurs ennemis

Actualité
le 31 Mai 2017
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Du centre au Front national en passant par les Républicains, la campagne dans la première circonscription fait ressurgir de vieilles rancœurs sur fond de guerre des droites.

Lorsqu’elle arrive, le comité d’accueil est déjà là. Ce dimanche matin, sur les coups de 11 heures, Valérie Boyer vient inaugurer “Mon bô marché” sur le parking d’une grande surface de la zone commerciale La Valentine. Sous le soleil qui plombe, la maire de secteur Les Républicains et candidate à sa succession au poste de député de la 1re circonscription des Bouches-du-Rhône, arrive alors que certains de ses adversaires baladent entre les étals. Il y a là Xavier Bonnard, du Parti animaliste (partie prenante de la manifestation avec la Société protectrice des animaux – SPA – qu’il préside) mais aussi Franck Allisio pour le Front national et Marie-Hélène Rice, suppléante de Bernard Borgialli pour la France Insoumise. Une petite passe d’armes oppose les Insoumis et les organisateurs du marché, qui refusent les tractages politiques sur le site. Elle échauffe les esprits quelques minutes. Pas assez longtemps pour faire oublier que, dans cette circonscription, les vraies tensions, opposent gens de droite et… gens de droite.

Paul-Henri Hallalen, président des Citoyens démocrates et républicains (CDR) sillonne lui aussi les travées. Il montre peu d’intérêt pour la charcuterie corse ou les tomates de Sicile. Comme certains visiteurs du jour, il est surtout venu parler politique. “Le premier tour va se jouer à peu : entre 200 et 600 voix…” Proche de Robert Assante (l’ancien maire de secteur qui a dû céder sa place à Valérie Boyer en 2014), ex membre de l’UDI, il a appelé à voter Emmanuel Macron avant le premier tour de l’élection présidentielle. Clairement, Paul-Henri Hallalen emboîte le pas de Valérie Boyer “pour discuter” avec elle.

“Valérie revient vers nous”

Au cœur de leurs discussions ? La présence du logo des Citoyens démocrates et républicains  sur la profession de foi de la sortante LR. Un détail, très symbolique. Denis D’Andréa, vice-président du CDR, ancien directeur de campagne de Valérie Boyer en 2007, qui avait ensuite rallié le camp de Robert Assante, analyse la situation : “Ça va être très serré, c’est pour ça que Valérie revient vers nous…” L’entourage de la députée y voit, à l’inverse, un retour au bercail des anciens compagnons d’Assante. Seule certitude, l’élection municipale de 2014 et le combat fratricide entre Valérie Boyer et Robert Assante, entamé dès les législatives de 2012, pèsent encore lourd sur le territoire.

Un cadre des Républicains s’inquiète de cet éparpillement des forces de droite. “J’aurais quatre sous, je ne les parierais pas sur Boyer ! En trois mois, elle est passée de ministre de la Santé potentielle, à députée-sortante en perdition…”  Comme souvent, on n’est jamais aussi bien servi que par son propre camp, pour  les critiques acerbes. À “l’égérie de Fillon”, comme l’appelle un gradé sarkozyste, on reproche d’avoir trop divisé son camp. “Il y a un degré d’animosité envers elle chez les élus de son propre secteur comme on a rarement vu. Et maintenant tout le monde veut sa peau”, poursuit-il. Il faut dire que durant la campagne présidentielle, sans doute trop sûre de la victoire de son champion, la filloniste a été en guerre ouverte avec une fédération restée majoritairement fidèle à Sarko. Des deux côtés, les blessures sont encore fraîches.

Brochette de candidats lors de l’inauguration du Bô marché. Franck Allisio (FN, Xavier Bonnard du parti animaliste et Valérie Boyer. Photo: Coralie Bonnefoy.

Les candidats parasites

Parmi les 22 prétendants en lice, il y a bien quelques candidatures parasites qui grappilleront des voix à Valérie Boyer. Comme celle d’Alain Persia (Union de la droite républicaine), dont on voit le nom ressurgir à chaque élection avec une régularité d’horloge suisse. Ou Xavier Bonnard qui se console de ne pas avoir obtenu l’investiture du Trèfle avec celle du parti de la défense de la cause animale. Il espère l’échec de la sortante : “On attend qu’elle parte ailleurs. Qu’elle ne vienne pas ici que pour serrer des mains”.

Le coq de la ferme pédagogique déployée par la SPA en marge du marché lâche un cocorico sonore ; un homme s’agace des permis de construire signés “à tour de bras” et du “bétonnage” dont est victime le secteur. L’entourage de la sortante relativise ces interférences : “Xavier Bonnard est surtout revanchard. Il a cherché à intégrer les listes de Valérie Boyer par tous les moyens. Il n’a pas réussi et se venge.” Son suppléant, Laurent Oddos, est par ailleurs un ancien attaché de presse de Robert Assante.

La tentation d’En marche

Les plus inquiétantes dissidences sont sans doute celles que l’on ne voit pas. Mais dont on parle. Comme la possibilité régulièrement évoquée que Caroline Pozmentier  – vice-présidente LR de la Région Paca, adjointe de Jean-Claude Gaudin, élue sur le secteur de Valérie Boyer – parte dans cette circonscription sous les couleurs d’Emmanuel Macron. “Cela a été envisagé très fortement, pendant de longues semaines”, assure un dirigeant des Républicains. “Il a fallu que Jean-Claude Gaudin et Bruno Gilles déminent la situation pour éviter l’explosion de la famille au niveau local”.

Caroline Pozmentier – dont la franche hostilité à l’égard de la députée sortante n’est un secret pour personne –  candidate ? L’intéressée confirme uniquement que “cela aurait pu être le cas”, sans plus de précision. Valérie Boyer botte en touche : “Nous ne nous en sommes pas parlé…” Puis ajoute, dans un petit sourire : “Je crois savoir  que Caroline Pozmentier vit très mal la montée du Front national dans cette circonscription. Comme la meilleure façon de contrer le FN c’est de faire élire des candidats Les Républicains, je compte sur elle pour qu’elle soit mobilisée auprès de moi…” Valérie Boyer “espère” que Caroline Pozmentier sera là, mercredi 31, pour son lancement de campagne. Pas sûr.

Porosité entre extrême droite et droite populaire

L’extrême-droite n’est pas, non plus, exempte de petites manœuvres. L’ancienne élue FN, Elisabeth Philippe siège depuis octobre en marge de son ancien groupe municipal. “Maintenant, elle fait la campagne de Valérie Boyer”, assure un militant frontiste. L’équipe de la députée LR dément, mais précise qu’Elisabeth Philippe “fait partie des élus avec qui on a des relations républicaines”. Franck Allisio lui a été préféré pour l’investiture aux législatives. Le trentenaire vient de l’UMP. Ancien président des Jeunes Actifs des Républicains, il a, ces dernières années, frappé à de nombreuses portes à Aix, Marseille ou Avignon pour obtenir une place éligible avant de rejoindre Marion Maréchal-Le Pen aux régionales de 2015. Un ralliement opportuniste aux yeux de nombre de ses anciens camarades Les Républicains. “Allisio, il n’a pas la tronche de l’horrible facho. Il fait campagne depuis plus d’un an sur la circo. Il ne fait pas des sauts de puces depuis Paris…”, affirme un élu LR, pas loin d’en chanter les louanges.

Le candidat FN, jugé trop proche de son ancien parti, ne fait pas l’unanimité à l’extrême-droite. Il devra faire face à la candidature nationaliste de Laurie Bianciotto pour l’union des patriotes (UDP qui regroupe les micros partis Jeanne, Siel, etc.), épouse d’Olivier Bianciotto, condamné en janvier 2015 pour la profanation de la stèle à la mémoire du poète et militant communiste Missak Manouchian, et candidat dans la 10e. Franck Allisio confirme d’ailleurs avoir gardé “de nombreux contacts” chez LR. Et avoir échangé avec Bruno Gilles, président de la fédération les Républicains du département, sur sa candidature. On se doute qu’il va exploiter la frontière, parfois floue, sinon poreuse, entre droites populaire et extrême.

Autre donnée à prendre en compte, la présence sur cette circo d’un candidat Debout la France, Paul Roudier. Nicolas Dupont-Aignan y a rassemblé près de 2300 voix soit presque 4% des suffrages, note le candidat qui ajoute : “lors des élections départementales de 2015, DLF a obtenu environ 660 voix dans la moitié Nord de la circonscription et à peine moins dans la moitié Sud”. Si DLF poursuit son compagnonnage avec le FN, c’est vers Franck Allisio que pointera la consigne de vote. Si celle-ci est suivie cela peut compter au soir du second tour. “Nous n’avons pas d’accord avec le FN pour ces législatives, complète Paul Roudier. Je n’ai jamais donné de consigne de vote de ma vie. Ça sera encore le cas si je suis pas au second tour”.

Perspective 2020

Ce qui se joue là, outre le siège de député, c’est celui du maire de secteur. Si Valérie Boyer est réélue à l’Assemblée nationale et qu’elle souhaite y siéger, elle devra – cumul des mandats oblige –  céder son écharpe de maire pour ne garder que celle de conseillère municipale. Les barons de la gaudinie lorgnent sur le fauteuil ; une prise nécessaire s’ils veulent voir Yves Moraine accéder à la mairie centrale en 2020. La sortante, évidemment, préfèrerait qu’un de ses fidèles – comme Julien Ravier, le suppléant qu’elle a bataillé pour imposer – lui succède. Un “ami” Les Républicains décoche une dernière flèche : “Valérie s’est mis tellement de monde à dos que si le vote, qui se fait à bulletins secrets, avait lieu aujourd’hui, elle serait mise en minorité.”

Entre sous-marins, séditions et haines recuites, voilà donc Valérie Boyer, face à une délicate équation : perdre le Palais Bourbon pour garder sa mairie de secteur ; ou conserver sa députation mais mettre en péril son pouvoir à Marseille. Une partie de la droite marseillaise aiguise les couteaux dans son dos. Peut-elle être dézinguée par la gaudinie ? Elle hausse les épaules. Et glisse un “c’est la vie” philosophe, qui montre qu’elle n’est dupe de rien.

Actualisation : 8 juin à 13 h 48 : ajout des citations de Paul Roudier pour Debout la France.


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Commentaires

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  1. Paul_ Paul_

    Bonjour Mme Bonnefoy,
    Pas un mot des 2’300 voix de Dupont-Aignan dans la circo au 1er tour de la présidentielle ? Ce n’est pas un élément pertinent en relation avec le sujet de l’article ?

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  2. Zumbi Zumbi

    Juste un détail, si la stèle de Manouchian a été profanée par une bande de fascistes notoires il y a quelques temps, ce n’est pas principalement parce qu’il était “poète et communiste” comme vous le rappelez, mais parce qu’il a dirigé pendant la période du gouvernement pronazi de Vichy les groupes MOI (main d’oeuvre immigrée) des FTP (Francs Tireurs et Partisans), l’une des organisations les plus efficaces de la Résistance armée. 23 d’entre eux furent pris et fusillés en février 1944. Un souvenir que les identitaires de tout poil aimeraient effacer de l’Histoire : ces hommes étaient, comme l’a écrit Aragon, “vingt-et-trois étrangers et nos frères pourtant, vingt-et-trois qui criaient la France en s’abattant”

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    • corsaire vert corsaire vert

      bravo et merci pour cette précision d’une extrême importance à la mémoire de Manouchian …

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