La réforme du mode de scrutin à Marseille entre dans le grand bain du débat parlementaire
La commission des lois de l'Assemblée nationale a adopté, ce mercredi 2 avril, la réforme du mode de scrutin à Marseille. Ce texte pose des questions techniques qui vont être débattues par les parlementaires tout au long du processus législatif.
Est-ce que le projet de réforme de la loi PLM, qui régit le mode de scrutin pour les élections municipales à Paris, Lyon et Marseille, va finalement voir le jour ? En tout cas, les députés membres de la commission des lois viennent d’adopter, ce mercredi 2 avril, une proposition de loi en ce sens. Ce texte doit maintenant être discuté à l’Assemblée nationale le 7 avril, avant d’être débattu au Sénat. Le processus législatif relancé en février 2025 par le Premier ministre François Bayrou est encore long pour concrétiser la promesse, il y a plus d’un an, du président de la République de revoir le modèle en vigueur depuis 1982. Les municipales doivent se conjuguer au pluriel : il y a autant d’élections qu’il y a de secteurs, regroupant chacun deux arrondissements à Marseille. Pour être élu, le maire doit donc remporter les secteurs qui amènent le plus de conseillers municipaux. La réforme prévoit une seule élection à deux tours pour choisir les conseillers municipaux à l’échelle de la ville.
“C’est un sujet complexe qui ne fait pas l’unanimité”, reconnaît le président de la commission des lois, le député Florent Boudié (Renaissance, Gironde). Au niveau local, si tout le monde embrasse l’idée qu’il faut revoir ce système d’exception au profit d’un retour dans le droit commun, les critiques interviennent sur la méthode et le timing. “Si cela se fait et que ça simplifie les choses, tant mieux, mais si cela ne se fait pas, ce n’est pas grave”, déclare ainsi le maire de Marseille, Benoît Payan (DVG), en amont des discussions. Ces dernières semaines, la présidente de la métropole et du département, Martine Vassal (DVD), et le président de la région, Renaud Muselier (Renaissance), ont à plusieurs reprises dénoncé des “tripatouillages”. “Le groupe Rassemblement national est favorable à une réforme qui rend le mode de scrutin plus démocratique, plus transparent, plus clair”, estime pour sa part le député d’extrême droite Franck Allisio.
“Ce texte répond à une exigence de clarté avec un principe simple : appliquer à Paris, Lyon et Marseille le même mode de scrutin que dans l’ensemble des communes françaises”, défend le rapporteur de la proposition de loi, le député Jean-Paul Mattei (Modem, Pyrénées-Atlantiques), en commission. Sur la forme de cette réforme, il indique : “Le délai est court, mais on s’est assuré de la capacité des ministères à retranscrire ce texte. (…) Ce n’est jamais le moment, mais on a le rôle de légiférer pour le temps long sans être influencé par une élection qui doit avoir lieu quelques mois après.” Il précise plus tard lors des discussions : “On n’est pas là à tripatouiller, c’est normal de réfléchir, c’est le chemin législatif normal.”
Deux urnes et une prime à 25 %
Le premier article est celui qui revient sur le principe d’exception en choisissant une solution technique pour garantir l’élection des conseillers municipaux et d’arrondissements : l’installation de deux urnes. “Il institue deux scrutins distincts simultanés. (…) Cela implique l’établissement de deux bulletins de vote”, expliquent les députés à l’origine du texte. En commission, plusieurs élus expriment leur inquiétude à propos de ce système qui a toutefois été adopté. “Il faut faire des choses simples”, avance par exemple Laurent Lhardit (PS, Marseille), plutôt favorable à une urne. “On verra bien comment le texte évolue. (…) Il y aura peut-être un atterrissage avec un bulletin unique, je n’écarte rien”, répond Jean-Paul Mattei, en évoquant la possibilité que les députés à l’Assemblée nationale ou les sénateurs reviennent sur ce point quand ils étudieront le texte à leur tour.
Le texte adopté par la commission des lois instaure aussi une prime majoritaire de 25 % pour la liste arrivée en tête dans ce scrutin. La liste déclarée victorieuse au second tour obtient mécaniquement plus d’élus que celles arrivées derrière. Plusieurs députés ont souligné que la proposition de loi qui vise à harmoniser la situation des trois villes avec le reste des communes instaure une nouvelle exception par rapport au droit commun. Dans les grandes agglomérations, la prime est de 50 %. Pour le rapporteur du texte, cette prime à 25 % est un “correctif démocratique”, inspiré du scrutin pour les élections régionales afin d’assurer une meilleure représentation de l’opposition au sein du conseil municipal. “Il semble important que dans ces trois villes, l’opposition puisse être représentée, disposer d’élus et de collaborateurs au service du pluralisme, pour éviter un effet d’écrasement”, estime-t-il.
Le flou autour des compétences des mairies de secteur
La nouveauté majeure dans le texte amendé et adopté par la commission des lois concerne l’élection des conseillers métropolitains. Jusqu’ici, les élus marseillais étaient fléchés à partir des listes de secteur. “Dans sa rédaction actuelle, la proposition de loi ne prévoit pas les modalités de désignation des conseillers métropolitains élus (…) à Marseille. Le présent amendement propose leur élection à l’échelle des conseils municipaux (…) comme cela est le cas dans l’ensemble des autres villes de France”, ont choisi d’ajouter les parlementaires. “Tous les échanges que j’ai pu avoir tendent vers un fléchage depuis le conseil municipal”, précise Jean-Paul Mattei, alors que plusieurs amendements des divers groupes politiques penchaient vers cette solution.
Le seul grand flou qui demeure est celui entourant les mairies de secteur. “Cette réforme électorale doit s’articuler avec une réforme plus globale de l’exercice des compétences, reposant notamment sur un rôle accru des mairies d’arrondissements, échelon précieux, connu et proche des habitants”, écrivent les députés à l’origine de la proposition de loi. Mais dans les faits, cette réforme des compétences n’est pas détaillée. Seul l’article 5 mentionne : “Dans un délai de six mois à compter de la promulgation de la présente loi, le gouvernement remet au Parlement un rapport qui évalue les possibles transferts de compétences de la mairie centrale vers les mairies d’arrondissements.” “L’histoire n’est pas terminée. (…) Mais ce texte n’a pas vocation à revoir les questions de compétences”, balaie le rapporteur.
Cette nouvelle version du texte adoptée par la commission des lois sera débattue à l’Assemblée nationale le 7 avril, puis passera au Sénat dans la foulée. Les parlementaires débattront à nouveau de ces différents points et pourront les amender. De nombreuses questions techniques posées en commission par ses membres n’ont pas encore trouvé de réponses précises, comme l’organisation des assesseurs dans un scrutin à plusieurs urnes, la problématique des comptes de campagne avec le nouveau scrutin, ou encore les conséquences juridiques en cas de contentieux électoral dans le nouveau système. D’autres points stratégiques devraient refaire surface, comme les discussions sur le nombre d’élus au sein du conseil municipal et dans chaque conseil d’arrondissements.
“À ce stade de nos débats, on n’est pas au bout de la réflexion”, reconnaît le rapporteur. Sur ces doutes, Jean-Paul Mattei avance aussi : “On sait très bien que ce texte sera soumis au Conseil constitutionnel, on verra bien à ce moment-là.” Le chemin est encore semé d’embûches avant le test grandeur nature de la réforme du scrutin lors des municipales 2026.
Commentaires
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La prime de 25% au vainqueur au lieu de 50% dans les autres villes serait une anomalie démocratique et nul doute qu’elle sera censurée par le conseil constitutionnel . Comment justifier que Toulouse qui va dépasser l’an prochain en nombre d’habitants la ville de Lyon va bénéficier d’une prime de 50% alors que Lyon n’aura que la prime de 25% . Un électeur parisien, marseillais ou lyonnais ne serait donc pas égal à un électeur d’une autre ville ?
Stéphane MARI
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Très bonne remarque. Symétriquement, à ceux qui défendent le mode de scrutin actuel à Paris, Lyon et Marseille, je demande comment on explique le fait qu’il ne soit pas appliqué à Toulouse, dont le nombre d’habitants est quasiment égal à celui de Lyon.
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Il faut faire des mairies de secteur à Toulouse aussi
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Et à Bordeaux, à Lille, à Nantes, à Rennes, à Strasbourg et à ….
La France manque de maires : avec 36 000 communes, on est des rigolos, essayons d’atteindre les 100 000, on peut le faire !
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@Pascal L contentons nous des villes de plus de 500 000h, soit les 4 premières. : Paris Marseille Lyon Toulouse
A la 5e place c’est Nice, qui a 200 000h de mois que Toulouse. Et n’exagérez pas Lille et Rennes, moins peuplées que Montpellier.
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Une réforme absolument indispensable pour Marseille quand on voit le pouvoir disproportionné de S. Ghali qui ne pèse pas plus de 5% des voix sur l’ensemble de la ville.
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A Marseille c’est Madame Rubirola qui a été élu maire .
Et rien n’obligé son remplaçant , Mr Payant, à donner une telle délégation à Mme Ghali si ce n’est sans doute une vieille habitude socialiste pour les arrangements entre amis
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Pffffff ! Payan n’est pas remplaçant de Rubirola.
Il a été elu maire de façon tout à fait officielle légale normale…..
On pourrait penser que ce sujet était clos….
Et ce n’est pas faute d’explications. Surtout dans cette période où on discute justement de la loi PLM.
Effectivement cette réforme devient nécessaire, il serait très intéressant que nos élus à l’Assemblée nationale en profite pour ne pas installer d’autres distorsions.
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Je ne me souvenais pas que Mme Rubirola avait été élue maire, mais pas M. Payan : ils ont l’une et l’autre été élus par le conseil municipal, dans les mêmes conditions et de façon tout à fait régulière.
Quand on achète une entreprise, l’action qui donne la majorité vaut plus cher que les autres. C’est exactement pareil dans un conseil municipal : le siège qui donne la majorité vaut plus cher que les autres. Rien n’obligeait en effet M. Payan de donner une telle importance à Mme Ghali à part le fait que, sans elle, il n’avait pas de majorité.
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@Brasilia8 pas la peine de prendre des cours de droit constitutionnel pour comprendre le fonctionnement d’un conseil municipal et de l’élection (3e tour) du maire, ni pourquoi Samia Ghali a été faite reine. Justement la réforme proposée permettra ENFIN de sortir de ces logiques de petit boutiquier.
Quand Christian Estrosi prend la tete de la région en 2015 et se fait remplacer moins de 2a plus tard par Renaud Muselier, on ne vous a pas entendu
Quand Julien Ravier devient député à la place de Valérie Boyer (devenue sénatrice) sans passer par la case élection, on ne vous a pas entendu.
Quand Sylvain Souvestre est devenu maire du 11-12 suite à Julien Ravier devenu député, on ne vous a pas entendu.
Mais depuis 5 ans la rengaine du “maire non élu” concernant Payan (sans t, pas dur à écrire pourtant, en plus il y a meme une “rue château-payan” à Marseille, on ne fait, pas plus local comme nom) ressort quasiment tous les jours… c’est plus que lassant.
Sinon pour votre information Samia Ghali a été nommée 2e adjointe à la maire le 4 juillet 2020. C’est donc bien Michèle Rubirola qui a signé son arrêté de nomination.
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ruedelapaixmarcelpaul
ce nouveau mode scrutin n’ empêchera rien
Le maire sera toujours élu par le conseil municipal et il pourra toujours laisser sa place en court de mandat
Ce qui me gène dans cette démarche qui est tout à fait légale c’est que si Mme Rubirola n’avait pas voulu être maire elle n’était pas obligée de se présenter
C’était elle la tête de liste du PM pourquoi ne pas avoir déclaré à ce moment là son désir de laisser sa place à Mr Payan
Pour ce qui concerne les élus de droite que vous citez leur comportement m’indiffère totalement et ne justifie en rien celui de Payan sans t
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Payan en 2019 trainait en boulet d’avoir été un Guérini boy et de représenter le PS, celui de Menucci Guerini etc qui n’ont jamais su s’opposer à Gaudin, celui de Stéphane Mari (ou l’a oublié lui) parti rejoindre Macron, celui de Andrieu et compagnie multicondamnés. Il y a eu une forte opposition en interne au futur Printemps marseillais d’avoir Payan en tête de file, sans parler de la pression de Melenchon, en train de jouer à “je participe / je ne participe pas”, des écolos tentés par la liste en solo et du mouvement citoyen spontané né après les effondrements du 8 novembre et mené par Kevin Vacher. Donc Rubirola a accepté d’être tête de liste, dans l’espoir (perdu) d’une vraie union des gauches, y compris LFI, EELV et le mouvement citoyen post rue d’Aubagne.
Tout le monde s’attendait à ce qu’elle ne fasse pas un mandat complet, personne ne se doutait (je parle du bas peuple électeur) qu’elle ne tiendrait que 5 mois. Toutefois force est de reconnaitre (je n’ai jamais caché mon soutien a la majorité en place meme si comme vous Rubirola me semble infiniment plus sympathique et accessible que Payan) que le maire actuel fait avancer les choses, se plante aprfois et réussit bien plus. En revanche tant que Rubirola était maire, le groupe EELV ne se faisait pas remarquer. Depuis ils sont souvent en opposition au maire.
Et le nouveau mode electoral changera tout puisque Mme 5% ne pourra plus jouer à la minorité de blocage avec 8 de ses affidés au conseil municipal, dont 3 mis en veilleuse pour fausses procurations ou violence sur voie publique.
Je vois donc que cette disposition légale de 3e tour ne vous gêne qui si elle concerne la gauche.
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sérieusement, brasilia8, quel est le problème ???
rubirola a été élue en été 2020, payan a été élu en décembre, je crois, 2020….
5 ans donc, quasiment, à 3 ou 9 mois près.
et vous n’avez toujours pas digéré !
quel est le problème ? et que vient-il faire au milieu de cette réforme qui ne changera pas la procédure de 3e tour pour l’election du maire.
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Ouvrir un chantier aussi complexe à moins d’un a des municipales, cela a un nom: le tripatouillage !
Rappelons nous que la loi PML de Defferre a été votée le 31 décembre 1982, soit 3 mois avant le scrutin.
On voit bien ou en est quand on agite dans la précipitation.
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Ce serait dommage de minimiser les chances de Vassal d’accéder à la mairie en ne visant que la reconquete du 6/8
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Le chantier est ouvert depuis déjà plusieurs années. Aligner le mode de scrutin des trois plus grandes villes (encore qu’il y ait photo entre Lyon et Toulouse) sur le droit commun, je veux bien admettre que c’est du tripatouillage, mais au-delà des grands mots il faudrait étayer un peu cette hypothèse. Cela aboutira à compter les suffrages à l’échelle de la ville entière : où est le problème ? Ce n’est tout de même pas de la même nature que le charcutage des circonscriptions électorales auquel se livrent de temps en temps des gouvernements.
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Curieusement, pour moi ce serait justement sortir du tripatouillage.
Les mêmes listes se présenteraient sur toute la commune, les Marseillais voteraient, et la liste qui emportera la majorité sur toute la ville aura la responsabilité de la politique municipale.
Il suffit de convaincre sur toute la ville l’ensemble des électeurs.
C’est cela que certains redoutent. Ils savent qu’ils n’auront pas les voix suffisantes sur toute la commune, Alors qu’ en tripatouillant, jusqu’alors, ils avaient au moins une mairie de secteur…
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ruedelapaixmarcelpaul
Vous avez parfaitement résumé ce qui c’est passé pour ces élections
Un Payan qui arrive masqué qui n’ose pas être socialiste devient DVG Macron compatible pas vraiment le programme du PM voilà ce qui me gène
En fait de PM on se retrouve avec la SFIO
Ce que fait la droite ne me gène pas car c’est son comportement normal
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Un peu surpris par ce passage en commission d’un projet de loi aussi peu abouti alors que le sujet est sur la table depuis plusieurs années. À ce stade, il semble très loin d’être voté et s’il l’est, au delà des considérations politiques, on peut estimer qu’il va l’être un peu dans la précipitation, ce qui n’est pas bon signe.
Les oppositions c’est bien, mais si c’est pour entendre Souvestre sur tous les réseaux critiquer pour critiquer, alors que ses copains faisaient la même chose il y a 6 ans, c’est peu constructif,
Un maire de secteur doit selon moi être issu de la majorité, sinon il sert à rien sauf à passer son temps à critiquer la mairie centrale.
On a besoin de proximité et que nos élus répondent à nos problèmes sans qu’ils soient obligés de passer par un ou une élue de la majorité qui prendra un malin plaisir à ne pas les résoudre.
Enfin, concernant le switch Rubirola, Payan, il n’est pas illégal en effet, mais le comparer à celui de souvestre ou de muselier, c’est comparer l’incomparable, on a frôlé le foutage de g.
Et si ça avait été dans l’autre sens, certains crieraient ici (à juste titre), encore 5 après, au déni de démocratie.
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