Titres de séjour en retard : comment la préfecture “fabrique des sans-papiers” à la chaîne

Enquête
le 26 Fév 2026
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Les étrangers qui demandent des titres de séjour ou des renouvellements font face à des délais à rallonge, se retrouvant mécaniquement "sans-papiers" pendant plusieurs mois. Une crise impossible à quantifier, mais qui s'aggrave sans aucun doute dans les Bouches-du-Rhône.

Le tribunal administratif de Marseille reçoit "des dizaines de requêtes" d
Le tribunal administratif de Marseille reçoit "des dizaines de requêtes" d'étrangers par jour. (Photo : CMB)

Le tribunal administratif de Marseille reçoit "des dizaines de requêtes" d'étrangers par jour. (Photo : CMB)

Mesgana a 24 ans. Après avoir passé son bac en Éthiopie, elle rejoint sa famille en France, à Marseille, où elle achève d’apprendre la langue française et suit une formation dans l’aéroportuaire. Diplômée, elle enchaîne les CDD dans une compagnie aérienne, pour laquelle elle travaille comme agent d’escale à l’aéroport Marseille Provence. Pendant deux ans, les contrats précaires se succèdent. Puis “plus rien”. Son titre de séjour a expiré le 30 septembre 2025. L’employeur de Mesgana “bloque tout de suite” son contrat. Depuis, la jeune femme passe ses journées à la maison. “Ça me rend un peu dépressive”, dit-elle avec un sourire triste. Toute la famille, établie en France depuis 2017, avait demandé le ...
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Commentaires

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  1. Karine Karine

    Ça ne date pas d’hier ! J’ai honte de mon pays, honte de ceux qui le gouvernent, honte des fonctionnaires de la préfecture, dire que la france est le pays des droits de l’homme est une hérésie.

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    • julijo julijo

      oui, honte.
      honte de ce gouvernement qui n’a pas respecté le suffrage en juin 2024, honte de ces ministres qui ne respectent pas l’état de droit, honte de la traque générale des “gens qui ne sont rien” et qui pour la plupart ont un travail important pour la société.

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    • Assedix Assedix

      @julijo: cette situation honteuse va quand même bien au delà du gouvernement actuel.

      Pour vivre depuis 1 an avec une personne confrontée à ces problèmes, je découvre à quel point ce système est aberrant et que tout étranger non UE s’établissant en France à de grandes chances de passer par la case sans papier à un moment où à un autre…

      Depuis 2014, la règle générale est que l’absence de réponse de la part d’une administration vaut acceptation de la demande, ce qui a permis de faire fonctionner correctement bon nombre d’administrations. Le fonctionnement actuel de la préfecture: accueil physique ou téléphonique inexistant, impossibilité de joindre les services pour expliquer sa situation, contestation uniquement possible devant le tribunal administratif est de plus en plus intolérable dans le monde actuel.

      Je pense que la terreur autour des attentats islamistes étant sur la pente descendante, il deviendra de plus en plus evident que ces entorses à la règle commune ne protègent pas la sécurité de l’État mais bien celle des branleurs dans leur bureau.

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  2. Happy Happy

    Merci Marsactu de mettre en lumière ces pratiques administratives scandaleuses et inhumaines, qui pourrissent la vie de personnes qui ne font que faire valoir leurs droits. L’Etat de droit est bafoué. Les premières victimes, comme toujours, sont les plus fragiles, mais nous sommes tous menacés par la négation des droits.

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  3. Tyresias Tyresias

    Oui, je ne vois en effet qu’une mobilisation soutenue.

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  4. MarsKaa MarsKaa

    Cette action est politique, idéologique : montrer que la France est “envahie” de sans papiers, afficher des chiffres d’arrestations de sans papiers, pourrir la vie de gens qu’on méprise pour montrer qu’ils ne peuvent “s’intégrer”… c’est scandaleux, c’est contraire à la loi républicaine et à la constitution. Merci de mettre à jour ce mécanisme infernal Marsactu. Et comme dit dans un commentaire plus haut, nous devons nous mobiliser pour défendre les droits des personnes impactées, car leurs droits sont les nôtres.

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  5. Laurence Laurence

    Je connais une dame qui est dans le cas. La CAF avait donc suspendu son allocation logement. Situation enfin régularisée, la CAF reprend les versements en janvier mais après 3 mois sans. La propriétaire va se retourner contre la locataire pour ces trois loyers. La CAF versera-t-elle rétroactivement les trois mois ?

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  6. AlabArque AlabArque

    Merci et bravo aux gabians de remuer ces jean-foutre …

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  7. Shin KBV Shin KBV

    Déjà, avant toute chose merci à Marsactu de travailler sur ce sujet et mettre en lumière les problématiques toujours plus difficiles que traversent les personnes étrangères dans leur rapport à l’accès aux droits et à la régularisation.

    De tout ce que j’ai pu voir au boulot, la question de l’accès aux droits et la chose la plus injuste qui soit.

    L’article arrive à mettre en lumière l’émoi avec lequel ces personnes témoignent, pour autant certain points peuvent être encore plus étayé.

    – L’accès aux droits & aux allocations : La Caisse d’Allocation Familiale, France Travail, l’Assurance Maladie, la MSA, l’Assurance retraite, les complémentaires retraite. Toute ces administration suspendent purement et simplement le versement des droits dans la mesure où le titre de séjour en cours est expiré et parfois la suspensions se fait de façon préventive. C’est un véritable chaos et à l’échelle nationale ;

    – Au niveau des « récépissés », ils ne sont plus adressés de façon automatique, au lieu de ça la plateforme de l’ANEF délivre dans un premier lieu une « Attestation de dépôt de demande ». Ce document n’a d’une part aucune valeur aux yeux de l’administration publique et par conséquent on ne peut prétendre à rien avec. Dans un second lieu, et quand tout fonctionne, l’ANEF met à disposition (à condition que l’on s’y connecte pour le voir) une attestation de prolongation d’instruction qui cette fois-ci fait la différence. On y retrouve tout ce qu’il faut : validation de la prolongation du séjour, date de validité… Seuls bémols, l’API remplace le récépissé mais est elle aussi une feuille au format A4, similaire à l’attestation de dépôt de demande et ne dispose d’aucune mention de la date à laquelle le titre de séjour en question serait éventuellement prêt. Et l’administration publique joue sur ce flou et se donne le droit de ne pas recueillir ce document pour éviter la suspension / remettre en marche le versement des droits.

    – En terme de prise de contact, les rendez-vous / accueil sont inexistant. Les services de sous préfecture mette en place un site de prise de rendez-vous qui s’avère ineffectif et qui semble n’être qu’un outil pour se parer de toute critique quant à leur modalité d’accueil. Aussi elle sont malheureusement trop inégales sur la question des échanges d’informations (mail & téléphone) ;

    La Sous-préfecture d’Aix-en-Provence s’occupe de la remise des premiers titres et est impossible à contacter. Leur adresse mail existe mais ne donne pratiquement jamais lieu à autre chose qu’un message robot auquel bien sûr il n’y a aucun intérêt à répondre. La Sous-préfecture d’Istres par exemple va s’occuper de la question des renouvellement mais la aussi c’est le flou total en terme de convocation (prise d’empreinte et remise de titre) ;

    – Concernant les notifications de convocations à la Sous-préfecture (dans le cadre d’un renouvellement par exemple), c’est très souvent du grand n’importe quoi. Nullement présent sur l’espace ANEF, les convocations peuvent atterrir quand c’est le cas par pléthore de moyens : mail inopiné ou alors de réponse à une relance, SMS succin dont on peut douter qu’il puisse s’agir d’un message d’arnaque, ou alors le fameux courrier. Courrier qui par défaut fait mention du coût d’un timbre fiscal de 250€ (coût imputable à la fabrication d’un duplicata le cas échéant) mais qui ne s’applique pas quand le bénéficiaire n’a ni égaré ni détérioré son titre actuel. Du coup tout ça ajoute de l’inquiétude à l’embarras.

    – Il y a aussi la multiplicité des démarches. J’ai bien aimé comment l’article fait le lien entre l’éloignement lié au numérique et comment ça devient une politique d’éloignement des étrangers, et c’est une suggestion qui participe à dé-déresponsabiliser l’État (suis j’puis dire) qui se cache derrière le «numérique» pour appliquer une politique de restriction des droits et de coupes budgétaires dans les secteurs de l’accès au droits et au services publiques : fonctionnaires en moins, fermeture de bâtiments administratifs, changement drastique de la politique d’accueil du public (libre accueil seulement le matin, après-midi réservé au rendez-vous) quitte à ne plus accueillir dur tout.

    Le numérique a bon dos quelque part parce que le traitement que réserve l’État, par le biais des Préfectures (et sous-préfecture), mais aussi son administration public, aux personnes bénéficiaires de titre de séjours ou dans l’attente d’une attribution, c’est du racisme. Un racisme qui ne dit pas son nom, qui n’est pas émis par une seule personne à l’attention d’une autre. C’est un racisme qui fait système et qui s’inclut dans le racisme systémique, entretenue et qui s’applique à une certaine population lorsque qu’elle cherche à louer un logement ou trouver un travail.

    Encore merci pour votre article et votre travail !

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  8. Alexeï Mikhaïlovitch Alexeï Mikhaïlovitch

    Ce n’est pas un bug, c’est une fonctionnalité.

    Aidée par les Tribunaux Administratifs qui appliquent avec une extrême rigueur le délai pendant lequel on peut saisir en référé pour forcer la préfecture à délivrer un récépissé.

    La préfecture a quatre mois pour statuer sur une demande. A l’échéance de ce délai, il y a un refus implicite à contester dans les 2 mois au fond au Tribunal Administratif si la préfecture a accusé réception de la demande en citant les voies de recours, délai passant à un an si ce n’est pas le cas.

    Le demandeur doit donc introduire sa demande en référé pour obtenir un récépissé valant titre de séjour dans ce fameux délai d’examen de 4 mois. Si ce n’est pas fait, le référé est nécessairement rejeté et le demandeur du titre ou du renouvellement de titre est tenu par les retards de la préfecture.

    La seule solution est indemnitaire après une ou deux années d’instruction au Tribunal Administratif.

    Ce n’est donc pas un bug, c’est une fonctionnalité qui sert à décourager les demandeurs, et qui encourage le travail non déclaré.

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    • Alexeï Mikhaïlovitch Alexeï Mikhaïlovitch

      J’ajoute qu’il est inexact de dire qu’il s’agirait d’une crise impossible à quantifier.

      Il s’agirait pour les parlementaires de faire leur boulot de contrôle de l’action de l’administration en exigeant les données :

      – Nombre de demandes effectuées,
      – Nombre de refus et attributions,
      – Durée médiane et moeynne d’instruction du dossier,
      – Nombre de récépissés délivrés et délai médian et moyen d’attribution,
      – Nombre de demandes pendantes,
      – Classification des demandes pendantes par date.

      L’administration est capable de fournir ce chiffre et elle en a même l’obligation. Elle traînera sans nul doute.

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  9. kukulkan kukulkan

    un Etat foncièrement raciste et xénophobe. Le crépuscule du macronisme toujours plus proche des sombres obsessions de l’extrême droite !

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