DE PÉTAIN À VASSAL (CORRIGÉ)
Comme tout le monde commence à le savoir, c’était donc hier, à la télévision. Au cours d’une rencontre organisée par BFM-TV entre les quatre candidats les plus importants à l’élection municipale, Madame Vassal s’est laissée aller à dire que ses valeurs personnelles étaient « le mérite, le travail, la famille, la patrie ».
Une référence à la mauvaise histoire de la France
Madame Vassal a donc assumé les valeurs de P. Pétain. Rappelons tout de même de qui il s’agit. P. Pétain est un soldat qui avait acquis des titres de gloire au cours de la guerre de 1914-1918, mais qui, au cours de la guerre de 1939-1945, avait failli. Au lieu de poursuivre une action de défense de notre pays, il avait pactisé avec l’ennemi devenu l’occupant. En 1940, il avait accepté un armistice avec l’Allemagne qu’il avait laissée occuper la moitié de la France. Mais, en faisant cela, il avait consenti à bien plus qu’une simple occupation : il avait laissé l’Allemagne hitlérienne organiser la concentration des résistants, de certaines minorités comme les Tziganes, et des juifs, et il avait consenti à leur extermination – voire avait organisé l’aide d’auxiliaires français collaborant avec l’adversaire. La collaboration avec l’Allemagne nazie est devenue une tache sur l’histoire de notre pays. Une tache indélébile. Et madame Vassal a assumé ces mots, car, dit-elle, ce sont « ses valeurs ». Nous voilà donc en face d’une candidate au siège de maire de Marseille qui se réfère aux valeurs prônées par le responsable de l’occupation de la France et de la collaboration avec le nazisme. M. Simmarano, du parti Renaissance, a eu beau dire, après, qu’il s’agit d’une « fausse polémique », et que « Martine Vassal est aux antipodes des valeurs pétainistes », les mots avaient été prononcés, et la candidate se situait, ainsi, dans le discours et le projet d’une certaine droite, celle qui n’est pas libérale, mais autoritaire, qui n’est pas unificatrice et ouverte, mais qui est fermée, qui revendique la ségrégation et l’inégalité dans la population de notre pays, pour qui il n’y a pas un seul peuple français, mais plusieurs, dont certains sont exclus de la nation ou devraient l’être.
Un nouveau sens de l’élection municipale
Tout à coup, par ces quelques mots, l’élection municipale a changé de dimension. Même si Marseille est une grande ville, la deuxième de notre pays, nous étions en train de nous occuper d’une élection municipale, de préparer nos choix pour l’administration de la ville, et puis, désormais, ce n’est plus seulement de cela qu’il s’agit. Madame Vassal vient de déplacer les enjeux de l’élection municipale, en faisant d’elle une confrontation entre deux approches de notre pays, et, au-delà, entre deux approches de la politique et de la nation. Entre les candidats, la confrontation prend une nouvelle dimension : nous ne parlons plus de circulation automobile, de parkings et même de logement, mais nous parlons d’un projet politique, culturel et idéologique – nous parlons d’identité. En se référant aux valeurs pétainistes, Madame Vassal a donné un autre sens au choix qui nous est proposé et que nous devrons faire lors des élections : ou nous voulons une municipalité fondée sur l’exclusion, la ségrégation et les inégalités – notamment entre les quartiers, ou nous voulons une municipalité ouverte, et engagée dans l’égalité entre celles et ceux qui habitent notre ville. Accessoirement, mais il faut le dire, cela montre que les critiques d’un soi-disant antisémitisme des Insoumis n’ont plus de sens : c’est bien Pétain qui a mené une politique antisémite et c’est bien lui qui a donné à notre pays la devise « Travail, famille, patrie ». L’élection municipale, à Marseille, devient, désormais, un débat entre deux cultures politiques, entre deux conceptions de notre nation, dont notre ville fait partie.
Toujours, l’inconscient parle
Sans doute madame Vassal s’est-elle laissée emporter parce qu’elle ne connaît pas l’histoire, mais la voix de l’inconscient a parlé – une fois de plus. Et l’on ne peut rien à cette voix. Elle a eu beau revenir sur ses propos, en ajoutant « et humanité » après avoir été reprise par B. Payan, elle avait dit ces mots. Si je parle, une fois de plus dans cette chronique, de l’inconscient, c’est que c’est lui qui se manifeste sans contrôle et qui s’exprime au-delà de la censure et de la loi, disant la vérité de celle ou de celui qui parle. Car, désormais, on ne peut plus savoir jusqu’où irait madame Vassal. Une fois qu’elle a commencé à emprunter la voie (ou la voix) de l’extrême droite, elle peut aller n’importe où dans l’exclusion et la discrimination, qui ne sont pas des politiques, mais des actions se situant hors du politique, mais dans l’action de l’inégalité. L’inconscient de madame Vassal a jeté dans les poubelles de la métropole la devise de notre pays, liberté, égalité fraternité. Et comme la métropole a une très mauvaise gestion des poubelles, ces mots vont rester longtemps dans l’espace public de la ville. La vérité de madame Vassal est désormais celle de Pétain et du régime collaborationniste de Vichy. Cela donne aussi une autre signification à ses projets sur l’insécurité et la dénonciation de la violence, sur son refus d’être désignée par d’autres comme « macroniste ». Nous comprenons à présent la véritable signification du projet de madame Vassal : il s’agit de faire revenir Marseille à la politique autoritaire de notre pays, à la politique de Pétain et du régime de Vichy, fondée sur une conception de la morale qui n’est pas celle de la reconnaissance des mœurs et du politique, mais celle de la conformité à des normes qui ne sont pas des lois car elles n’ont pas été choisies par le peuple et par ses représentants, mais qui sont de simples règles édictées sans légitimité politique, mais fondées sur la conformité à des principes qui ne sont que du conservatisme. Ne nous trompons pas (ne nous trumpons pas, ai-je envie d’écrire) : la morale et les règles adoptées et suivies par nos conduites personnelles font partie du politique, car le politique est le lien entre le singulier et le collectif. Madame Vassal vient de nous dire quel était, pour elle, le sens de ce lien.
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