LA POLICE MUNICIPALE

Billet de blog
le 13 Fév 2026
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Dans toutes les villes d’une certaine importance, il existe une police municipale sous l’autorité du maire. En ce temps d’élections municipales, la question prend une certaine importance. Mais quel est le sens d’une telle police ?

Qu’est-ce que la police ?

La police est l’administration chargée, sur le plan national comme sur le plan local, de veiller à ce que l’espace public ne soit pas dangereux ni menaçant, que l’ordre public et la sécurité soient assurés. Le nom de la police est issu du mot latin politia, qui désigne l’administration, le gouvernement, venant lui-même du mot grec polis, qui désigne la cité. On pourrait ainsi dire que la police, au sens où il s’agit de la désignation politique de l’ordre public, désigne ce qui rend possible une vie de la cité sans danger, sans menace, qu’il s’agisse des dangers de la circulation routière, des violences qui peuvent affecter la vie quotidienne dans la ville, ou encore des menaces qui peuvent affecter la citoyenneté, c’est-à-dire la vie dans la cité, dans la civitas, dans l’espace des citoyens. C’est ainsi qu’il est essentiel de ne pas confondre, comme, malheureusement, c’est devenu une habitude, d’un côté la sécurité et l’ordre et, de l’autre, la répression et la surveillance. À l’échelle de la vie dans la ville, peut-être est-il nécessaire qu’il existe une police régulant les relations sociales et les leur évitant d’être menaçantes. Une véritable police dans la politique de la ville, une police rationnelle, permet que nous nous reconnaissions toutes et tous comme habitantes et habitants de la même ville. C’est cela, au fond, la police :ce qui permet à l’identité urbaine de s’exprimer sans danger dans le quotidien de la vie sociale.

 

Police nationale et police municipale

Il existe ainsi deux polices – ou, si l’on préfère, deux administrations de la police. La première est la police nationale, qui est l’instrument de l’état pour assurer l’ordre et la tranquillité publique à l’échelle d’un pays. Sans doute même la police nationale est-elle ce qui permet qu’ait pleinement lieu une vie sociale sans danger dans le pays dans lequel nous habitons. Quant à la police municipale, elle a les mêmes fonctions, à l’échelle de la ville. Mais trois faits donnent un caractère particulier à la police municipale. Le premier est qu’elle connaît la ville, ses habitants, ses habitudes, sa culture. Alors que la police nationale vient d’ailleurs dans la cité et qu’ainsi, elle ne fait pas partie des habitudes et du quotidien de la ville, la police municipale s’inscrit dans le temps et l’espace de la cité. À Marseille, la police municipale connaît les caractéristiques des quartiers de la ville, la différence entre les quartiers riches et ceux qui le sont moins. Elle connaît aussi les axes de la circulation urbaine et les lieux où elle peut être plus dangereuse qu’ailleurs. Le second fait qui distingue les deux polices l’une de l’autre est qu’à Marseille, la police municipale connaît les sources de violence de la cité en ayant l’expérience des actes qui y sont commis, mais aussi en connaissant les sources éventuelles de ces actes de violence – ne serait-ce que, parce qu’en connaissant l’urbanisme de la ville et en en connaissant les quartiers, elle est plus à même que la police nationale d’articuler sa fonction à celles des personnes et des institutions chargées des politiques sociales. Un troisième fait donne à la police municipale une particularité : elle connaît les trafics de la ville, qu’il s’agisse des trafics légitimes comme les marchés ou les lieux ordinaires d’échange et de commerce ou des trafics qui ne le sont pas, comme les trafics de stupéfiants. La police municipale a plus de moyens que la police nationale pour y mettre fin ou, au moins, pour en protéger la ville car elle les connaît, elle connaît leurs acteurs. Surtout, la police municipale peut plus facilement que l’autre mettre en œuvre une véritable politique de prévention.

 

La police municipale et la figure urbaine de la sécurité 

Si la police est chargée de la sécurité, la police municipale comprend ce que l’on appelle la sécurité urbaine. À Marseille, la sécurité ne se limite pas au maintien répressif de l’ordre, mais ce que l’on peut appeler la figure urbaine de la sécurité se fonde sur d’autres éléments, sur d’autres critères. Le premier consiste dans les échanges et dans la circulation entre les quartiers de la ville. La violence et les inégalités ont aggravé les différences entre les quartiers de la ville au point que l’on se demande parfois si, quand on navigue d’un quartier à l’autre, on est toujours dans la même ville. Le rôle de la police municipale devrait être de comprendre et de faire comprendre la gravité de ces inégalités en rendant possibles les échanges et les déplacements entre toutes celles et toutes ceux qui habitent la ville. La sécurité dans la ville consiste dans un second élément qui relève davantage de l’urbanisme et des aménagements urbains. La police a un rôle à jouer en permettant que les aménagements qui organisent la ville permettent d’éviter les dangers d’accès aux lieux de la ville et de circulation entre eux. Trop de lieux à Marseille ne sont pas tant dangereux en raison de violences entre les personnes qu’en raison des menaces liées à la dégradation de l’espace urbain. C’est aussi à la police de faire en sorte d’assurer ainsi l’absence d’inquiétude dans les déplacements. Enfin, c’est la circulation elle-même dans les rues qui peut faire prendre des risques, à la fois par l’absence de signalisation et de réglementation faisant de la rue un espace de danger et par la multiplication des modes de transport qui nécessitent des protections particulières. En particulier en raison de l’accroissement de leur nombre et de leur diversification, les voitures particulières, les motos et les scooters, les trottinettes sont devenues des dangers dont la police a à nous protéger.

 

L’imaginaire de l’ordre et de la sécurité 

S’il y a un imaginaire de l’ordre et la sécurité, il tient à des fantasmes qui associent Marseille au danger comme il fut un temps où la ville de Chicago était associée au gangstérisme – au point que c’est à Chicago que s’est mise en place une école d’urbanisme qui a su articuler aménagements, vie urbaine, lutte contre la violence et politique culturelle. C’est cet imaginaire de la sécurité qu’il faut construire à Marseille en se débarrassant des figures liées à la violence et des menaces imaginaires dont seule une politique répressive pourrait nous protéger. Sans doute faut-il aussi, à Marseille plus encore qu’ailleurs, séparer et distinguer ordre et sécurité. À Marseille, la sécurité ne repose pas tant sur l’ordre que sur une véritable politique du logement, de la culture et des relations sociales entre les habitants de la ville. Il importe de remplacer l’imaginaire de droite de la sécurité par un imaginaire de gauche de la ville où l’ordre et la sécurité auraient une autre place. L’imaginaire de droite de la sécurité est celui qui, articulé au souci de l’ordre et à la répression, recherche une sécurité fondée sur la protection des milieux favorisés et sur le maintien des inégalités qui leur assure leur place dans la ville. En revanche, un imaginaire de gauche fonde la sécurité sur la recherche d’une vie dans la ville consistant dans des relations entre tous les quartiers, dans des constructions qui ne soient pas dégradées et qui permettent d’habiter dans des logements bien entretenus, et pouvant s’exprimer grâce à l’existence de lieux de rencontre et de communication remplaçant la violence par les relations entre les habitants : par de l’urbanité. C’est là l’enjeu des élections municipales et de la désignation du maire et de son exécutif : faire retrouver à Marseille une véritable vie urbaine.

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