PÉRISCOLAIRE : CE QUE LA VILLE PROMET À LA PRESSE, CE QU’ELLE ÉCRIT DANS SES CONTRATS

Billet de blog
le 27 Août 2026
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PÉRISCOLAIRE : CE QUE LA VILLE PROMET À LA PRESSE, CE QU’ELLE ÉCRIT DANS SES CONTRATS
PÉRISCOLAIRE : CE QUE LA VILLE PROMET À LA PRESSE, CE QU’ELLE ÉCRIT DANS SES CONTRATS

PÉRISCOLAIRE : CE QUE LA VILLE PROMET À LA PRESSE, CE QU’ELLE ÉCRIT DANS SES CONTRATS

Lettre ouverte aux élus de la majorité municipale

Marseille, le 27 août 2026

À Monsieur le Maire de Marseille, à Mesdames et Messieurs les adjointes et adjoints, à Mesdames et Messieurs les conseillères et conseillers municipaux de la majorité,

À quelques jours de la rentrée, la Ville a présenté dans la presse (La Provence, 26 août) les ambitions de son nouveau marché périscolaire pour 2027 : un accueil « jusqu’à 18 h 30 dans les 470 écoles », des « contrats de 24 heures par semaine », la fidélisation et la montée en compétence des animateurs, la « tolérance zéro » face aux violences.

Nous partageons ces objectifs. C’est précisément pourquoi nous vous écrivons : ils ne figurent pas dans le contrat.

Une exigence portée par 500 parents

Notre démarche ne date pas de cet été. 500 parents ont signé, sur urgence-marseille.fr, la pétition exigeant la sécurité des enfants sur les temps périscolaires : des encadrants formés, des signalements immédiats, de la transparence sur les équipes. Le cahier des charges pour le marché du périscolaire à venir (consultation 26_0766) reprend une partie de ces exigences : charte de l’encadrant, formation aux violences dans le mois suivant la prise de poste, signalement le jour même à la CRIP 13 et au SDJES, pause méridienne enfin déclarée en accueil collectif de mineurs, formation « jusqu’à l’obtention du diplôme ». Nous en prenons acte : la mobilisation des parents a laissé son empreinte jusque dans les pièces du marché. Mais la sécurité des enfants ne se sépare pas de la condition de celles et ceux qui les encadrent.

Et là, le compte n’y est pas.

Le scandale du périscolaire parisien (78 animateurs suspendus au premier semestre 2026, dont 31 pour suspicion de violences et de violences sexuelles) a ébranlé le pays entier. Nous avons du mal à imaginer que Marseille en soit, par miracle, préservée. Les facteurs de risque y sont les mêmes, et parfois aggravés : recrutements dans l’urgence à chaque rentrée, rotation permanente des équipes, plus d’un tiers d’animateurs sans diplôme identifié, des adultes que ni les enfants, ni les parents, ni parfois les directions d’école n’ont le temps de connaître.

La meilleure protection des enfants n’est pas une charte de plus : c’est un encadrant stable, formé, connu de tous, qui reste.

Certains diront que les contrats de 20 heures correspondent aux besoins d’étudiants ou de jeunes en début de parcours ; nous répondons que nos enfants méritent de vrais animateurs, qui veulent faire de l’animation un métier, et non un simple appoint financier.

La professionnalisation n’est pas une revendication corporatiste : c’est une mesure de protection de l’enfance.

Ce que disent les pièces du marché

L’état des masses salariales publié au dossier de consultation, après l’absence, puis les deux versions en huit jours dont un assemblage PDF illisible et non anonymisé retiré après nos signalements, décrit la réalité du métier : une quotité médiane de 19,5 heures hebdomadaires, un salarié sur quatre sous 15 heures, des taux horaires médians de 12,25 à 12,97 € bruts, les médianes de deux opérateurs étant même inférieures au SMIC revalorisé du 1er juin 2026, preuve au passage que les données publiées sont périmées. 400 des 440 CDD recensés se sont éteints le 3 juillet. Plus d’un tiers des animateurs n’ont aucun diplôme identifié, et la part de non-diplômés s’est dégradée de 16 points chez le plus gros opérateur du marché entre 2022 et 2026. Enfin, la version actuelle de l’annexe ne permet toujours pas de chiffrer la reprise de 61 % des salariés : volumes horaires absents pour 319 d’entre eux, unités incomparables pour 478 autres.

La déclaration de la pause méridienne en accueil collectif de mineurs demeure toujours aussi partielle puisque limitée à deux animateurs, la règle automatique du 3ème selon le nombre de rationnaires n’est plus.

Cette précarité n’est d’ailleurs pas l’apanage des prestataires : la Ville l’organise elle-même pour ses propres agents. Nous l’avons documenté en septembre dernier dans l’Agora de Marsactu (« La précarité n’est pas un métier : 350 € par mois pour surveiller nos enfants ») : aux ASIC de l’ancienne majorité, agents de surveillance interclasse cantine payés pour 10 heures par semaine avec le repas compris, ont succédé les AAPM, agents d’accompagnement de la pause méridienne, soit 390 postes créés à la rentrée 2025 pour 8 heures par semaine et 350 € nets par mois, sans même le repas de midi, afin d’encadrer la pause méridienne de plus de 40 000 enfants. Changer le sigle n’a pas changé le système. Certains élus nous répondront que ces postes rendent service à des habitants dans le besoin, ou que ce métier n’est qu’une passerelle vers la professionnalisation. Ce n’est pas notre conception du travail : on ne lutte pas contre la précarité et la pauvreté en institutionnalisant des emplois qui y maintiennent.

 

Ce que la Ville promet à la presse et n’écrit pas au contrat

Les « contrats de 24 heures par semaine » annoncés par l’adjointe ne figurent dans aucune clause du CCTP : c’est une incitation verbale, pas un engagement contractuel.

L’accueil « jusqu’à 18 h 30 dans les 470 écoles » non plus : le CCTP prévoit une fin « à 17h30 ou 18h30 selon les écoles », ce nombre pouvant évoluer « à la hausse ou à la baisse ». La pièce contractuelle réserve explicitement la possibilité inverse de la généralisation annoncée.

Quant aux « 76 000 enfants potentiellement » concernés, la matrice de répartition du dossier recense environ 7 190 enfants accueillis en moyenne le soir dans 279 écoles ouvertes.

Un objectif qu’on ne met pas dans le contrat est un objectif qu’on ne s’engage pas à financer.

Et pendant que la Ville affiche la fidélisation, le plus gros opérateur du marché, Léo Lagrange, supprimait la misérable prime de quelques dizaines d’euros de fin d’année de ses animateurs pour trois ans, en invoquant les difficultés financières du groupe : un signal préoccupant sur la solidité du premier titulaire du plus gros marché périscolaire de France. Précision qui a son importance : depuis le 1er janvier 2025, les animateurs marseillais de Léo Lagrange Méditerranée  ont été transférés à Léo Lagrange Animation, l’entité nationale dont le siège est à Paris, à l’adresse même de la Fédération. La suppression de la prime, mauvais signe,  frappe l’ensemble des animateurs de Léo Lagrange Animation en France : les décisions qui touchent le périscolaire marseillais se prennent désormais à Paris, loin des écoles, des équipes et de la collectivité qui finance.

Une filière qui s’effondre, un précédent qui inquiète

Ces difficultés ne sont pas propres à Marseille : c’est toute la filière de l’éducation populaire qui vacille. Léo Lagrange sort d’une restructuration nationale, la fusion de ses associations régionales au sein de Léo Lagrange Animation, sur laquelle deux chambres régionales des comptes ont porté des constats sévères : une structure « organisée comme une entreprise de services en quête de marchés » (CRC Pays de la Loire), des indicateurs sociaux dégradés précisément sur le périscolaire, un suivi peu structuré des contrats passés avec les collectivités (CRC Occitanie).

La Ligue de l’enseignement, elle, voit ses fédérations tomber une à une : Bourgogne-Franche-Comté en redressement judiciaire depuis septembre 2025, Lozère depuis mai 2026. Et le secteur entier alerte : recul constant des financements publics depuis 2022, associations contraintes de puiser dans leurs fonds propres, dépôts de bilan qui ne sont plus des hypothèses d’école.

Marseille sait déjà ce qui arrive quand les opérateurs historiques s’effondrent : début 2026, sur le marché de la médiation sociale, une toute jeune structure a évincé d’un coup les cinq associations historiques de la ville, avant que ses méthodes (géolocalisation des agents, recours à des auto-entrepreneurs) ne fassent polémique. Rien ne garantit que le périscolaire échappe à ce scénario : des « startupers de l’animation » sans projet éducatif, sans convention collective et sans ancrage, remplaçant une filière patiemment construite depuis un siècle. La question que nous vous posons est donc aussi une question de continuité du service public : que prévoit la Ville si un titulaire de douze lots défaille en cours de marché ?

Notre proposition : une filière municipale de l’animation

Trois blocs d’activité mobilisent aujourd’hui les mêmes profils d’animateurs : le périscolaire, les centres sociaux et les centres municipaux d’animation gérés par les mairies de secteur. Trois blocs disparates, gérés en silos, sans passerelle entre eux. La Ville a eu l’occasion historique lors de la précédente mandature de les rassembler ; elle a fait l’inverse en transformant les Maisons pour tous en centres sociaux financés par appels à projets, ajoutant la précarité des structures à celle des personnes. Rassembler ces besoins autour d’un projet global, périscolaire et extrascolaire, permettrait de construire de vrais temps pleins et de vraies carrières, c’est-à-dire, exactement, la fidélisation et la montée en compétence que la majorité dit rechercher.

Nos demandes

Nos interpellations ont déjà produit des résultats : après nos signalements, la Ville a reformaté l’annexe des masses salariales par avis modificatif du 14 août, et rétabli dans les bilans annuels du dossier de consultation le suivi de la masse salariale, des équivalents temps plein et des conventions collectives, sans lequel aucun objectif de fidélisation n’est mesurable. La preuve est donc faite que le dossier peut être corrigé en cours de consultation. Voici nos demandes :

  • Inscrire au contrat ce qui est promis à la presse : l’objectif de contrats de 24 heures et la généralisation de l’accueil jusqu’à 18 h 30, par pièces modificatives avant la remise des offres ; la Ville a montré le 14 août qu’un avis modificatif est possible.
  • Rétablir dans les bilans annuels le suivi de la masse salariale, des équivalents temps plein et des conventions collectives, sans lesquels aucun objectif de fidélisation n’est mesurable.
  • Compléter l’annexe « État des masses salariales » (volumes horaires des 319 salariés de La Ligue, unités comparables pour les 478 salariés de Léo Lagrange, primes et avantages exigés par le CCAP en vigueur) et, si ces compléments sont tardifs, reporter la date limite du 16 octobre.
  • Publier la table de correspondance des lots 2023-2026, indispensable aux candidats comme au contrôle citoyen.
  • Ouvrir le chantier d’une filière municipale de l’animation, en réunissant opérateurs, mairies de secteur, animateurs et parents.
  • Répondre publiquement aux 500 parents signataires de la pétition sécurité : leurs exigences ont été partiellement reprises ; ils sont en droit de connaître le calendrier et les moyens du reste.

Notre démarche est militante en défense du service public. La deuxième ville de France gère le plus gros marché périscolaire du pays : elle pouvait faire mieux, elle devait faire mieux, elle le peut encore, dans l’intérêt de ses enfants et de ses habitants.

Le Collectif des écoles de Marseille, collectifecole@marslibre.net avec près de 500 parents signataires de la pétition sécurité périscolaire (https://urgence-marseille.fr/)

Pièces disponibles : analyses publiées dans l’Agora de Marsactu (6 et 22 août), note d’analyse chiffrée de l’annexe masses salariales, comparatif des cahiers des charges 2023/2026, avis modificatif du 14 août.

P.S. Un mot, enfin, sur la communication de rentrée. La Ville persévère à chiffrer à « 110 € d’économie pour les familles » ses fournitures scolaires gratuites. Le kit individuel remis à chaque élève vaut tout au plus une trentaine d’euros. Le reste correspond aux fournitures collectives commandées par les enseignants : une dépense obligatoire de la collectivité, prise en charge par la Ville depuis toujours, que les familles n’ont donc jamais payée. On ne fait pas « économiser » aux gens une dépense qu’ils n’ont jamais faite. Les parents ne sont pas idiots et connaissent la valeur des choses, cet artifice est au mieux risible, au pire ridicule. 

Citoyen-ne-s-de-marseille.fr

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