LES AILES DU GABIAN

MARSEILLE UN NOUVEL ESPACE POLITIQUE

Billet de blog
le 27 Mar 2026
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Après les résultats de l’élection municipale, les acteurs politiques marseillais vont réfléchir, et tenter d'entreprendre les transformations des institutions de Marseille, liées à cette élection.

L’exécutif marseillais

Le nouvel exécutif marseillais est donc dirigé par un « Printemps » triomphant. Porteur d’une majorité absolue à lui tout seul au sein du Conseil municipal avec 55 sièges sur 101, B. Payan peut faire ce qu’il veut. Il a un pouvoir sans discussion, et, surtout, la gauche dirigeante n’a plus rien de pluriel depuis le retrait des Insoumis. Le maire a renforcé son pouvoir après avoir écarté de la direction de la municipalité l’écologiste Michèle Rubirola et après avoir connu l’élection de 2026 davantage comme une légitimation de cette forme de coup de force qu’a été sa prise de pouvoir en 2020 que comme une véritable élection. Le maire ne trouve plus de véritable contestation au sein de son équipe exécutive, et la façon dont il a écarté les Insoumis d’une éventuelle fusion des listes en vue du second tout n’était, sans doute, rien d’autre qu’une affirmation de ce pouvoir hégémonique – parée, il est vrai, d’une justification morale dans l’évocation de violences qu’il aurait pu subir au cours de la campagne électorale. Sans doute pourrait-on faire remarquer à B. Payan qu’une véritable victoire et l’établissement d’un véritable rapport de forces auraient consisté dans, au contraire, dans la conclusion d’un « contrat de municipalité » avec les Insoumis, distinguant les excès d’une campagne électorale des modes d’exercice du pouvoir. 

 

Les mairies de secteur

Avec les résultats de cette élection municipales, les mairies de secteur ne vont, sans doute, pas avoir la même place que celle qu’elles avaient auparavant. Six secteurs seront dirigés par la gauche : le premier par Sophie Camard (ex-Insoumise tant rejoint l’Union à gauche, le second par Anthony Krehmeier (l’Union à gauche), le troisième par Didier Jau (l’Union à gauche), le quatrième par Olivia Fortin (l’Union à gauche), le sixième par Tina Biard Sansonetti (l’Union à gauche) et le huitième par Samia Ghali (l’Union à gauche). Deux secteurs ont été « conquis » par le R.N. (le cinquième secteur sera dirigé par Eleonore Bez et le sixième par Olivier Rioult). C’est une des marques de la tendance de « l’Union à gauche » à l’hégémonie, à la fois par le nombre de secteurs qu’elle va diriger et par le fait que, comme à la mairie centrale, seul le R.N. constituera une opposition, en quelque sorte illégitime par définition, compte tenu des discours et des positions de ce parti. C’est ainsi qu’alors qu’elles auraient pu en figurer un, les mairies de secteur ne constitueront pas véritablement un contre-pouvoir, mais devront se contenter ou de suivre la politique du maire ou de n’être que des opposants.

 

Les institutions de la métropole

C’est la métropole qui est le lieu des plus grandes incertitudes, à la fois en raison de l’effondrement de la droite de M. Vassal au Conseil municipal de Marseille et en raison du retrait de cette dernière des fonctions de présidente. On ne sait pas ce que sera l’orientation politique de la métropole, car il existe encore trop de questions sans réponse. D’abord, même si elle dispose du nombre le plus important de sièges au Conseil métropolitain, l’Union à gauche n’y a pas la majorité absolue, et aucun parti ne l’a. Il faudra donc se contenter de délibérations et de votes sur chacune des questions qui seront débattues. Ensuite, la répartition des sièges au Conseil municipal de Marseille aura, sans doute, une incidence sur la vie politique de la métropole, mais une tells incidence est, elle aussi, en grande partie imprévisible, et peut dépendre de données dont on ne se sait encore rien concernant les alliances, les accords, entre élus au fil des domaines débattus par les institutions de la Métropole. Au-delà même, peut-être serait-il sage de profiter de ces élections municipales pour engager une réflexion critique sur le bilan de l’activité de la Métropole et sur une éventuelle révision de ses pouvoirs.

 

La gauche marseillaise

Le décès de l’inventeur de la gauche plurielle, L. Jospin, a un écho particulier à Marseille : il contribue, à sa manière, aux questionnements de la gauche marseillaise après cette élection municipale. L’hégémonie du P.S., le retrait des Insoumis, les questionnements des Écologistes, tout cela contribue à l’exigence d’une recomposition de la gauche et à la formulation de nouvelles exigences. D’abord, on peut craindre que, malgré de multiples promesses et, sans doute, quelques espoirs, B. Payan et son équipe ne retrouvent, à la municipalité, les anciennes formes de pouvoir de cet autre temps du socialisme politique triomphant : celui de G. Defferre. En ce temps, tout était dirigé, contrôlé, par le règne incontesté du maire, et l’aventure de Sébastien Delogu laisse craindre que nous n’en soyons revenus à l’époque de Defferre, maire de 1953 à 1986, année de son décès, après l’avoir été brièvement au temps de la Libération, avant l’élection du communiste Jean Cristofol. Mais, pour comprendre les logiques d’une telle hégémonie, sans doute faut-il revenir aux années trente, à l’emprise du populiste S. Sabiani et de ses réseaux sur la ville, les formes de cette emprise ayant quelque chose à voir avec les pouvoirs d’une mafia. Après le renoncement de S. Delogu, les Insoumis ne peuvent constituer un contre-pouvoir de gauche, et les Écologistes n’ont pas un poids suffisant, au sein de la municipalité, et, au-delà, dans l’espace politique de Marseille, pour en constituer un, en-dehors d’une simple position de critique ds projets du maire. Sans doute faudra-t-il exercer une grande vigilance sur le pouvoir de B. Payan pour empêcher que Marseille ne retombe dans des formes de pouvoir qu’elle a pu connaître à d’autres époques de son histoire.

 

La droite

La droite marseillaise va devoir faire des choix. En effet, la droite que l’on appelle « libérale-démocrate » n’existe pratiquement plus et ne dispose plus de voix dans les institutions de la Métropole. À la fois par rejet de la politique nationale d’E. Macron, en exprimant un désaccord profond sur la politique menée par Martine Vassal et en raison de l’incertitude des politiques engagées par les municipalités de la Métropole, on ne peut pas savoir ce que deviendra la droite – et cette incertitude permet de comprendre une des raisons de l’ampleur de son échec à Marseille. Quant à l’extrême droite du R.N. et de F. Allisio, elle semble la seule force politique en mesure de représenter la droite dans la ville. Cela a deux significations. La première est simple : à Marseille, la droite, c’est l’extrême droite – et nous voilà revenus, une fois de plus, au temps des mafias, du gangstérisme, de la violence et de l’exclusion des années trente. Cette identification de la droite à l’extrême droite tient, en particulier, aux raisons sociales de l’existence de la droite : il ne peut s’agir d’une droite libérale dominante par la richesse, car Marseille n’est pas une ville riche. Cette droite-là est représentée par un R. Muselier qui, de ce fait, ne peut avoir de pouvoir qu’à la Région. L’autre explication de cette identification de la droite marseillaise à l’extrême droite et au R.N. a des explications plus idéologiques, et se comprend davantage sur le plan national : la droite de notre pays n’a jamais compris ce qu’est le libéralisme, et cela explique l’échec d’Emmanuel Macron et de sa politique. C’est le même échec qui a conduit M. Vassal à celui de la droite libérale à Marseille. Mais, comme d’habitude, si le R.N. entonne un « chant des sirènes » de droite qui peut sembler séduisant, il serait bien incapable de proposer une politique à la ville de Marseille et à la métropole et, en plus d’un échec sur le plan culturel et idéologique, il nous conduirait à un échec économique.

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