La 1ère circo, ce “swing state”

Reportage
le 22 Mai 2017
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Arrachée de justesse par Valérie Boyer (LR) en 2012 face à Christophe Masse (PS), cette circonscription fait partie de celles dont le résultat est loin d’être écrit. Récit de la semaine de (pré) campagne. Entre porte close, Ironman et passion animale.

Lundi 15 mai, 18 heures. En contrebas de l’avenue des Caillols, quelques personnes patientent. A l’ombre des grands pins et du centre médical, elles attendent l’ouverture du local de campagne de Valérie Boyer. La députée et maire de cette circonscription, qui comprend le 11e arrondissement, le 12e et une partie du 10e, rempile. Celle qui a arraché la députation avec 505 voix d’avance sur le socialiste Christophe Masse en 2012, sera opposée à vingt-et-un autres candidats que les 74 000 inscrits auront à départager.

Ce lundi, la sortante – qui fêtera le jour du premier tour, le 11 juin prochain, ses 55 ans –  a convié ses militants à sa permanence. Mais pas la presse. “Qu’est-ce-que vous faites là ?”, interroge sèchement l’élue à son arrivée. Aujourd’hui, Valérie Boyer n’a pas envie “de perdre du temps avec les journalistes” qui écrivent à son endroit “des papiers à charge”. Porte close, donc pour Marsactu. “Ce n’est pas une réunion publique, mais une réunion de famille”, poursuit l’ex porte-parole de François Fillon.

Un militant LR colle pour la députée sortante . Photo : Coralie Bonnefoy.

Il ne s’agit, il est vrai, ni d’une inauguration de local, ni d’un lancement officiel de campagne. Lequel a d’ailleurs été reculé. Il devait avoir lieu au parc de la Moline samedi 20 mai, mais se tiendra finalement le mercredi 31 mai à la brasserie le Village, à Saint-Barnabé. Un cadre des Républicains y va de son petit coup de griffe : “Ça a un côté ‘panique à bord’ franchement inquiétant. J’ai très peur que Valérie souffre beaucoup sur cette élection.”
Peur ou envie ? La frontière est parfois mince. Et l’hostilité à l’égard de la candidate, jusque dans son propre camp, tient du secret de polichinelle. De là à vouloir la voir trébucher… “Si elle finit 2e c’est une contre-performance et 3e, une catastrophe. Elle est sortante, c’est un avantage. Mais le FN est sur une dynamique et En Marche ! va bénéficier de l’embellie qui suit toute présidentielle”, pronostique un élu du mouvement.

 

Mardi 16 mai, 9h. Investi cinq jours plus tôt par la République en Marche (REM), Pascal Chamassian, 51 ans, court la circonscription pour dénicher un local de campagne. Cadre supérieur chez Orange, conseiller d’arrondissement d’opposition (apparenté PS) dans le centre-ville (2e  secteur), il se pose ici en challenger. “Cette circo, c’est un peu notre swing state ! Un endroit où les enjeux sont très forts et où tout peut arriver…” Face à Valérie Boyer, il convient qu’il pâtit d’un déficit d’image. “Mais elle va endosser tout ce qu’on a reproché à Fillon pendant la campagne.”

Figure nationale des associations arméniennes Pascal Chamassian a longtemps accompagné la carrière politique de son ami Christophe Masse. Aujourd’hui, il s’affranchit et ambitionne d’offrir “un nouveau logiciel qui prenne à la droite comme à la gauche. Car la politique est en train de mourir de ses vieux clivages”. Son principal rival ? Le FN dont la candidate, Marine Le Pen arrive en tête dans la circonscription avec 29,7% des suffrages au soir du premier tour de la présidentielle. “C’est une vraie menace sur la circonscription”, assure-t-il. En retour, le FN le voit en “vieux de la vieille du socialisme local, à qui on a mis un perruque pour faire croire au renouveau”.

Ce même matin, Gérard Oreggia, 53 ans, candidat investi par le Parti socialiste, sirote un café avec Isabelle, son épouse et mandataire financier, dans la galerie marchande de Saint-Barnabé. Issu d’une famille italo-corse, le président de la Ligue régionale de triathlon s’aligne pour la première fois dans une compétition politique. Désigné après un vote interne au PS face à Yannick Ohanessian – très implanté, mais moins en odeur de sainteté auprès du premier fédéral départemental – il n’avait pas sollicité l’investiture.

Ce coureur d’Ironman, ces triathlons XXL, sait ses chances d’atteindre le second tour peu élevées (Benoît Hamon a fait moins de 5%  au premier tour de la présidentielle sur cette circonscription). Philosophe, il réinvente la maxime de Pierre de Coubertin : “La finalité, ce n’est pas de gagner, mais de porter des idées.” Le sportif fustige –  du bout des lèvres, parce qu’il n’aime pas “critiquer les personnes”, et d’une manière très personnelle –  le cumul de mandats de Valérie Boyer : “On ne peut pas être boulanger et charcutier”. Lui promet d’être un député “à 100 %  à  l’écoute d’un territoire fracturé“. Vallsiste lors des primaires, Gérard Oreggia regrette qu’un « ticket » PS-En Marche n’ait pas été imaginé. “J’étais prêt à être suppléant ou à me mettre en retrait si un accord était trouvé, je ne peux pas mieux vous dire.”

Mercredi 17 mai, 10h30. Le soleil cogne dur sur le parking de la cité Le Bosquet, dans le 11e, où l’équipe de Bernard Borgialli a garé la camionnette rouge de la France Insoumise. Faute de moyens, ce cheminot de 45 ans se dispense d’un local et invente une campagne itinérante au volant de son fourgon. Aux pieds des tours de l’ensemble immobilier Bosquet-Néréides, les militants ont déployé des affiches de Jean-Luc Mélenchon et posé des piles de tracts vantant le programme de l’Avenir en commun. Quelques habitants passent.

La caravane de la France insoumise sillonne les quartiers de la 1ere circo. Photo: Coralie Bonnefoy

Astrid – chignon en bataille, chemisier orange et chaussures dorées – alpague le candidat. Pour elle, Mélenchon a perdu “parce qu’il n’a pas écouté ce que le peuple avait à dire sur la fermeture des frontières”. La vieille dame s’irrite : “Je veux pas toutes les fourmis dans mon jardin ! Un peu chez la voisine, un peu chez le voisin. Pas toutes chez moi, vous comprenez ?” Bernard Borgialli comprend. Et sort les rames pour replacer la problématique des migrants dans un contexte international. Astrid s’arc-boute : “Et puis ceux qui arrivent chez nous, je veux qu’ils soient civilisés, qu’ils viennent pas pour nous tuer…” Dans cette vallée de l’Huveaune où le taux de chômage dépasse parfois les 20% (14,9% dans le 11e arrondissement, 10% au national), le FN a réalisé ses meilleurs scores marseillais : 47% des voix sont revenus à Marine Le Pen par endroits au premier tour. Et jusqu’à 57% au second. Vierge en politique, Bernard Borgialli rêve pourtant de faire entrer “le combat social et l’humanisme au Palais Bourbon”.

En fin d’après-midi, ce mercredi, Pascal Chamassian est satisfait. Il a trouvé un local. Valérie Boyer tient au même moment un apéro de campagne aux Accates, après avoir fait la tournée des stades de Bois-Luzy, la Pomme et des Caillols. Portes toujours closes.

Jeudi 18 mai, 9h20. Gérard Oreggia dépose sa candidature en préfecture. Franck Allisio, investi là par le Front national, se prépare, lui, à tracter à Saint-Barnabé. Le conseiller régional frontiste de 36 ans est le plus jeune des “gros” candidats. Mais il joue la gagne. “La logique veut qu’on aille vers une triangulaire. Avec Valérie Boyer qui, malgré sa présence médiatique parfois contreproductive pendant la campagne, a acquis une aura certaine ; Pascal Chamassian, le candidat En Marche ! en peau de lapin et moi”, synthétise-t-il. Il veut croire que cette équation lui sera favorable au second tour : “Là, il y aurait une vraie chance pour nous. Dans un mano a mano, bien sûr, ce serait plus dur”.

Un peu avant midi, Franck Allisio pousse la porte de la Maison Dastru, le traiteur de la rue Montaigne. Au-dessus des flans et des tartelettes à la framboise, il tend son tract et évoque Stéphane Ravier, “un type bien, vous savez”. La dame répond d’un “ah, oui, oui, oui” gentil. L’ancien militant Les Républicains promet d’incarner à l’Assemblée nationale “la vraie droite populaire, patriote et bonapartiste”. Quand, selon lui, Valérie Boyer utilise “les arguments du FN sur le terrain, mais agit comme les socialistes une fois élue”.

Vendredi 20 mai, 10h. Xavier Bonnard s’engouffre dans sa voiture. Ce quadra, entrepreneur, connu pour ses fonctions de président de la Société protectrice des animaux de Marseille concourt pour ces législatives, lui aussi.  Sous la bannière du Parti Animaliste. “J’ai la passion animale depuis l’enfance”, glisse celui qui figurait aux élections municipales de 2014 sur la liste du sortant Robert Assante (divers droite) face à celle de Valérie Boyer. Son objectif ? Défendre la cause animale de manière apolitique. “La caresse sur le dos d’un chien n’est ni de droite, ni de gauche. Et notre mouvement, c’est pareil.” Il assure n’être aucunement téléguidé, ni vouloir faire tomber la sortante. Il garantit pourtant de glaner “3, 4 ou 5 % qui feront défaut à Macron et à Boyer”. Xavier Bonnard affirme avoir “levé une armée”. Il prévient : “Dans les urnes ça va faire mal”. Ça peut.


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