10 ans après la reconnaissance, l'esclavage commémoré officiellement à Marseille

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le 10 Mai 2011
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« La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, perpétrés à partir du xve siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l’humanité. » Trois lignes lourdes de sens extraite de la loi Taubira, votée le 10 mai 2001, il y a dix ans jours pour jours. Depuis 2006, cette date marque aussi la journée de commémoration de l’abolition de l’esclavage.

En ce début mai chargé en terme de mémoire – les 25 ans de la mort de Gaston Defferre, l’armistice de la Seconde guerre mondiale, le massacre de Sétif – Marseille se souviendra donc que – comme Nantes, le principal port négrier français avec Bordeaux, qui doit ouvrir un mémorial en décembre – elle a participé à la traite. Si aux Jardins du Luxembourg Nicolas Sarkozy sera présent pour la première fois à la cérémonie – peut-être a-t-il lu les chapitres consacrés au sujet dans le Petit précis de remise à niveau sur l’histoire africaine qui lui avait été adressé après le discours de Dakar – du côté du Vieux-Port « on a eu cette année l’agréable surprise d’être contactés par la préfecture qui prend en charge officiellement la commémoration », annonce Jean-Marc Enga, président du collectif Paca pour la mémoire de l’esclavage (CPPME).

L’association, qui anime depuis 2008 cet événement, a prévu un programme s’étalant sur une semaine, avec notamment « une exposition autour d’Haïti, qui symbolise pour nous cette résistance » qui est le thème de cette année. « C’est plus fédérateur que d’aborder de front l’esclavage en disant « vos ancêtres nous ont martyrisés », ce qui risque de diviser les mémoires », justifie-t-il. Le CPPME dont le message pourrait bientôt s’enrichir d’une partie plus locale, elle aussi marquée par des résistances, grâce aux récents travaux de Gilbert Buti, historien de l’université Aix-Marseille, que nous évoquions en janvier dans cet article que nous publions de nouveau aujourd’hui :

Quand on parle de la traite des noirs, « on songe à Nantes, Bordeaux, Liverpool. Marseille n’est en général pas associée à cet espace atlantique, mais à la Méditerranée, au Levant ». Historien à l’université Aix-Marseille, Gilbert Buti en sait quelque chose, lui qui est spécialisé dans l’étude de l’économie maritime et des sociétés littorales de Méditerranée. C’est au détour de documents que sa curiosité s’est éveillée et qu’il « a remis l’ouvrage sur le métier » d’un sujet de recherche défriché par son maître Charles Carrière. Un travail quasi-inédit, et surtout peu présent dans la mémoire de la ville, dont il présentait les résultats dans le cadre du cycle de conférences « Marseille la Méditerranéenne ».Accélération à la fin du XVIIIe siècleMalgré une « documentation éclatée, fragmentaire, diverse », les grandes lignes sont claires : avec environ 120 expéditions négrières au XVIIIe siècle, « Marseille est très loin derrière Nantes », qui dépasse le millier, mais surtout ce trafic connaît « une accélération soudaine et brutale au milieu du siècle ». Avant cela, la cité phocéenne ne connaissait que « quelques expéditions épisodiques » . Et ce malgré les efforts du pouvoir central, qui se dit que« vraiment, le commerce de Guinée (d’où la plupart des esclaves étaient arrachés, ndlr) n’est pas du goût de cette ville ».« Pourquoi ce peu d’intérêt ? », s’interroge-t-il. Plusieurs explications sont généralement avancées, plus ou moins convaincantes selon lui (de la situation géographique de la ville à une supposée « incompétence des Provençaux qui seraient de piètres marins et une absence de produits pour répondre à la demande des comptoirs africains »). Il retient surtout « des raisons commerciales et financières » : les Marseillais sont habitués au commerce avec le Proche-Orient, l’Italie, où l’on récupère sa mise au bout de 6 mois à un an. « Or, avec la traite négrière, les capitaux sont immobilisés pendant 2 ou 3 ans voire plus », note-t-il.« Barbares que nous sommes ! »Simple affaire économique, diront ceux qui espéraient une opposition humaniste de Marseille la cosmopolite ? Gilbert Buti a tout de même trouvé quelques signes de résistance. « L’homme n’est ni une chose, ni une marchandise propre à devenir la matière d’une assurance maritime », proclamait en 1773 le juriste Blathazard-Marie Emerigon, alors qu’un négociant cherchait à se faire indemniser après que sa « cargaison » a fait naufrage. Bien que cette disposition soit pourtant prévue par le tristement célèbre Code noir de Colbert, il estimait que « c’est se dégrader soi-même en dégradant la nature humaine ». Quatre ans plus tard, le prix de l’Académie de Marseille, qui compte pourtant nombre de négociants et planteurs, récompense un discours violemment anti-esclavagiste signé André Liquier : « Barbares que nous sommes ! Nous combinons de sang-froid l’achat et l’esclavage de nos semblables et nous osons parler encore d’humanité et de vertu !Nous ventons les miracles que notre industrie opère pour l’utilité et l’agrément de la vie ; et c’est au prix de 60 000 infortunés que nous arrachons à l’Afrique, comme de vils troupeaux, dont une moitié périt de désespoir avant d’arriver en Amérique et l’autre y trouve une mort prématurée dans l’excès des travaux et des tortures. »Curé obligé de marier et testaments interditsRebelote dix ans plus tard avec Bérenger, qui dans ses Soirées Provençales se demande« quand cesserons-nous d’insulter la nature » et quand les lois « cesseront-elles d’être complices, par leur silence, de nos passions cupides et de nos abominables préjugés ? » Plus étonnant, Gilbert Buti rapporte qu’« en 1778, le Parlement de Provence oblige le curé de Saint-Ferréol à célébrer un mariage entre deux noirs ». Il note également une « plus importante intégration des gens de couleur qu’a Bordeaux ou Nantes » et que l’on « passe outre le refus de certaines dispositions par le pouvoir royal comme des testament qui donnent la liberté à un esclave ou à sa descendance »Des informations qui intéressent tout particulièrement le collectif Paca pour la mémoire de l’esclavage, dont le président Jean-Marc Ega assistait à la conférence. « Cela nous permettra d’étoffer notre travail. Cette notion de résistance peut perm
ettre, tout en parlant de la même chose, de rassembler plus que de diviser. C’est une très bonne porte d’entrée, et ce que nous disons aussi au sein du collectif c’est justement que l’on parle très peu des différentes résistances à la traite », se félicite-t-il.Appel marchandMais Gilbert Buti est cependant sceptique sur l’« opposition de principe » presque naturelle qu’aurait, selon le grand historien de Marseille Gaston Rambert, ses habitants à la traite négrière, notamment à cause des nombreux marins locaux capturés et transformés en esclaves en Méditerranée… Pour lui, malgré cette « mémoire de l’esclavitude », les choses sont plus complexes : il a ainsi retrouvé le flamboyant André Liquier associé en 1788 dans une compagnie qui a livré plus de 300 esclaves à Saint-Domingue…Et il y a tout de même ce boom de la traite dans la décennie 1783-1793 (neuf navires par an contre un tous les trois ans jusque là). Une accélération de ce « commerce honteux » que l’historien attribue à l’augmentation des primes de l’Etat pour chaque noir débarqué mais surtout « aux baisses des profits des négociants avec le commerce du Levant, pilier séculaire du port de Marseille, et à l’essoufflement de l’économie de plantation des Antilles. La traite est une activité de compensation de ce manque à gagner ». Et au XIXe siècle, en dépit des abolitions successives, certains marseillais continueront la traite en douce. Bref, « l’appel marchand a été plus fort que la raison ».Plus de détails dans Commerce honteux pour négociants vertueux » de Gilbert ButiLe site de l’association nantaise Les anneaux de la mémoire

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Commentaires

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  1. Chris Chris

    Ben voui, c’est bien connu, cé li méchan blanc qui l’a l’inventé l’esclavage…

    D’ailleurs c’étaient des tribus de Marseillais qui, en Afrique, capturaient les esclaves, laissant aux Bretons le soin d’effectuer les RAZZIAS.

    Ou comment les bien-pensants réecrivent l’Histoire avec un “h” plus que minuscule…

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  2. Chris Chris

    Hé ben voilà, vous voyez que vous pouvez finalement exprimer clairement que vous êtes partisan d’une certaine vision de l’histoire…

    Ca doit être la commémoration de l’élection du Mitterrand, une sorte d’hommage, une ode à la combinazzionne machiavélique pro-FN style SOS racisme, ou comment exaspérer les gens…

    REPENTEZ-VOUS !!!!!!!!

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  3. liseron duveteux liseron duveteux

    Et si ,ce que vous appelez la traite des esclaves,n’était qu’en fait,dans la grande partition de l’humanité,ou de la nature,le moyen pour que, hommes blancs et noirs soient mélangés…?

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  4. etranger 30 etranger 30

    Ne pas oublier l’esclavage des blancs et des catholiques que certains pays utilisait a grande echelle !!!
    Et oui, il fut un temps ou l’esclavage était pratiqué par les pays du nord afrique !!
    je n’ai pas encore entendu de “repentance” !!!!!!

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  5. m34 m34

    Julien VINZENT n’ a pas tort, les européens n’ont pas le monopole de l’esclavage

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  6. druide67 druide67

    Arrêtons avec ces histoires stupides de noirs et de blancs, c’est l’esclavage qu’il faut dénoncer et j’espère que de ce coté là, il y a unanimité.

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