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Pour Viktor Orbán, Marseille est un “camp de réfugiés”

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le 31 Oct 2015
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Début octobre, Alain Finkielkraut est l'invité de France Inter. Il cite librement le président hongrois qui ne veut pas que son pays devienne Marseille. Citation apocryphe? Marsactu a retrouvé (et traduit) la phrase exacte de Viktor Orbán.

Viktor Orban lors du congrès du parti populaire européen à Marseille en décembre 2011. ©Europeanspartypeople/Flickr
Viktor Orban lors du congrès du parti populaire européen à Marseille en décembre 2011. ©Europeanspartypeople/Flickr

Viktor Orban lors du congrès du parti populaire européen à Marseille en décembre 2011. ©Europeanspartypeople/Flickr

Le Marseille bashing n’a pas de frontière. Pour une fois, il n’est pas question de kalachnikov, de trafic de drogue ou de zone de non-droit mais d’un contre-modèle européen brandi par le président populiste de la Hongrie Viktor Orbán. Ce ne sont pas nos nombreux correspondants en Europe centrale qui nous ont mis sur cette piste internationale.

L’intellectuel et polémiste Alain Finkielkraut a, le premier, repéré l’aversion supposée du président hongrois pour Marseille. Invité de la Matinale de France Inter, le 2 octobre dernier, l’écrivain présentait son nouveau recueil de chroniques et balayait l’actualité en traitant de ces obsessions habituelles : le terrorisme anti-raciste, le risque migratoire…

“Pas devenir Marseille”

En répondant à la question d’une auditrice, l’ancien “gauchiste” établit une différence culturelle entre les pays de l’union européenne dans leur rapport au monde : “L’Europe occidentale, et notamment l’Allemagne, se voit comme l’Europe des droits de l’homme donc de l’ouverture. L’Europe orientale qui n’a pas le même sentiment de culpabilité. Comme elle a été un “occident kidnappé” comme le dit Kundera, elle défend l’Europe comme civilisation.”

“J’ajoute – et cela personne ne veut le voir- qu’une des raisons de l’attitude qui peut-être d’ailleurs très condamnable de cette Europe centrale, c’est qu’elle ne veut pas devenir la France. C’est ce qu’a dit le président Hongrois : nous ne voulons pas devenir Marseille.”

Il poursuit ensuite sur cette France qui “fait pitié”, “qui n’est plus modèle mais repoussoir”. Voilà donc Marseille instituée en toupet de paille de l’épouvantail d’une France indésirable. Mais quand le président Orbán a-t-il prononcé cette phrase apocryphe ? Nos connaissances en magyar étant limitées, nous avons mis à profit les réseaux de la Nouvelle société marseillaise de marseillologie. Une première trace dans un article du journal magyaridok atteste d’une mention de la ville en voisinage du nom du président. Une seconde source nous met sur la piste d’un vidéo postée sur Youtube. À la 12e minute, il prononce le mot Marseille mais que dit-il?

Cette vidéo a été tournée à Tusnádfürdö, au coeur de la Transylvanie, au nord de la Roumanie, le 25 juillet dernier. Cette province roumaine abrite 1,2 million de Hongrois qui se sont retrouvés Roumains du fait des vicissitudes de l’histoire. Or, dans une logique pan-hongroise aux relents inquiétants, Viktor Orbán a fait voter une loi en 2011 pour permettre à ces minorités magyarophones de voter pour les scrutins de liste en Hongrie. Le discours qu’il tient ce jour-là est éminemment politique.

“Camp de réfugiés”

Au final, nous avons utilisé les compétences linguistiques d’une jeune française installée de longue date à Budapest. . Selon notre source, dans ce discours, Viktor Orbán célèbre les valeurs européennes et critique l’Union européenne. Il y joue fortement de la peur des réfugiés et du risque d’invasion. C’est là qu’il place Marseille.

Imaginons qu’un parti de gauche ait mis en place un gouvernement en 2014, en 1 ou 2 ans on ne reconnaîtrait plus notre patrie (…), on ne reconnaîtrait plus la Hongrie, on serait comme un grand camp de réfugiés, une sorte de Marseille d’Europe centrale.”

Pas très sympa pour la plus vieille ville de France qui rayonnait déjà quand Budapest n’était qu’un vague village de roseaux au bord du Danube. Mais calmons de suite nos ardeurs localières. Le très peu démocrate président magyar ne doit pas connaître grand chose de la Marseille antique ou moderne, se dit-on. Mais que nenni.

Viktor Orbán connaît la ville. Il faisait partie des invités d’honneur du XXe congrès du Parti populaire européen en 2011 qui s’est tenu à Marseille. Pour être populiste et très anti-européen, le Fidesz n’en est pas moins membre de cette coalition des droites au parlement européen. Durant ce congrès de quatre jours, Viktor Orbán a donc eu l’occasion de silonner la ville. On ne veut pas savoir lequel des adjoints au maire lui a servi de guide…

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Commentaires

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  1. pierre b pierre b

    Il y a un consulat de Hongrie à Marseille.
    Faisons leur connaître notre désapprobation…

    Adresse de la chancellerie
    CONSULAT DE HONGRIE
    64, rue Saint Sébastien
    13006 MARSEILLE
    Tél. +33 (0)6 03 29 87 70

    Chef de poste
    M. Pierre VASARELY
    Consul honoraire de Hongrie
    Prise de fonctions : 12 septembre 2012

    Collaborateurs
    Enikö Sombrin-Sasvári
    Conseiller consulaire

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  2. jean bernard jean bernard

    une idée, mettre les voleurs de poules

    humour bien que ça me gonfle ce cube, et surtout, ils ‘ obino, gachon, anglade, etc…’ ne se sente pas couable ni responsable

    quant à l’architecte, c’est un génie rudy………

    Signaler

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