Vice-président LR du département, Thierry Santelli loue un taudis à Saint-Mauront

Info Marsactu
Julien Vinzent_
11 Déc 2018 22

Élu à la Ville et au conseil départemental, administrateur de Marseille habitat, la société publique chargée de lutter contre l'habitat indigne, Thierry Santelli (LR) est propriétaire d'un appartement frappé d'un arrêté de péril imminent et évacué. Il est ainsi le troisième élu de la droite locale concerné par les suites du drame de la rue d'Aubagne.

« Péril grave et imminent », « interdit à toute occupation ». Ces mots, devenus récurrents, frappent un logement loué par Thierry Santelli, conseiller municipal Les Républicains et vice-président du département. L’arrêté de péril a été signé le 7 décembre par son collègue Julien Ruas, adjoint au maire délégué à la prévention des risques. L’immeuble d’un étage est situé sur la butte Bellevue, au nord de la Belle-de-Mai. L’appartement, situé au premier, s’identifie d’emblée. Au niveau d’une gouttière cassée, l’eau a imbibé les murs : une imposante coulure traverse la façade.

Thierry Santelli (Photo DR)

En entrant dans l’immeuble, on remarque au premier coup d’œil une marche en tomettes écroulée. Et, à en croire le rapport de l’expert dépêché le 23 novembre et cité dans l’arrêté de péril, c’est tout l’escalier qui menace de s’effondrer. Celui-là même que la famille locataire de l’élu LR – une jeune maman et sa fille de deux ans – doit emprunter pour rentrer chez elle.

Suite à la parution de l’article de Marsactu, la présidente du département Martine Vassal a annoncé mardi qu’elle avait accepté la démission de Thierry Santelli de son poste de vice-président. À lire ici.

Deuxième coup d’œil : au plafond de la cage d’escalier, un trou laisse apparaître le plancher de l’appartement. L’expert signale lui le « linteau en bois de la porte cochère ainsi que le linteau desservant l’accès à la cour arrière du n°24 donnant sur d’autres bâtiments très altérés par des infiltrations d’eau persistantes ». Comme les autres occupants, ainsi que ceux de l’immeuble voisin, dont un logement donne sur la cour, la famille a été évacuée le 13 novembre après une intervention des pompiers.

La cage d’escalier de l’immeuble. Photos Julien Vinzent.

« C’est une affaire qui concerne les parties communes. Un arrêté de péril dans une copropriété ne met pas en cause le propriétaire d’un appartement », se défend Thierry Santelli. Relancé sur sa propre responsabilité en tant que copropriétaire, il se dit « surpris » de cet arrêté, pour « deux marches d’escalier qui bougent et un plafond qui se craquelle ». Il indique cependant que le syndic a fait voter des travaux, à l’unanimité des copropriétaires et dès le 7 décembre, pour un montant de 25 000 euros. Soit un peu plus que quelques tommettes à remplacer et un coup de peinture à passer. C’est bien notamment tout l’escalier qui ne dessert que l’appartement de Thierry Santelli qui est à reprendre, indique l’expert.

Le troisième propriétaire indigne de la droite locale

Thierry Santelli ne peut pas ignorer les problématiques de l’habitat indigne. Il siège au conseil d’administration de Marseille habitat, société publique chargée par la Ville de Marseille de l’éradication de l’habitat indigne et tristement célèbre depuis qu’un de ses immeubles du 63, rue d’Aubagne s’est effondré. Il devient ainsi le troisième élu au sein de la droite locale à être concerné par des problématiques d’habitat indigne.

Conseiller régional propriétaire d’un appartement au 65, rue d’Aubagne, frappé d’un arrêté de péril et qui s’est effondré, Xavier Cachard a été suspendu de ses responsabilités par le président Renaud Muselier après les révélations du Monde, sans pour autant démissionner de son mandat. Le 17 novembre, La Marseillaise révélait que l’élu métropolitain Bernard Jacquier louait un logement insalubre, dont les occupants ont dû être relogés. Il a alors démissionné de ses fonctions de vice-président, en conservant lui aussi son mandat de simple conseiller métropolitain.

« J’ai souhaité que des règles claires et strictes s’appliquent », a commenté la présidente Martine Vassal, qui a depuis présenté une stratégie basée sur « la lutte contre l’inacceptable et le retour à l’ordre ». Ce mardi, le conseil de territoire Marseille Provence se réunit pour débattre de cette stratégie, avant son adoption par le conseil métropolitain jeudi. Thierry Santelli ne siège dans aucune de ces instances. Mais il pourrait subir les mêmes « règles claires et strictes » au conseil départemental, également présidé par Martine Vassal. Pour l’heure, l’élu n’avait pas informé la cheffe de son exécutif de cette situation. « C’est une affaire privée et je n’ai rien à me reprocher dans cette histoire. »

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