Vianney d’Alançon, l’ambitieux et très catholique châtelain de La Barben

Portrait
le 19 Juin 2020
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Il a racheté le château de La Barben jusque là en déshérence. Vianney d'Alançon, un entrepreneur de 34 ans, veut y développer un parc à thème sur l'histoire de la Provence. Difficile de ne pas y voir un projet à la manière du Puy-du-Fou de Philippe de Villiers. Lui dit vouloir s'en démarquer. Il en reprend pourtant la recette faite de fresques historiques édifiantes.

Le château de la Barben. Photo : Pierre Isnard-Dupuy.

Le château de la Barben. Photo : Pierre Isnard-Dupuy.

Sur la tour la plus haute du château de La Barben, la bannière sang et or provençale bat avec énergie dans le mistral. Sur la terrasse en contrebas, l’hôte profite d’une séance photo pour laquelle posent des Arlésiennes en costume, comme sorties des écrits d’Alphonse Daudet. Ce 16 juin, Vianney D’Alançon, le nouveau châtelain depuis décembre de ce site millénaire, reçoit partenaires, journalistes et personnalités politiques, afin d’acter la présentation de son projet pour l’avenir du lieu.

Jusque-là c’était un monument historique à l’abandon depuis plusieurs années. Dans la salle qui accueille la conférence de presse, la peinture du plafond craquelle et le cadre en bois d’une porte est fendu. L’hôte s’excuse de la relative étroitesse de la pièce : « nous n’avons pas suffisamment de grandes salles en état. Le château subit des infiltrations d’eau qui menacent le patrimoine ». Dont des fresques de François Marius Granet.

Vianney d’Alançon (à droite) en discussion avec l’architecte du patrimoine Thomas Bricheux qui interviendra sur la restauration du château de La Barben. Photo : PID.

En plus de tout rénover, Vianney d’Alançon, entrepreneur lyonnais, catholique convaincu de 34 ans, veut faire du lieu un parc à thème historique nommé « Rocher Mistral » qui ouvrirait en 2021. Le tout assorti d’une valorisation des espaces agricoles et naturels. L’homme a déjà pour habitude d’écrire et de mettre en scène des spectacles de grandes fresques historiques assurées par des comédiens et des bénévoles. Il veut « faire vivre à l’année la culture de Provence » et « toucher le spectateur au cœur par l’émotion ». Le « passionné d’histoire » n’appliquerait-il pas la même recette que le cinquantenaire Puy-du-Fou ?

Plusieurs historiens analysent le parc vendéen, de l’aristocrate et homme politique très à droite Philippe de Villiers, comme une entreprise de réécriture de l’histoire faisant la promotion d’une vision du monde monarchiste et catholique traditionaliste. Auprès de Marsactu, Vianney d’Alançon se défend de vouloir faire de même, affirmant qu’« il n’y a qu’une histoire ».

Le projet du parc « Rocher Mistral »
Vianney d’Alançon promet 30 millions d’investissements avec 200 emplois directs et 200 autres indirects à la clé. Sur les 400 hectares du domaine du château de La Barben, il entend non seulement développer des fresques historiques pour des milliers de spectateurs, mais aussi remettre des espaces de culture en arboriculture et en élevage ovin et caprin, protéger et valoriser la biodiversité, offrir un espace d’exposition et de vente pour des artisans. De nombreux acteurs partenaires se sont présentés à l’occasion du dévoilement du projet : comme le chef étoilé Gérald Passédat pour la restauration, le mouvement mistralien du Félibrige pour les aspects culturels, la ligue de protection des oiseaux sur les actions pour l’environnement… Mais déjà les critiques viennent de la part de riverains et de la confédération paysanne concernant la consommation de terres agricoles pour créer des parkings, comme l’a rapporté Le Ravi.

« Puy-du-Fou provençal » ?

Pas question pour le châtelain de résumer son projet à une transposition du parc à thème vendéen. Et si Martine Vassal, candidate LR à la mairie de Marseille propose dans son programme un projet de « Puy-du-Fou provençal » sans en préciser le lieu, le châtelain se réjouit mais ne souhaite pas prendre pas parti. « Je suis très content que Martine Vassal soit sensible à ce sujet. Moi je discute avec tout le monde, quelque soit le bord politique », dit-il à Marsactu. L’expression de « Puy-du-Fou provençal » ? « C’est un raccourci de journalistes », estime Vianney d’Alançon. En 2015, Marion Maréchal-Le Pen, candidate FN aux régionales, était la première à l’employer pour son programme d’alors.

Vianney d’Alançon tient à se démarquer aussi sur la forme. Son projet, « par les Provençaux et pour les Provençaux, n’est pas un parc d’attraction, c’est un domaine d’authenticité » pour « faire vivre à l’année la culture de Provence », cadre-t-il. Il veut mettre en valeur une Provence décrite d’abord par Frédéric Mistral et Alphonse Daudet, puis par Jean Giono et Marcel Pagnol. Mais un autre projet qu’il mène en Auvergne nous permet d’envisager le discours qui pourrait être diffusé lors des spectacles barbenais.

Une première aventure auvergnate

En 2016, Vianney d’Alançon rachetait la forteresse de Saint-Vidal, proche du Puy-en-Velay en Haute-Loire. Dans ces remparts, il propose aussi des spectacles historiques à grand renforts de bénévoles. Comme l’ont écrit Le Monde et Mediapart, l’initiative est généreusement soutenue par le président LR de la région Laurent Wauquiez, proche des milieux catholiques traditionalistes. Un projet « très inspiré par l’idée du Puy-du-Fou », affirmait l’ancien maire du Puy-en-Velay au journal La Montagne. En Haute-Loire aussi, les spectacles sont écrits par Vianney d’Alançon.

La forteresse de Saint-Vidal en Haute-Loire en 2015. Photo : M@rco, Wikimedia CC.

Dans le spectacle itinérant à l’intérieur du château, « La mémoire d’un peuple », dont nous avons pu visionner de longs extraits en vidéo, les évocations du rapport à dieu sont omniprésentes et les croisades sont dépeintes comme des missions de secours des chrétiens d’Orient. Les « ardents défenseurs de la foi catholique » sont mis en scène sur l’épisode concernant les guerres de religion. L’autre spectacle, « La forteresse imprenable », célèbre la résistance guerrière du lieu, en particulier à l’armée d’Henri IV alors en guerre contre la sainte ligue catholique.

Pour ses entreprises patrimoniales et culturelles, Vianney d’Alançon reçoit le soutien de plusieurs grandes familles françaises. Les autres investisseurs et nouveaux co-propriétaires du chateau de La Barben sont Vincent Montagne, patron du groupe Médias Participations, spécialisé dans l’édition et la presse catholique, Benoît Habert membre par alliance de la famille Dassault et la famille Deniau, dont l’écrivain Jean-François Deniau a été ministre de Valéry Giscard d’Estaing. « Aucun fonds public n’est prévu pour le moment », renseigne Vianney d’Alançon tout en ajoutant : « Je ne suis pas fermé aux subventions. »

Consensus politique

Présent pour la présentation du projet, les quatre maires du secteur (de La Barben, Pélissanne, Saint-Cannat et Salon-de-Provence) affichent leur enthousiasme et leur appui. « Merci Vianney. Je tiens à dire merci publiquement. C’est important dans la période que nous traversons. Ici on est optimiste et ça nous le devons à Vianney », se félicite Nicolas Isnard, le maire LR de Salon-de-Provence et président du conseil de territoire du Pays salonais. « Je suis là pour représenter la présidente du département [Martine Vassal]. Elle est derrière vous pour vous aider de manière très concrète », affirme Jacky Gérard, maire de Saint-Cannat et conseiller départemental, ex PS et ancien guériniste.

Entourés d’Arlésiennes, le maire de Saint-Cannat, Vianney d’Alançon et les maires de Pelissanne, Salon et La Barben. Photo: PID.

Devant son auditoire, Vianney d’Alançon défend son intérêt pour le lieu en puisant dans ses racines familiales. « Mon grand-père était lié à Frédéric Mistral. Quand j’étais petit, j’écoutais les contes de Daudet, c’est toute cette Provence qui fait rêver le monde entier. Le Félibrige [mouvement culturel et linguistique créé par Frédéric Mistral, ndlr] est le garant de l’identité provençale. »

Le grand-père maternel en question, né en 1884 et mort en 1963, est Antoine Lestra un avocat catholique, militant monarchiste, qui fût un temps proche des royalistes de l’Action française (fondée par Charles Maurras, également membre du Félibrige). Côté paternel, la famille Audemard-d’Alançon est une lignée de bourgeois anoblis dont beaucoup de haut-gradés militaires. À noter aussi que Vianney d’Alançon est un proche du très conservateur évêque de Fréjus-Toulon, monseigneur Rey, qui l’a marié et a baptisé son fils. Ce dernier s’est fait remarquer en invitant Marion Maréchal-Le Pen à son université d’été.

Créateur de médailles religieuses

La vie professionnelle du nouveau co-propriétaire du château de La Barben navigue à la frontière du prosélytisme. Avec son épouse, il a fondé et dirige toujours la société Laudate, une entreprise de bijoux religieux et de médailles militaires, spécialisé dans les médailles de baptême. Celle-ci, tout comme les châteaux de Saint-Vidal et La Barben, est souvent citée par le Salon beige, un blog relayant les intérêts et la pensée des catholiques traditionalistes.

Laudate pratique l’économie de communion, comme l’a noté Famille Chrétienne, le magazine phare du groupe de Vincent Montagne, soit la prise en compte des préceptes de l’évangile appliqués au monde économique. Le chef d’entreprise préfère parler « d’économie de solidarité ». « Chaque année nous reversons 5% de notre chiffre d’affaires à des associations », précise-t-il. Parmi les bénéficiaires on compte des congrégations religieuses et des œuvres pour les chrétiens d’orient.

Tout comme la fondation Espérance banlieue, qui finance des écoles privées hors contrat dans les quartiers populaires. Les enfants y sont accueillis par le salut aux couleurs nationales et doivent y porter l’uniforme. « Je veux simplement aider la jeunesse », nous dit-il. Son œuvre d’édification passe désormais par un nouveau château.

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Commentaires

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  1. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Il est rassurant de savoir que lorsque l’Armée rouge aura envahi et occupé Marseille, Mme Vassal pourra trouver refuge dans le donjon du château de La Barben.

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    • MarsKaa MarsKaa

      Une prochaine guerre de vendee s’annonce !
      Après « lhiver soviétique » et les chars russes, nous aurons droit au « printemps des Montagnards » , à « la Terreur « , aux « révolutionnaires sanguinaires « ….
      Ah l’histoire (ou plutôt le roman historique de bas étage) est une source d’inspiration sans fin..

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  2. barbapapa barbapapa

    Bienvenue en 1820 !

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  3. Tarama Tarama

    Les forces réactionnaires sont décidément très puissantes et savent user des outils de communication.

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    • Mathieu Trigon Mathieu Trigon

      Aux « forces de progrès » d’en faire autant…

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  4. Jacques89 Jacques89

    Faudra éviter les statues des ancêtres. Elles risqueraient de se retrouver dans la Durance.

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    • Brallaisse Brallaisse

      D’autant plus que les Forbin ont été membres du parlement de Provence, qui comme chacun le sait à été l’une des trois plaies de notre belle Provence

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  5. Jean Pierre RAMONDOU Jean Pierre RAMONDOU

    1) « Sur la tour la plus haute du château de La Barben, la bannière sang et or provençale bat avec énergie dans le mistral. »
    C’est la bannière des comtes de Barcelone et roi d’Aron.
    2) « le mouvement mistralien du Félibrige pour les aspects culturels »
    Galoubets et tambourins.

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  6. Jean Pierre RAMONDOU Jean Pierre RAMONDOU

    D’Aragon

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    • MarsKaa MarsKaa

      Il est bon en effet de remettre les choses à leur juste place…historique. La Provence du folklore..

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  7. beatrice franquebalme beatrice franquebalme

    Une trés belle initiative qui honore la culture provençale en dehors des thêmes monarchiques ou catholiques bien qu’on ne puisse nier les liens religieux des provençaux .

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    • Brallaisse Brallaisse

      Béatrice, je dirais plutôt le folklore ou l’histoire. Car la culture c’est la langue. Une culture sans langue n’existe pas. Nostro lengo a quasiment disparue malheureusement. Les Corses, Basques ou Bretons l’ont bien compris.

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    • MarsKaa MarsKaa

      Heu…a priori pas l’Histoire, non, un spectacle folklorique, oui… militant peut-être…

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  8. Richard Mouren Richard Mouren

    D’autant plus que le mouvement félibrige est une construction intellectuelle très marquée à droite (provinçau è catouli) que vomissait d’ailleurs Giono qui doit se retourner dans sa tombe en se voyant déclaré le continuateur de Mistral et de Daudet. Mistral, Daudet, Giono, Pagnol: quel amalgame!

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    • Brallaisse Brallaisse

      D’ailleurs cette formidable exposition au Mucem sur Giono à bien souligné que ce dernier n’était pas un adepte des tutus /panpans.

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    • Zumbi Zumbi

      Vous croyez visiblement à ce que racontent ceux qui s’évertuent à capter l’héritage du Félibrige pour en donner une version homogène et très droitière. Il a existé au moins un Félibre rouge internationalement connu, Félix Gras https://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%A9lix_Gras
      La Commune de Marseille s’est aussi dite, écrite et chantée en provençal — et aujourd’hui le groupe de musique provençale le plus connu dans la jeunesse de nombre de pays du monde est le Cor de la Plana, qui a entre autres repris et fait revivre des chants de cette tradition-là.
      Au fait, nos managers de showbiz réactionnaire et bigot en costume bourgeois arlaten de 1850 (personne ne portait ça à Cuges ou au Puy Ste Réparade !) célèbreront-ils les exploits de Maynier d’Oppède qui dirigea une superbe et efficace opération d’extermination contre les Vaudois ? Le « massacre de Mérindol » fit en 1545 3000 morts en 5 jours, un chef d’oeuvre de crime contre l’humanité quand on pense aux armes de l’époque, avec 670 envoyés au galère pour faire bonne mesure. Lesquels étaient tout aussi chrétiens, mais pas soumis au Pape et à l’aristocratie ecclésiastique, avaient mis en valeur cette partie de Provence depuis deux siècles. Et ce ne fut que le point d’orgue de la persécution…
      J’aime la Provence de Mistral (j’ai même chanté son Miserere) et celle de Clovis Hugues, celle des bourgeois et nobliaux manadiers et celle des dockers et ouvriers des Tuileries marseillaises, celle des bergers et celle des gavots et des Babis qui ont eu tant de mal à devenir provençaux.
      Et la culture provençale vivante aujourd’hui pour moi, s’il fallait la résumer en une vidéo, ce serait celle de Nous les Peu, cette chanson de Radio Babel, en plusieurs langues à partir du texte d’un poète guyanais, et tournée — de façon prémonitoire ?— rue d’Aubagne quelques mois avant l’effondrement
      https://www.youtube.com/watch?v=h4EOTDyJo2Q&index=3&list=RDw1scHCpkrJk
      et pour ceux qui ne supportent la Provence que chantée en provençal
      https://www.youtube.com/watch?v=-B4R_GI2bCg&list=RDw1scHCpkrJk&index=9

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  9. MarsKaa MarsKaa

    Remarquez… nous avons quelques ânes, qui parlent haut et fort avé l’assent, qui brassent de l’air comme les moulins, nous chantent comme les cigales le même air depuis des décennies..et vont bientôt se retrouver à l’amande…

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    • Brallaisse Brallaisse

      Et ils sont maintenant dans un drôle de pastis

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  10. Karo Karo

    A côté du château il y a un zoo celui ci pourrait acceuillir cette espèce d ânes que nous espérons voir disparaître !

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  11. Magnaval Magnaval

    Beau repérage des influences du catholicisme trditionnaliste dans ce qui n’est qu’un divertissement folklorique. Après tout, cette terre n’est chrétienne que depuis 2000 ans.
    On attend qu’il soit mis autant d’énergie dans la recherche des influences des décoloniaux, racialistes et autres islamistes, au hasard, dans la vie politique marseillaise, ses associatoions et ses luttes de pouvoir.

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  12. Babar Babar

    Ne soyez pas narquois et n’ayez pas peur. C’est un chouette projet pour cette bâtisse. Si ça peut être une alternative intelligente pour nos gamins aux Magiccity, Ludiqland, Trampolineland, Landpark et autres Jumpindoor, c’est tant mieux pour tout le monde ! Et puis si y en a qui avaient d’autres idées plus malignes, ils n’avaient qu’à se porter acquéreur (!)

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  13. gabeloupasfou gabeloupasfou

    Petite erreur dans le l’article après l’encadré: « le châtelain se réjouit mais ne souhaite pas prendre pas parti ».

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