Vaccin du Sida : "On ne s'attendait pas à cette flambée médiatique"

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le 31 Jan 2013
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Vaccin du Sida : "On ne s'attendait pas à cette flambée médiatique"
Vaccin du Sida : "On ne s'attendait pas à cette flambée médiatique"

Vaccin du Sida : "On ne s'attendait pas à cette flambée médiatique"

Tout part d'un communiqué de presse de l'AP-HM (l'Assistance publique des hôpitaux marseillais) qui gère notamment l'Hôpital de la Conception où est situé le labo de recherche d'Erwann Loret. "Un communiqué simplement destiné à la presse locale, qui avait pour but de nous aider à recruter des volontaires pour nos tests" explique le chercheur qui travaille depuis 15 ans sur un vaccin pour les malades du Sida.

Celui-ci permettrait de remplacer la trithérapie, aujourd'hui efficace pour lutter contre le développement de la maladie chez les séropositifs, mais très lourde et très onéreuse. "Elle ne pourra jamais être offerte aux 33 millions de personnes infectées dans le monde, et surtout dans les pays en développement", résume Loret. Du coup, un vaccin aurait tout son sens.

Premier test sur 48 patients

Jusqu'à présent, il a pu effectuer des tests sur des animaux, mais jamais sur l'homme. Le 24 janvier dernier, l'Agence nationale de sécurité du médicament l'a auorisé à lancer les premiers essais cliniques. Ce sont d'abord 48 patients qui pourront tester l'efficacité ou non du vaccin, puis 80 autres en cas de succès de la première étape.

Quels que soient les résultats de ces premiers essais cliniques, prévus jusqu'en juin 2015, il faudra encore quelques années pour que ce vaccin puisse être commercialisé. Mais les mots magiques sont lancés, Sida, Vaccin. L'annonce fait la une de La Provence, vite reprise de volée par Jean-Claude Gaudin qui cherche par tous les moyens à sortir du Marseille bashing, même si on parle imprudemment de vaccin curatif et non thérapeutique, la machine médiatique s'emballe.

Nécessaire prudence

Télés et radios nationales s'en emparent, le web suit et Loret passe en quelques heures de l'ombre de la paillasse de son labo aux sunlights des plateaux TV des chaînes tout info. Au risque de créer de faux espoirs, comme l'a dénoncé France 2 , qui a décidé de son côté de "ne pas tartiner". Erwann Loret est d'accord avec cette critique – "ce n'est pas moi qui ai souhaité communiquer au départ" – mais reconnaît que sans cette médiatisation pourrait l'aider à trouver un financement, public ou privé.

C'est d'ailleurs une nouvelle structure publique, la Satt sud-est, destinée à valoriser le travail des chercheurs de la région (Aix Marseille université, CNRS, Centrale Marseille, Inserm, AP-HM) auprès d'entreprises privées. Il s'agît en fait d'une sorte "d'agent" qui défendrait les intérêts des chercheurs publics en essayant de trouver de l'argent auprès de labos privés contre des brevets.

C'est ce montage qui a permis à Loret de financer ces premiers essais cliniques, via la Biotech privée Biosantech. Un ticket public-privé qui semble fonctionner même si l'annonce du 24 janvier a mis le feu chez les actionnaires de Biosantech. Quoiqu'il en soit, la route est encore très longue pour Erwann Loret et Isabelle Ravaux, sa consoeur du service des maladies infectieuses de la Conception qui va superviser les essais cliniques. Ceux-ci devraient démarrer dans les toutes prochaines semaines. On croise les doigts et on suivra ça.

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