Université : une rentrée sous le signe de la "rigueur"

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le 2 Oct 2012
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C'est un courrier adressé aux principaux responsables d'Aix-Marseille université (Amu) par Yvon Berland le 21 septembre dernier et il annonce la couleur au personnel de l'université fusionnée en janvier : "Comme vous le savez, cette première campagne [d'emplois] s'inscrit dans un contexte national d’une part et interne d'autre part, me conduisant à faire preuve d'une grande rigueur." Rigueur, le mot tabou est lâché même si celui-ci n'est pas totalement assumé à l'université quand on sollicite quelques explications sur le sujet.

A l'origine de ce tour de vis financier, le deficit inédit de feu l'université Aix-Marseille I (U1) aka université de Provence présenté au conseil d'administration de l'Amu du 26 juin. Un trou d'environ 11 millions d'euros en 2011 qui a surpris jusqu'à certains bons connaisseurs des questions universitaires. Ainsi, le professeur d'économie, ancien administrateur de U1 Bernard Morel, aujourd'hui élu régional et à ce titre membre du CA de l'Amu s'en est étonné lors de cette réunion. "Je n'en avais jamais entendu parler. Il m'a été répondu qu'il y a plusieurs façons de présenter les comptes", nous précise-t-il, sans cacher son scepticisme. La FSU, par la voix de Michel Provansal, incrimine les dirigeants coupables selon lui d'avoir mené "une fusion opaque".

Selon le procès-verbal de ce conseil d'administration, un élu Unsa représentant les personnels administratifs et techniques a de son côté déclaré avoir déjà tiré la sonnette d'alarme en 2010. Georges Rejlic rappelle "le clignotant orange attribué par le commissaire aux comptes sur le point "paie des personnels" en 2010" et estime que l'administration n'a pas tenu compte de cette alerte en soulignant que "50 postes ont été mis au concours dans la campagne d'emplois 2012".

Le transfert incomplet de fonds de l'État

Qu'en pense l'ancien président Jean-Paul Caverni ? Impossible de le savoir. Interrogé en marge du conseil d'administration le 25 septembre, le vice-président de l'Amu s'est refusé à tout commentaire renvoyant directement vers le président Berland qui, "très occupé" dixit son service de communication, n'a pu donner suite à notre demande d'interview.

La raison est en fait double. Tout d'abord, les investissements ont augmenté avec la construction d'un nouveau bâtiment sur le site Schuman d'Aix-en-Provence particulièrement délabré. Ensuite, les salaires et autres primes, responsabilité confiée aux universités depuis la loi d'autonomie dite LRU, ont augmenté. Comme le soulignait Rejlic, cela est dû notamment au mécanisme de hausse lié à l'ancienneté et à l'évolution, le glissement vieillesse technicité, qui n'est pas totalement compensé par l'État dans sa dotation globale de fonctionnement. Une défaillance qu'a récemment reconnue la nouvelle ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche Geneviève Fioraso.

Investissements ralentis

La conclusion d'Yvon Berland exprimée en juin est claire. L'université unique avec Aix-Marseille II et III bénéficiaires a perdu en 2011 5 millions d'euros. Son fond de roulement est aujourd'hui de 40 jours quand le minimum est fixé à un mois et a tendance à baisser. Il faut donc agir. Et plutôt que de compter sur un éventuel apport de l'État, il faudra "augmenter le fond de roulement afin de disposer d'une bonne capacité de réaction face aux difficultés". Pour cela, entre autres mesures, "les investissements devront être ralentis pour au moins deux ans". Les projets immobiliers en cours ou ceux financés par des fonds régionaux, nationaux ou européens seront les seuls à se poursuivre.

Autre secteur de vigilance, les dépenses de personnel : les congés fixés à 58 jours auparavant à U1 seront ainsi abaissés à 25 jours et compensés par 31 jours de RTT et deux de fractionnement, "ce qui change la donne en cas de maladie par exemple, car les jours de RTT ne sont pas reportés, contrairement aux congés", rappelle Bernard Bourson, élu CGT.(*) Un rapport sur la gestion des ressources humaines doit être remis au président de l'Amu avant la fin de l'année. Certaines primes pourraient être remises en cause, ce qui en fait d'autant plus tiquer certains que les enseignants-chercheurs verront leurs primes augmenter (**).

Quant aux embauches, la lettre du 21 septembre cadre la campagne d'emploi en ces termes :

Aucune création [d'emploi] ne sera envisagée. Seuls des redéploiements internes pourront être réalisés le cas échéant.

Avec ce coup de frein sur les investissements et l'emploi, faut-il craindre pour l'avancée de l'université dont Jean-Marc Ayrault a fixé l'objectif à l'issue de la réunion interministérielle sur Marseille, à savoir rentrer dans le top 100 mondial ? On en est encore loin. La grosse machine née de la fusion est encore en rodage et l'harmonisation des pratiques loin d'être acquise. C'est notamment ce que rappelait Valérie Pécresse lors de son passage à Marseille : elle veut croire que cela va rapidement s'arranger.

 

 

Comme le souligne l'ex ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, les fonds de l'Idex (750 millions d'euros sur 10 ans) pour pousser les formations et la recherche d'excellence et du plan campus – destinés à rénover les locaux et leurs abords – vont permettre d'avancer sur ces points spécifiques mais ne sont quasiment pas encore arrivés.

Ils sont notamment attendus avec impatience à la fac de lettres où la crise menace, alimentée par la crainte d'être l'oubliée de la fusion et des parcours d'excellence. Déjà, face aux manque de moyens matériels et humains, des responsables de formation ont claqué la porte. L'Unef, par la voix de sa présidente Julie El Mokrani-Tomassone, parle même de "chaos total" dans cette faculté. Preuve que pour Berland – comme pour d'autres – réussir l'union sacrée autour de son pacte budgétaire n'est pas chose facile.

Actualisation le 5 octobre :

(*)  Il s'agit en fait d'un des deux régimes parmi lesquels les agents ont eu à choisir. Il est basé sur 39h10 de travail. Le second de 37 h 30 ouvre le droit à 25 jours de congés payés, 2 de fractionnement et 22 de RTT.

(**) Contrairement à ce qui avait été indiqué dans un premier temps, les primes des vice-présidents et la rémunération du président n'ont pas augmenté.

 

La lettre d'Yvon Berland :

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Commentaires

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  1. Anonyme Anonyme

    Et où est passé l’argent pour les enseignements ? Est-ce à cause du déficit qu’il n’y a pas ou très peu de crédits pour faire fonctionner les enseignements ?

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  2. Chris Chris

    …’faut bien absorber les 80% de bacheliers VOULUS comme un fait du Roy par Jospin, hein, ça a un coup tous ces gens à gérer pour rien…
    .
    La fac est un des échecs les plus pathétiques de la France, une machine à broyer les êtres, une usine à frustrés qui, après avoir perdu 4 à 5 ans en DEUG, en ressortent sans aucune valorisation et avec une image dégradée d’eux-mêmes.
    .
    Mais chhuutt…Aborder le fond du problème, c’est un coup à finir comme DEVAQUET…

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  3. Anonyme Anonyme

    L’UNSA à tellement bien alerté du probable déficit d’AMU que cette même “organisation syndicale” à voté pour les budgets des trois université puis celui de AMU !!!
    Ce qui est encore plus étonnant c’est que le représentant de ce “syndicat” soit si bavard devant les médias alors que dans le conseil d’administration il n’a jamais rien à dire…il est juste là pour voter comme le président le lui demande !

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