Une nouvelle fois sans directeur, les bibliothèques se cherchent toujours une direction

Actualité
Benoît Gilles
1 Oct 2018 11

Depuis cet été, la Ville de Marseille recherche à nouveau un directeur pour son réseau de bibliothèques. La dernière arrivée n'est restée que deux ans. Une valse des chefs qui illustre l'absence de projets de lecture publique à Marseille.

Elle a à peine eu le temps de s’acclimater que la voilà déjà ailleurs. La directrice du réseau de bibliothèques municipales, Marie-Hélène Cazalet a quitté son poste cet été après deux petites années passées à Marseille. Déjà, cet hiver, alors que l’Alcazar fermait un samedi sur deux pour cause de grève à répétition, elle était absente. “En arrêt-maladie”, soufflait-on pudiquement dans les couloirs de ce bel équipement. “Elle a pris sa retraite. Elle a l’âge pour y avoir droit. Il n’y a pas de surprise, sourit Anne-Marie d’Estienne d’Orves, adjointe à la culture. Nous sommes en pleine période de recrutement. Le nouveau directeur n’arrivera pas avant le début de l’année 2019.”

Même si l’élue assure “qu’aucune piste n’est laissée de côté”, le patron des bibliothèques ne sera pas un conservateur d’État. La fiche de poste publiée spécifie qu’il s’agit d’un “conservateur territorial”. Pourtant la taille du réseau marseillais l’autorise à recruter dans la fonction publique d’État, avec l’avantage de voir son salaire pris en charge par l’État. Contacté par Marsactu et Mediapart, le ministère de la Culture indiquait qu’un deuxième poste pouvait s’ouvrir à Marseille “selon les possibilités que la négociation budgétaire annuelle donne au ministère”. Il ne sera pas recruté pour piloter le réseau. La plupart des agents de ce grade passés par Marseille ont fini par fuir la ville tout en décourageant ceux qui pouvaient être tentés par le poste.

Deux ans plus tard, la même annonce

Si l’âge de l’ancienne capitaine était connu, son départ n’a pas été anticipé. L’annonce pour son remplaçant a paru sur les sites spécialisés début août. Sa rédaction n’a pas dû prendre bien longtemps : c’est une resucée de celle parue en 2016. Pour le reste, rien n’a bougé ou presque, y compris “la mise en œuvre du projet de Saint-Antoine”. Promise à l’origine en 2000, l’ouverture de cette nouvelle médiathèque sise au cœur du quartier du Plan d’Aou est sans cesse repoussée. Premier semestre 2019, peut-on lire sur la feuille de poste de son directeur, déjà recruté. “2020”, annonce pour sa part l’élue à la culture qui espère toutefois, voir le lieu “ouvrir avant”.

Quant à l’hypothétique ouverture d’un nouvel équipement en 2018, inscrite dans l’annonce de 2016, elle a disparu corps et bien dans les limbes avec le reste du “plan municipal de développement de la lecture publique” voté en 2015. Seule la rénovation de Bonneveine a été menée à bien. “Nous travaillons toujours à un projet avec le maire de secteur des 9e et 10e”, assure Anne-Marie d’Estienne d’Orves, elle-même élue de ce secteur.

La seule ouverture un tant soit peu décidée est celle de la future bibliothèque des Caillols qui doit remplacer la très vétuste bibliothèque de La Grognarde. Mais, là encore, le chemin est long : la concertation autour du futur projet urbain des Caillols se poursuit en 2019 avant la réalisation d’une étude d’impact sur toute la zone du projet. Des ateliers participatifs ont eu lieu dans le cadre de la concertation pour imaginer les fonctions de ce nouvel équipement mais sans réelle perspective de travaux. Un site a tout de même été choisi à proximité du terminus du tramway et du jardin public de La Mirabelle pour accueillir cette “médiathèque d’échange” de 1200 mètres carrés. Nulle trace du moindre projet pour une médiathèque de taille plus substantielle dans la vallée de l’Huveaune. Elle avait pourtant été programmée dans le cadre du contrat Territoire lecture signé avec le ministère de la culture.

Quant au projet novateur de “bibliothèques express” installés dans les stations de métro de Saint-Charles ou de Dromel, il est tombé des cartons. “Ce serait le plus simple à mettre en place, reconnaît Anne-Marie d’Estienne d’Orves. Mais avec les projets de rénovation du réseau, le retard de la station Gèze, cela s’avère plus compliqué que prévu.”

2,5 millions pour l’Alcazar

Au final, la seule vraie nouveauté interviendra lors du prochain conseil municipal, le 8 octobre. Elle consiste en une grosse autorisation de programme, ce qui signifie en langage administratif l’ouverture d’une ligne de crédit, “de 2,5 millions d’euros” précise l’élue, pour réaliser d’importants travaux à l’Alcazar. Le vaisseau amiral des bibliothèques a fermé près de trois semaines cet été, faute de climatisation pour rafraîchir les locaux.

La “grosse délibération” prévoit donc de changer les ascenseurs (deux sur quatre sont en panne), la climatisation et reprendre la façade dont les plaques de marbre menacent de chuter depuis dix ans. “L’Alcazar est victime de son succès avec près d’un million de visiteurs par an, explique Anne-Marie Estienne d’Orves. Cette autorisation de programme nous permet de lancer les études pour une vraie rénovation du bâtiment. Les travaux se feront bien entendu sans fermeture au public.” Là encore l’horizon des travaux tutoie 2020.

Quant au malaise structurel vécu par le personnel, l’élue le résume aux discussions “toujours en cours” autour de la mise en place des nouveaux horaires. “Rien n’est figé. Nous continuons de discuter”, assure-t-elle. Depuis janvier, les personnels arrivent plus tôt pour coller aux exigences légales en matière de temps de travail. Un changement qui n’a eu aucun effet sur l’élargissement de l’ouverture au public. Cela laisse un peu de champ pour peaufiner les promesses des prochaines municipales.


Le réseau des bibliothèques métropolitaines n’est pas pour demain

Ce vendredi, le tout fraîchement réélu vice-président en charge de la culture, Daniel Gagnon présentait la nouvelle mouture du seul événement culturel métropolitain Lecture par nature. 78 événements dans 71 médiathèques et 65 villes du 25 octobre au 18 novembre, la manifestation est décrite “comme une orientation majeure” d’Aix-Marseille Provence.

Mais le réseau de lecture publique que l’élu cite comme un de ses “axes stratégiques” est une perspective de long terme. “Nous avons commencé par commander une étude au cabinet ABCD pour faire un état des lieux de la lecture publique à l’échelle des 92 communes, explique celui qui est également maire de Cornillon-Confoux. Cela nous a permis de distinguer sept aires géographiques différentes dans la métropole. C’est à cette échelle que nous allons travailler.” Ces aires sont d’ores et déjà présentes dans la manifestation 2018 avec la vallée de la Durance, détachée du pays d’Aix.

“Si on imagine mettre les médiathèques en réseau avec une seule carte permettant d’emprunter des ouvrages dans plusieurs lieux, c’est à l’échelle de ces aires, poursuit l’élu. Mais rien n’est simple. Nous sommes en train d’intégrer trois communes au réseau d’Istres Ouest Provence qui est déjà géré par la métropole et cela prend plus d’un an alors vous imaginez le faire à la taille de chaque aire ?” Le projet est bien lancé mais il prendra du temps. En attendant, le prochain défi inscrit au plan territoire lecture qui doit être signé avec l’État, il vise à élargir les horaires. Avec des ouvertures possibles le dimanche. À Marseille ? “À Cornillon-Confoux, on y réfléchit…”

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