Une annexe de l’usine Legré-Mante bloque trois équipements publics et menace des habitations

Info Marsactu
Violette Artaud
11 Jan 2019 2

Depuis fin décembre, une vieille bâtisse de la Madrague de Montredon est sous le coup d'un arrêté de péril pour "risque d'effondrement". La construction menace quatre maisons et bloque en partie ou en totalité un stade, un gymnase et un centre d'animation. Elle appartient à Ginkgo, propriétaire de l'usine Legré Mante.

Vue de la bâtisse depuis la cours du centre communal, dont l'accès d'une partie de la cours a été interdite. Photo : Violette Artaud

Vue de la bâtisse depuis la cours du centre communal, dont l'accès d'une partie de la cours a été interdite. Photo : Violette Artaud

C’est le genre de façade qui n’inspire pas confiance, avec des fissures de toutes parts et un bon nombre de tuiles manquantes. Sans compter le toit au trou béant. Depuis le 27 décembre 2018, la vieille bâtisse de la traverse de la Marbrerie, à la Madrague de Montredon (8e), est sous le coup d’un arrêté de péril. Le motif ? “Risque d’effondrement”. Le bâtiment, qui appartient au propriétaire de l’ancienne usine Legré-Mante, menace plusieurs habitations mitoyennes et le périmètre de sécurité qui l’entoure bloque désormais l’accès à trois équipements publics du quartier.

“Nous avons été évacués le 20 décembre”, raconte depuis une chambre d’hôtel Christine Richard, habitante d’une petite maisonnette qui fait face à l’inquiétante bâtisse. La riveraine est actuellement logée au frais de Ginkgo, le fond d’investissement spécialisé dans la dépollution qui a racheté le terrain de l’ancienne usine de produit tartriques. Et la vieille maison en pierres rattachée à ce terrain. “J’ai demandé à Ginkgo un Airbnb dans le quartier pour les semaines à venir car je ne sais pas combien de temps ça va durer et ce qu’ils vont faire. Mais vu l’état de la maison, ça ne peux pas continuer comme ça, poursuit Christine Richard.

À lire aussi : Plus d’un an après son rachat, Legré-Mante attend toujours son plan de dépollution

État de ruine

L’arrêté municipal qui acte l’état de péril grave et imminent du bâtiment détaille l’ampleur des dégâts. “Nous enjambons le muret de la propriété et constatons l’état de ruine de cette maison, écrit l’expert missionné par la justice à la demande de la mairie de Marseille. Les enduits assurant l’imperméabilité des murs sont totalement absents, les têtes de murs totalement à nu. Le mur de façade se désolidarise, la toiture est partiellement effondrée.” Et les experts de conclure : “Elle est très menaçante pour son environnement et plus particulièrement pour les quatre maisons mitoyennes, la cour du centre municipal d’animation des Calanques et la traverse de la Marbrerie.”

La maison en état de ruine se trouve au 4 traverse de la Marbrerie (8e). Photo : Violette Artaud

“Deux maisons étaient occupées et ont été évacuées, explique Armand Tonietto, syndic bénévole des quatre maisons concernées, qui en comprend huit au total. Pour les autres, nous sommes complètement isolés, même le facteur ne passe plus, c’est moi qui doit distribuer le courrier.” Le périmètre de sécurité empêche l’accès à toute la partie haute de la traverse. Celle-là même qui mène au gymnase de Montredon et à son parking. “L’accès au gymnase et aussi au stade de foot sont bloqués”, ajoute le vieil homme qui vit là depuis toujours. “Et pour le stade, c’est très drôle, on a dit aux joueurs de n’utiliser que la moitié du terrain… dans la longueur !”, croit savoir Christine Richard.

Capture d’écran Google Map avec précisions des interdits d’occupation.

Tout comme la cour du centre d’animation, qui accueille notamment des enfants et qui a été séparée en deux par des barrières de sécurité. “Pour l’instant ça ne nous a pas porté préjudice. Nous étions fermés pendant les vacances de Noël et les prochaines vacances sont en février. On nous a dit que le problème sera réglé d’ici là”, y indique-t-on. L’arrêté de mise en péril enjoint en effet le propriétaire à “réaliser les travaux nécessaires d’urgence” dans un délai d’un mois. Ceux-ci consistent en trois actions :  une obstruction des accès piétons, le butonage (la pose de renforts métalliques) des quatre façades de la maison et la bâchage du toit.

“Pour Gingko, il n’y avait pas de péril”

Contacté, le maire de secteur Yves Moraine n’est pas sans connaître le souci. S’il confirme la neutralisation partielle ou totale des trois équipements publics – “nous avons été obligé de fermer le gymnase car les pompiers ne pourraient pas y accéder en cas d’urgence” -, il ne peut certifier le temps que cela durera. “Mais le fait de savoir que le propriétaire est Ginkgo me rassure. Ils ont mis énormément d’argent dans le projet et veulent que ça avance. C’est mieux que si c’était un propriétaire perdu dans la nature”, commente l’élu LR.

Ginkgo est effectivement sur le coup. Mais impossible pour le moment de dire ce qu’il adviendra de cette “bastide provençale”. “Dans un premier temps nous consolidons. Nous devons ensuite attendre – sous quinze jours environ – les résultats du diagnostic amiante. En fonction de celui-ci, nous déciderons de ce que nous ferons”, précise Alexandre Panzani, représentant de Ginkgo à Marseille. Pourquoi ne pas s’être occupé du problème plus tôt ? “Pour Ginkgo, il n’y avait pas de péril en la demeure. Nous avons effectué l’année dernière des travaux de maçonnerie, purgé les tuiles et mis en clôture. Dans l’atmosphère actuelle la mairie a estimé que ça ne suffisait pas. Nous allons coopérer.”

Le futur bureau du parc des calanques ?

Il faudra donc attendre le résultat du diagnostic pour savoir si le fond d’investissement se tournera vers une consolidation ou une démolition pour remédier au problème. Cette dernière option pourrait, selon certains riverains, mettre fin à l’une des hypothèses envisagées par le promoteur : faire de cette vieille bâtisse le bureau du parc national des calanques. “Il y a beaucoup d’hypothèses et pour le moment rien n’est arrêté”, temporise Alexandre Panzani. Le président du parc Didier Réault assure quant à lui ne pas avoir été mis au courant de cette alternative.

“Dans le temps c’était une écurie, il y avait des chèvres aussi, retrace Armand Tonietto, qui a grandi traverse de la Marbrerie. Ensuite, jusqu’il y a 15-20 ans, elle a été habitée. Et puis squattée. Mais cela fait plusieurs années qu’il n’y a plus personne dedans. C’était une maison qui était vraiment belle, faite sans ciment avec du sable et de la chaux. Le genre de construction qui craint les grosses pluies et le gel.” Et surtout, l’abandon par ses propriétaires successifs. Après le problème des substances nocives réglé, il faudra donc réinventer un avenir à la bastide provençale de la Madrague, ou bien tourner définitivement la page de son existence. Comme pour le site industriel duquel elle dépend, en fait.

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