Thalassa plonge à la source des boues rouges

Actualité
le 2 Sep 2016
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Les rejets en mer d'Alteo font l'objet d'un nouveau long format télé, par Thalassa cette fois-ci. On y trouve notamment des images inédites de la sortie de la canalisation et une interview de Ségolène Royal condamnant la décision de Manuel Valls de poursuivre l'autorisation. En parallèle, l'industriel assure être rentré dans les clous suite à la mise en demeure de juin sur la qualité de ses rejets.

crédit : LC

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Après Envoyé spécial fin juillet, c’est au tour de Thalassa de plonger dans le dossier des boues rouges, ce vendredi soir. Au sens propre. L’équipe de l’émission de France 3 a loué un ROV, un petit sous-marin téléguidé, pour filmer le débouché de la canalisation où aboutissent les rejets de l’usine d’alumine de Gardanne à plus de 320 mètres de profondeur. Depuis la polémique autour du renouvellement pendant six ans de l’autorisation préfectorale accordé fin 2015 à Alteo – non plus pour des « boues rouges » mais seulement pour un rejet liquide filtré – cette pollution de la Méditerranée intéresse les médias de masse.

Ces chaînes de télévision arrivent avec des moyens – ROV, analyses en laboratoire – qui chahutent la communication habituelle de l’industriel Alteo. Jusqu’à présent, les seules images dont on disposait étaient les siennes, comme celle-ci, d’avril 2016, où l’on suit longuement un congre paisiblement installé à côté de l’émissaire. Visionné par Marsactu, le reportage met en scène comment, une heure avant de faire plonger son engin, Thalassa a dû contourner un refus de filmer du parc national des Calanques en passant par le cabinet de la ministre de l’Environnement Ségolène Royal, défavorable à la poursuite de ces rejets.

Même si cette dernière a été désavouée fin décembre par le premier ministre Manuel Valls, Alteo trouve en elle une adversaire acharnée. Lundi, la diffusion d’un extrait de son entretien avec Thalassa annonçait la couleur : « Le jour où ce sera interdit, on dira : comment ça a pu même exister ? Comment même on a pu autoriser cela ? Comment on a pu renouveler cette autorisation ? C’est inadmissible », tance-t-elle depuis son ministère.

En réponse au reportage d’Envoyé spécial, Alteo avait sorti une page « Info ou intox ? » dénonçant « la désinformation » dont elle serait victime. Si ce reportage prêtait effectivement le flanc à la critique, le travail de Thalassa sera plus compliqué à attaquer. Ainsi, les journalistes prennent bien soin de ne pas alimenter la confusion entre les « boues rouges » déversées par le passé et la nature liquide et incolore du rejet actuel.

Cela ne les empêche pas d’interroger la persistance de la pollution des dizaines de millions de tonnes qui se sont accumulées dans la fosse de Cassidaigne. Les images tournées par leurs soins rappellent notamment que le rejet actuel remue continuellement des boues mélangées aux sédiments.

Cette diffusion de la problématique à une large audience intervient au moment même où Alteo doit justifier la conformité de son rejet avec l’autorisation préfectorale. Fin juin, après avoir constaté des dépassements de concentration sur plusieurs polluants, l’État l’avait mis en demeure de redresser la barre sous deux mois.

Aucune communication officielle n’est intervenue depuis. L’industriel a préféré présenter les détails de sa campagne scientifique, elle aussi exigée par l’autorisation préfectorale. Quant à la préfecture, elle n’a pour l’instant pas donné suite à notre demande sur la mise en conformité ou non de l’exploitant, tandis que le site du parc national des Calanques ne publie que tardivement des documents sur ce dossier. Dans ce contexte, nous ne pouvons nous appuyer que sur les déclarations d’Eric Duchenne, directeur d’Alteo. Sollicité par nos soins, il assure que le mois de juin a vu un « retour à la normale pour l’ensemble des paramètres », après des « difficultés de réglages » au démarrage. Si ce retour dans les clous est confirmé, Alteo devra tout de même défendre ses solutions techniques d’amélioration du rejet pour l’après 2022. L’arrêté fixait fin décembre comme date butoir, Ségolène Royal l’exige pour fin septembre. A moins que Manuel Valls ne déjuge à nouveau sa ministre.

(avec Clémentine Vaysse)

Thalassa, ce vendredi soir à 20 h 50 sur France 3. « Boues Rouges, la mer empoisonnée » – Un reportage de Sophie Bontemps et Nedjma Berder

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Commentaires

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  1. corsaire vert corsaire vert

    j’espère que cette communication sur une chaîne à grande audience fera enfin bouger les lignes !
    Combien de riverains ( de Marseille à Cassis )ignorent encore que leurs calanques sont polluées et pourries depuis des décennies par des rejets toxiques ?
    Tous les plongeurs peuvent en témoigner ( j’en ai été moi même il y a 40 ans …et je témoigne ) quant à certains pêcheurs complices interviewés je doute fortement de leur impartialité voire indépendance .
    Nous nous sommes presque tous laissé bercer par les déclarations stériles et pompeuses de protection de l’environnement , comme le reboisement après les incendies alors que c’est le béton qui a prévalu etc…. il est temps que les citoyens de la côte réagissent avec force et je souhaite que cette émission ne soit pas un pétard mouillé .
    Quant à Ségolène royal, sa détermination ne dépassera pas le cap des élections , ses patrons ultra libéraux seront les plus forts .

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  2. JL41 JL41

    Evidemment, rien qu’à voir le poisson et écouter les pécheurs, on est convaincu de l’aberration de ces rejets en mer, qui témoignent d’une époque où la plupart des industriels n’avaient que mépris pour l’environnement.
    Les emplois on en aurait d’autres pour Gardanne, si les politiques avaient été plus éclairées, à commencer par celle de la région de Vauzelle.
    Il est probable que cette émission, où l’appel aux tripes a été plus puissant qu’une réflexion posée, soit à resituer dans le combat politique que se livrent Royal et Valls. Un simple coup de fil au Ministère de l’environnement pour avoir séance tenante l’accord de filmer et voilà le casting bouclé.

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  3. one live one live

    Bonne émission, rien de plus, rien de moins, positions ambigues de nos élus que ce soit à Marseille ou cassis. Ils sont tous contre mais ils sont tous aussi conseillers départementaux, chargés à ce titre de l’emploi et candidats à leur propre succession, et puis ils ont peur de tout et de la cgt. Rien ne viendra d’ici, quel gachis et ca dure depuis si longtemps…… quelle honte!

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  4. CAN. CAN.

    Refus de filmer du PNC pour une émission emblématique comme Thalassa !
    Cela est de nature à fragiliser la crédibilité du PNC.
    En langage de supporters , cela se dit « marquer contre son camp

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