Ouvert en grande pompe pour l'année culturelle européenne en 2013, le musée de Notre-Dame de la garde devrait fermer ses portes dans quelques jours. Fréquenté par 8000 visiteurs par an au lieu des 100 000 espérés, il n'a pas trouvé sa place dans un site pourtant visité par deux millions de personnes.

Il y a foule en ce vendredi de fin de vacances pascales sur les pentes de Notre-Dame de la Garde. Espagnol, italien, arabe, français, les langues se confondent et la cohue n’est pas loin. Entre deux flashes de téléphone et une perche à selfie, on croise même quelques mines patibulaires, croix à l’envers et t-shirt de Slayer, des croisiéristes de la Full Metal Cruise qui fait étape à Marseille ce week-end.

Très peu de ces touristes poussent la porte vitrée du musée de la basilique. Le gardien à l’entrée n’est guère dérangé. Pourtant, nombreux sont les visiteurs, parfois pastillés de couleur, qui empruntent les escaliers ou les ascenseurs de cette aile du site qui permet l’accès au restaurant l’Eau vive, à la boutique ou à la crypte. Dans quelques jours, cette porte vitrée devrait être hermétiquement fermée. « La décision n’est pas tout à fait actée, affirme Frédéric Proal, le président depuis 2017 de l’association du domaine de Notre-Dame de la Garde qui gère le lieu et les boutiques. Cela dépend des procédures en cours ». Selon nos informations, elle a été annoncée aux salariés de Notre-Dame début janvier.

Visiteurs à Notre-Dame de la Garde. (Image BG)

8 000 entrées par an

Le fil qui suspend pour quelques jours cette décision ne retiendrait pas un pont-levis. Les procédures en cours concernent le reclassement des cinq salariés qui gèrent au quotidien le musée. « L’une d’elles fait l’objet d’une procédure de licenciement, décidée d’un commun accord », reprend le président. Trois doivent être reclassés sur le site et notamment dans les deux boutiques. La troisième est Magali Chapus, en charge des collections de la basilique. Salariée de la basilique et de l’association du Domaine depuis 2007, elle a suivi de bout en bout l’éclosion de ce musée niché dans les jupes de la bonne-Mère.

Situé sur plusieurs niveaux en pente douce, le musée retrace les 800 ans d’histoire du site, de son passé militaire jusqu’à l’édification de la basilique au XIXème siècle. La muséographie met notamment en avant les nombreux ex voto et objets cultuels. Le musée comprend une salle découverte accessible aux enfants et aux personnes handicapées.

« J’ai le ventre noué à la perspective de cette fermeture, se désole la jeune femme dans les allées peu fréquentées de ce beau lieu. Malheureusement, la situation est telle que je ne vois pas ce qui pourra l’empêcher. » Effectivement, l’écart est vertigineux entre la fréquentation du site, les objectifs fixés pour le musée et la réalité du nombre de visiteurs. Depuis plusieurs années, la Bonne-Mère est le site le plus visité de la ville avec plus de deux millions de visiteurs annuels. « À l’ouverture du musée, nous tablions sur 100 000 entrées payantes par an, constate Magali Chapus. En réalité, la moyenne annuelle est de 8000… »

« Donnons vie à notre histoire »

Pourtant, dès 2011, l’ouverture du musée était présentée comme la consécration d’une grande campagne de dons, baptisée « Marseillais, donnons vie à notre histoire ». Celle-ci se donnait pour objectif de réunir 5,4 millions d’euros pour rénover l’accueil de la basilique et installer le musée. Sur cette somme, selon les sources que nous avons pu consulter, 1,8 million d’euros provenait des collectivités locales (conseil départemental et régional, ville de Marseille et communauté urbaine), un million en fonds propres de l’association diocésaine, un autre million de dons et participations de grandes entreprises mécènes.

L’entrée du musée de Notre-Dame de la Garde. (Image BG)

La campagne d’alors s’appuyait sur la perspective de l’année de capitale européenne de la culture. « La réalisation d’une nouvelle offre, un musée de site, trouve là une véritable opportunité, un formidable moyen de faire connaître notre histoire, liée à celle de la ville, et de renforcer les liens intergénérationnels », pouvait-on lire dans le dossier de presse qui consacrait plusieurs pages à la description de l’offre muséale. Les grands élus étaient présents lors de la bénédiction et de l’inauguration, le 18 juillet 2013.

« Sans subventions publiques »

Pourtant, Frédéric Proal l’affirme : « Tout cela date d’avant mon arrivée mais, à ma connaissance, le musée a été réalisé sur nos propres deniers et n’a jamais perçu de subventions publiques. Les sommes dont vous parlez concernaient donc plutôt la rénovation de l’accueil de la basilique pris en charge par l’association diocésaine ». En appui de ces dires, les archives du conseil général indiquent bien des subventions à l’association diocésaine avant et après l’année capitale. « La subvention de 100 000 euros que nous avions votée à l’époque concernait la rénovation de la basilique », confirme le socialiste Eugène Caselli qui présidait Marseille Provence Métropole à l’époque. En revanche, à la Ville, le service presse a gardé mémoire d’une subvention unique de 700 000 euros, « à la fois pour le musée et la rénovation de la basilique ».

Que l’effort financier soit privé ou public, le résultat est le même et n’a pas porté ses fruits. « Nous n’avons jamais pensé que le musée allait nous permettre de faire des bénéfices mais nos activités ne nous permettent pas d’équilibrer son fonctionnement. Aujourd’hui, nous n’avons pas d’autre solution », tranche Frédéric Proal. La fermeture -si elle est définitivement actée- interviendrait pour une durée indéterminée.

Notre-Dame de la Garde. (Image BG)

Déséquilibre structurel

« Un musée a un coût, constate avec amertume Magali Chapus. Généralement, les pertes qu’il génère sont compensées par les ressources tirées par les boutiques ou la buvette qui y sont associées. Ce n’est pas le cas à Notre-Dame. » Pour le président de l’association du domaine, les ressources tirées des autres activités ne permettent « en aucun cas » d’équilibrer le fonctionnement du musée.

« C’est un problème lié à tous les édifices cultuels en France, explique Maxime Tissot, le directeur de l’office de tourisme. Par principe, leur accès est entièrement gratuit. Les gens sont habitués à ne pas payer. Il n’y a qu’à Notre-Dame de Paris où l’accès aux tours était payant ». Pour la Bonne-Mère, les escaliers qui mènent aux parties supérieures -les terrasses latérales ou celle des anges dans la tour- sont fermés.

« Jusqu’aux yeux de la vierge »

« Permettre l’accès de la tour au public nécessiterait des adaptations importantes notamment liées aux contraintes de sécurité« , constate Olivier Spinosa, le recteur de la basilique qui n’écarte pas tout à fait cette possibilité. « On pourrait même imaginer de permettre l’accès jusqu’aux yeux de la vierge mais cela imposerait de faire entrer les personnes, une par une, par un escalier en colimaçon qui pénètre jusqu’au cœur de la statue, décrit Frédéric Proal. C’est techniquement très compliqué et cela ne permettrait pas de générer des fonds importants. » Seule nouveauté, la mise en place d’un tourniquet rendant payant l’accès aux toilettes, moyennant un euro.

Parmi les autres pistes de financement, figurent les visites guidées qui sont parfois assurées par le personnel de l’association ou des bénévoles de la basilique. Elles font l’objet de dons qui sont reversés à l’association diocésaine. Si elles devenaient payantes, ces visites entreraient en concurrence directe avec les opérateurs de tourisme qui font visiter le site, notamment aux croisiéristes, et ne versent aucune quote-part aux associations du site. Frédéric Proal affirme que des échanges ont déjà eu lieu notamment avec l’office du tourisme, ce que son directeur ne nous a pas confirmé.

« La vérité, c’est que les gens ne veulent payer pour rien, se désole un gardien. Quand on leur dit que la salle de découverte destinée aux enfants coûte 2,50 euros, ils disent que c’est trop cher ». Paradoxe, parmi ces trésors et ex voto, le musée donne à voir les nombreux objets cultuels parfois fort précieux, issus de dons de particuliers. Désormais la réalité de la fréquentation du lieu est très loin de cette ferveur passée.

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