Saint-Mauront : le centre social est mort, vive la maison pour tous ?

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le 2 Déc 2011
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On leur avait promis un centre social tout neuf. Ils l’ont eu, mais plus pour très longtemps… L’association qui gère le centre Saint-Mauront Bellevue, situé dans la rue Félix Pyat (3e arrondissement de Marseille), devra quitter les lieux le 31 décembre prochain, pour être remplacés par la fédération Léo Lagrange, qui a remporté la délégation de service public lancée par la mairie de Marseille pour gérer en lieu et place une maison pour tous (MPT). Quelques dizaines de membres du conseil d’administration, animateurs, salariés et même des enfants, manifestaient donc mercredi après-midi devant l’hôtel de ville de Marseille. Certains élus PCF, comme le vice-président du conseil régional Jean-Marc Coppola, étaient également de la partie.

Deux types de structures différentes

Une situation dénoncée pour plusieurs raisons. Tout d’abord, les deux types de structures ne sont pas équivalents. Un centre social définit un projet social, en grande partie avec les habitants, qui répondra aux différentes problématiques liées au quartier. “C’est un lieu de contact sur un territoire qui contribue à dynamiser la vie associative, à promouvoir les initiatives , à faire des habitants des acteurs de la vie sociale locale pour améliorer la qualité de vie des habitants“, précise Julien Orlandini, directeur adjoint de la Caf des Bouches-du-Rhône, l’organisme qui délivre l’agrément pour ces structures.

Les Maison pour tous, elles, sont davantage des équipements de proximité. “Elles visent à offrir un panel d’activités aux habitants d’une commune et à promouvoir la culture dans toutes ses composantes et la pratique sportive et artistique”. Le caractère d’accompagnement social serait donc moindre. Ce que réfute Sylvie Carréga. “C’est exactement la même chose. Nous mettons en place une Maison pour tous pour répondre aux besoins de la population”.

Différence aussi au niveau des financements, mais aussi du contrôle politique et institutionnel. Une Maison pour tous est sous le giron de la mairie, quand un centre social bénéficie de financements de la Caf,dont l’agrément lui ouvre aussi des aides des différentes collectivités. C’est d’ailleurs l’autre problème principal : ces nouveaux locaux, que l’association attend depuis une bonne dizaine d’années ont été financés dans le cadre de l’ANRU (Agence nationale pour la rénovation urbaine), mais aussi la Caf, à hauteur de 483 000 euros.

Une MPT imposée

La mairie serait-elle allée à l’encontre du deal, qui prévoyait un centre social ? Sylvie Carréga, adjointe UMP en charge de l’action sociale s’en défend : “L’ANRU n’a pas financé un centre social mais des locaux. Ce que nous avons fait est totalement légal“. Mais Julien Orlandini directeur adjoint de la Caf des Bouches-du-Rhône insiste : “La Caf a financé un centre social car sa présence est indispensable dans cette zone”.

Sylvie Carréga assure que “le centre ne va pas fermer, bien au contraire” : si l’association le désire, elle pourra demander un agrément centre social auprès de la Caf. Mais pour cela cette dernière pose deux critères : un projet social… et des locaux. Ce dont l’association sera donc dépourvue à partir de janvier. A moins d’une collaboration avec la future Maison pour tous, comme c’est le cas pour 17 des 27 MPT à Marseille. La bonne voie de sortie de crise, semblent considérer la Caf13 comme Léo Lagrange.

4 postes sur 9 repris

Mais un centre social, ce sont aussi des emplois : le centre compte 9 salariés et une vingtaines de vacataires pour quelques 200 enfants. Quel sera leur avenir à partir du 1er janvier ? Dans le cadre d’une DSP, l’organisme a pour obligation de réembaucher une partie des salariés. Mais pour une MPT qui n’existait pas encore en tant que telle ? Léo Lagrange nous annonce qu’elle va créer seulement 4 postes pour les anciens salariés du centre social.

L’association du centre social, qui était elle aussi bien entendu malgré tout en lice pour gérer la nouvelle MPT Saint-Mauront a déposé à la mi-novembre une requête devant le tribunal administratif de Marseille pour demander la suspension de la passation de la DSP. Une délégation du centre social a demandé d’être reçue par la mairie. Le rendez-vous pourrait avoir lieu la semaine prochaine. La délégation soumettra à la mairie une pétition, d’ores et déjà signée par 1200 personnes.

Des tendances de chez nous

En plus d’une possible volonté de la mairie de prendre la main sur le lieu pourtant financé par plusieurs institutions, Jean-Marc Coppola y voit lui un moyen d’installer des “associations amies”. Autrement dit l’Ifac Provence, qui gère 11 MPT à Marseille, avec à sa tête Nicolas Trouillet, qui n’est autre que le fils de Jean-Max Trouillet, délégué à l’action sociale et à la solidarité à la mairie de Marseille. A terme, le but de la mairie serait donc, selon le conseiller régional, de confier les nouveaux locaux à l’Ifac Provence…

Voire, la DSP venant tout juste d’être attribuée pour 5 ans… En tout cas, l’Ifac a gagné du terrain : “La fondation Léo Lagrange avait le monopole”, reconnaît Sylvie Carréga. Une fédération créée en 1950 rappelons-le comme émanation des Jeunesses socialistes. Pour l’adjointe, il était donc “normal, lorsque nous avons gagné la mairie de Marseille, de favoriser un organisme qui a des tendances de chez nous (sic)”. Comprenez l’Ifac. Voilà qui éclaire d’un jour troublant la passation des DSP, même si la gestion des MPT n’en faisait auparavant pas l’objet, la loi ne l’imposant pas…

Mise à jour le 12 décembre à 18h15 :

Sylvie Carréga a demandé ce matin pendant le conseil municipal un droit de réponse sur l’article. Notamment, sur la reprise du personnel, une réunion “devrait enfin se tenir aujourd’hui. Il est donc prématuré de parler du nombre de salariés qui ne seront pas repris, les négociations n’ayant pas commencé”, explique-t-elle.
Elle dément également les propos de Jean-Marc Coppola qui affirmait que le but était d’attribuer la DSP à l’IFAC. “Cette délégation de service public ira à son terme comme pour toutes les autres Maisons pour tous. Insistant en particulier sur le fait que l’IFAC, “candidat à la gestion de la Maison pour tous Saint-Mauront, n’a pas été retenu, ce qui démontre la clarté de la procédure”.

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Commentaires

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  1. Casanovette Casanovette

    Sylvie Carréga, adjointe UMP en charge de l’action sociale s’en défend : « L’ANRU n’a pas financé un centre social mais des locaux. Ce que nous avons fait est totalement légal«
    … Non mais, Pincez moi là … ça vient de moi, ou quoi ?

    Sylvie Carréga ! Tiens donc, une nouvelle venu dans le clan Mafieux ? ça rémunération, s’il vous plait, pour se proposer d’être la dernière des plaies ?

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  2. Casanovette Casanovette

    ” SA ” …

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  3. moi moi

    en tant que travailleur social, ce que vous dites est exact… cependant ne vaut-il pas mieux confier la gestion d’un tel équipement socioculturel à une grande fédération telle que Léo Lagrange (qui a un savoir faire et des moyens humains) plutôt que laisser perdurer une situation catastrophique sous la gestion d’une association d’habitants (car le centre social avait fermé…) ? Les valeurs philosophiques de Léo Lagrange et celles de l’IFAC ne sont pas du tout les mêmes, car cette dernière, au niveau national, fut créée par un certain duo Pasqua-Santini dans le département 92… c’est bien la municipalité Gaudin qui a implanté l’IFAC sous forme de DSP dans les quartiers plutôt aisés (5 Avenues, St Barnabé, Bonneveine…), c’est pourquoi je doute qu’une MPT lui soit confiée dans un quartier à fort taux de chômage et où les habitants ne sont pas solvables…

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  4. Marseille 13 Marseille 13

    Bonsoir,

    avant d’aller à l’UMP, Monsieur et Madame ont frayé avec les radicaux version TAPIE. Après le départ de TAPIE, vu qu’il n’y avait plus rien à gratter ils sont plié armes et bagages pour aller rejoindre Bruno Gilles…

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  5. léonT léonT

    L’Ifac, ça pue la droite patronnesse qui fait du social pour que ses pauvres votent ump

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  6. Marseille 13 Marseille 13

    L’élue indique avoir choisi pour la DSP un organisme ami. Il faut aider ses amis c’est humain.

    Cependant la DSP répondant à des normes juridiques strictes en ce qui concerne la passation, il faudrait peut-être que l’on s’y penche un peu en termes gestion des fonds publics.

    Les solutions pour remettre de l’ordre:

    1/ Monsieur DuchaÎne;
    2/ Intervention du Président de l’Ima, de l’Institut culturel de l’UPM, 1er vice-président de MPM…

    Pour le 2 je rigole!!!!!

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  7. Alain Le Lougarou Alain Le Lougarou

    Cette élue UMP ex tapiste aujourd ‘hui protégée de MUSELIER devrait étudier ses dossiers avant de débiter des énormités .Encore une UMP grassement payée à réciter la parole de son maître à penser.Tragique pour Marseille!

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  8. DyZaaH DyZaaH

    avant de parler sur les élus de la ville il faudrait connaître l’appartenance à la famille polique et ne pas lancer n’importe quoi. En deux jusqu’à preuve du contraire les mafieux d’après le juge Duchaîne et la presse locale depuis plusieurs mois sont à gauche ( CG) et les subventions pour les associations bidon a but électoral sont à gauche ( la région). Et je pense que cette élue a le sens du respect des deniers public puisque d’après ce que vous dites est une proche du seul élu qui a eu le courage d’essayer de mettre a mal le système GUERRINI. Sur ce méditez a cela . A bon entendeur salut!

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  9. centre social centre social

    La fédération léo lagrange est en train de détruire la vie associative et se fou complètelent des valeurs d’éducation populaire. Il veulent récupérer le centre social seulement pour des raisons financières. Les centres sociaux c’est avant tout la gestion par les habitants accompagnés d’une équipe de salariés compétent. Les fédérations tels que léo lagrange mais aussi l’IFAC et la ligue de l’enseignement se sont lancés à la chasse aux centres sociaux, tels des vautours guettant la moindre opportunité et la moindre faiblesse d’un centre social géré par les habitants. Cela avec la complicité et l’instrumentalisation de la ville de Marseille qui fait de la misère des gens une affaire politique et d’arrangement entre amis. C’est honteux… J’espère que les centres sociaux associatifs gérés par les habitants ne se laisseront pas faire

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  10. Wassila13003 Wassila13003

    J’habite le quartier et j’ai travaillée a Léo lagrange comme animatrice, s’il reprenne le personnel tant mieux car pour avoir bosser avec eux , je ne doute pas qu’ ils réussissent à faire quelque chose d intéressant pour nous avec ce centre. Je ne sais pas si le responsable de l Ifac est le fils du directeur social de la ville mais je le connais un tout petit peu et je dois dire qu il est pro et au passage trés craquant!

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  11. social13015 social13015

    tout cela est une affaire d’angle de vue, de politique …

    Une MPT est aussi un centre social avec des mission plus élargies et un financement conséquent qui permet d’élargir le champ d’action et de s’adresser à l’ensemble de la population du territoire défini d’une part, et de pérenniser les actions d’autre part.
    la démarche de construire avec les habitants est au cœur du travail d’animation de territoire et commun à un centre social et une maison pour tous.
    Ceux qui travaillent dans les centres sociaux et qui connaissent la difficulté que cela représente et savent précisément ce que j’évoque ici.
    Que l’association qui a géré le centre social pendant 26 ans soit évincée et ne récolte pas ce qu’elle estime être le fruit de sont travail représente effectivement une frustration et peut paraitre une injustice. ceci dit on peut comprendre que le mandant et la responsabilité de gérer un budget et les missions de la structure et de l’équipe de professionnels soient confiés à une fédération qui se montre aujourd’hui dynamique et proche du terrain. les habitants ont tout à gagner et c’est bien ce qui doit compter dans l’action d’un équipement de proximité n’est ce pas ?

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